Capture d’écran 2017-02-07 à 18.10.42Evidemment, Le Figaro a détesté mais American Honey est bien LE film de cette rentrée 2017. Un film à la croisée des genres : entre road movie d’une jeunesse white trash 2.0, “coming-of-age” sur fond de comédie romantique despérée avec bande son trap et scènes de cul vraiment hot pour une fois et film générationnel à la coolness absolue. Un film qui rappelle Kids et Spring Breakers, mais dans une version beaucoup plus féminine et lumineuse. Un film qui confirme tout le talent de la réalisatrice anglaise Andrea Arnold (Fish Tank) et qui révèle le charisme absolu de Sasha Lane, toute jeune actrice à dreads qui mérite bien mieux que ce titre de “nouvelle it girl indie” que les magazines féminins se sont déjà empressés de lui donner. On a rencontré la réalisatrice, 55 ans, et sa jeune star, 21 ans, dans un hôtel parisien chic et, le temps d'une interview miroir express (10 minutes montre en main, le temps pour Andrea et Sasha de boire deux gorgées "of Chardonnay"), nous avons posé, à l'une et à l'autre, exactement les 3 mêmes questions et demi. 
 

Tous les comédiens de ce film, à l'exception de Shia LaBeouf et Riley Keough, sont des jeunes que vous avez castés dans la rue. Pour ce qui est de Sasha, vous l'avez découverte sur la plage pendant le Spring Break en Floride, vous rappelez-vous ce que vous avez pensé d’elle lors de cette première rencontre ?
Andrea Arnold : Oh oui, je me rappelle très bien. On n'arrête pas de raconter des conneries sur cette histoire parce qu’on l’a racontée tellement de fois… mais j'ai envie de vous raconter la véritable histoire. Une autre fille était censée jouer ce rôle mais elle a claqué la porte juste avant donc il nous fallait trouver sa remplaçante, et vite. J'ai embarqué dans un avion direction Panama City Beach en Floride pendant le Spring Break, parce que je me disais que c’était probablement l’endroit où j’avais le plus de chances de trouver ma comédienne. Avec les deux autres femmes en charge du casting, on était clairement les plus vieilles personnes sur cette plage. Tout le monde avait l’âge de Sasha, qui avait 19 ans à l'époque, et on était toutes les trois assises à l’ombre d’un parasol, à mater les filles comme des vieux pervers (rires). Ca faisait deux jours qu’on était là et puis j’ai finalement aperçu Sasha qui était en train de faire la conne avec une copine, cette visison était comme une révélation, elle tranchait avec le reste des jeunes. (S’adressant à Sasha) Je te regardais, tu marchais le long de la plage et puis subitement tu as disparu alors on a couru à ta recherche. Je me rappelle plus très bien de ce qu’on t’a dit exactement mais en gros: “On fait un film, est-ce que ça te dit d’en faire partie ?”

Et toi Sasha, tu te rappeles de ce que tu as pensé en rencontrant Andrea pour la première fois ?
Sasha Lane : Le truc c’est que le Spring Break est un lieu complètement dingue, et rempli de réalisateurs qui cherchent des filles pour les faire jouer dans des pornos. Pas mal de filles sont donc naturellement prudentes et blasées de ce genre d’approche mais clairement, Andrea ne portait pas de chapeau de cow-boy ni de pornstache, elle avait l’air gentille et sincère. C’est ça que j’ai ressenti immédiatement. Et puis mes potes l’ont googlée et ensuite Andrea est venue me voir à mon hôtel et là j’ai eu confirmation que c’était pas un faux-plan pour un film de cul. 

Andrea, qu’est-ce qui vous a convaincu de lui donner le rôle principal ?
Andrea : On a passé quelques jours ensemble et c’est une décision que j'ai donc eu le temps de mûrement réfléchir. Le premier soir, je l'ai donc rejoint à son hôtel, on a fait des improvisations dans les couloirs miteux, c’était très glamour (rires).  Elle était très douée, hyper naturelle, hyper à l’aise. Elle était censée repartir le lendemain mais je lui ai demandé de rester parce que je voulais encore faire des tests pour savoir si ça allait marcher avec elle. On dirait que je parle d'une histoire d'amour (rires des deux).

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Sasha, qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter le premier rôle de ce film ?
Sasha : Le lendemain matin de cette première rencontre, on est allé manger un petit déjeuner chez Denny’s, mes bagages étaient prêts, je devais repartir avec mes potes au Texas, où j'étais étudiante à l'époque. Et puis elle m’a demandé de rester et j’ai dit ok, j’ai mis mon sac dans sa voiture, j’ai prévenu mon frère que j’allais rester en Floride une semaine de plus. Je n’avais jamais eu envie de jouer dans un film mais si j’avais dû un jour le faire, ça aurait été sans aucun doute dans un film comme ça. Et puis le dernier jour on a marché le long de la plage et j’ai eu ce pressentiment que je devais être là, que je devais vivre cette expérience et c’est d’ailleurs à ce moment précis qu'elle m’a demandé de jouer dans son film. Mais en vrai, qu’est-ce que j’avais de mieux à faire ? (rires)
Andrea : On a pris un selfie pour l’envoyer à sa mère pour qu’elle voit la personne avec laquelle elle allait travailler. Je me rappelle très bien de cette marche, c’était magique, le soleil se couchait… Merde, on dirait encore que je parle d'une histoire d'amour. (rires). Et là, Sasha m’a demandé pourquoi je voulais appeler mon personnage Star et je lui ai répondu que c’était parce qu’on avait tous des morceaux d’étoiles en nous, parce que quand une étoile explose, elle retombe sur terre donc on a tous des bouts d’étoiles dans nos ADN.

Comme beaucoup de gens, ce film m’a forcément évoqué Kids ou Spring Breakers, mais dans une version beaucoup plus joyeuse et féminine. Considérez-vous faire que ce film soit féminin et/ou féministe ?
Andrea : Je me considère comme féministe. Féminine je ne sais pas trop en revanche (rires). (Elle renverse son verre de vin sur la table) Voilà je viens de prouver que je ne suis pas du tout féminine (éclats de rire). Mais je n’ai pas cherché à faire un film féministe, c’est évidemment l’une des nombreuses choses qu’il est en revanche.

Et toi Sasha, qu’en penses-tu ?
Sasha : Féminisite, c'est juste qui elle est. Toutes les femmes du film sont des personnages très forts. Andrea est une femme très forte même si elle est aussi fun et maternelle à la fois. Après, par rapport à ce que tu as dit, ce film est plein d’espoir et de lumière mais je ne le définirais pas comme joyeux, joyeux serait en minimiser la complexité. Il y a de l’empathie et ce film trouve de la beauté là où il n’y en n’a pas forcément, il montre une forme de tenacité mais on ne peut pas nier que ce film contient une bonne dose de noirceur.

Je me dois de poser cette question pour conclure : en tant qu’actrice, comment c’était de travailler avec Shia LaBeouf ?
Sasha :
J’ai apprécié le fait qu’il soit cool avec ma façon de travailler. On se complétait hyper bien et je pense que c’est un grand acteur.

Andrea, en tant que réalisatrice, comment c’était de travailler avec Shia LaBeouf ?
Andrea : C’est effectivement un grand acteur, il était génial. J’ai beaucoup apprécié la façon dont il s’est fondu dans ce groupe d’acteurs non-professionnels. Il était avec l’équipe en permanence, il n’a jamais joué sa diva à aucun moment.

 

++ American Honey, réalisé par Andrea Arnold, dans toutes les bonnes salles dès aujourd'hui.