Ces dernières années, tu as fondé My Agency, une agence de mannequinat pour enfants. Tu peux nous en dire plus ?
Séverine Ferrer :
C’est une agence que j’ai montée avec deux associés rencontrés sur un plateau télé il y a quelques années. C’est marrant parce que j’avais envie de faire ça depuis toujours, mais je n’avais jamais sauté le pas, faute de temps. Ça a finalement fini par se faire il y a deux ans et je pense avoir une certaine crédibilité pour exercer un tel métier, dans le sens où j’ai connu le mannequinat très jeune. Pareil pour mon associé, qui a été le précurseur du mannequinat enfant en France… On est spécialisé dans les profils pouvant aller de trois mois à 25 ans, et c’est toujours enrichissant de voir un gamin s’amuser lors d’un shooting, de le voir s’épanouir. C’est également passionnant de repérer des enfants dans la rue. Bon, de temps en temps je les dévisage, ils doivent trouver ça étrange, mais les parents sont rassurés quand ils me reconnaissent et apprennent que je suis passée par là moi aussi. Ça me permet de répondre à leurs angoisses et à leurs questions, ou même d’aider un enfant à être aussi heureux que j’ai pu l’être étant gamine.
14925308_1168361613243804_246223377187311308_nJustement, peux-tu revenir sur tes débuts ?
Il faut savoir que je viens de La Réunion, que j’ai grandi à l’opposé de cet univers parisien et que mes parents ne sont pas du tout issus de ce secteur. Je n’étais donc pas du tout destinée à faire ça… Cela dit, mes parents m’ont dit que j’ai toujours été fascinée par le petit écran, que je reproduisais toutes les chorégraphies qui passaient à la télé, que ce soit celles de Cloclo ou de Richard Gotainer. Mais ce qui m’a réellement servi de tremplin, c’est d’aller en colonie de vacances sur la côte ouest de l’île. Durant ce séjour, une femme est venue voir les monos, leur a dit à quel point les petits dont ils s’occupaient étaient mignons et qu’elle aimerait bien organiser un concours de miss. Comme j’avais entendu parler de ça à la télé, je lui ai dit que ça m’intéressait. Mes parents ont accepté, j’ai fait un poème sur une tortue, j’ai défilé et j’ai gagné. (Rires) Le lendemain, je me suis retrouvée en couverture d’un journal de La Réunion. Ça a tout déclenché. Tout le monde a commencé à contacter mes parents pour faire des publicités, des défilés de mode, etc.


La télé, tu y es venue comment ? C’était à 9 ans, je crois.
À 8 ans, j’ai créé mon premier groupe. Ça s’appelait le Baby Show et on faisait les premières parties de Dorothée ou d’Images. Un jour, mon père voit l’annonce d’un mec souhaitant produire des artistes locaux. J’ai passé le casting, j’ai été choisie et j’ai enregistré mon premier single. Malheureusement, le mec a fait faillite entretemps. Cela dit, à 11 ans, avec les sous que j’avais de côté, je suis allée voir les gens du studio pour voir si c’était possible de produire mon disque. On a gravé 1 000 vinyles et on a été numéro 1 pendant plusieurs semaines à La Réunion. Ça me permettait de surfer sur l’image du Séverine Club, une émission que j’animais depuis que j’avais neuf ans. Puis, tout s’est enchaîné : je participais à l’émission Les Enfants du Soleil, en direct pendant trois heures le mercredi après-midi, une sorte de Graines de Star avant l’heure, et, à 13 ans, je suis invitée sur le plateau de Tous à la Une aux côtés de MC Solaar. C’est au cours de cette émission que je me suis fait repérer par un producteur « véreux » qui a insisté pour que ma famille s’installe en métropole.

L’arrivée à Paris, elle se passe comment ?
Le premier hiver à Boulogne a été assez rude, mais je me suis accrochée. Après tout, il y avait tout ce que j’aimais ici : les castings, le cinéma, etc.

Ça n’a jamais dérangé tes parents ?
Non, ils ont toujours cru en moi. Ils savaient que ce n’était pas un caprice, mais une vocation. Ils ne m’ont jamais couverte de compliments à me dire que j’étais la meilleure, la plus belle… On savait que tout passe par le travail, et j’ai travaillé parfois même plus dur que les autres ! D’ailleurs, mon père m’a complimentée pour la première fois lors de mon passage à l’Eurovision en 2006.

Ce train de vie est assez étrange pour une jeune fille, non ?
Ce qui était difficile, c’était la jalousie. À 9 ans, tu n’es pas armée contre ça, surtout quand les profs s’en mêlent avec leurs petites réflexions désobligeantes… Il y avait aussi les parents qui avaient envie que leurs enfants fassent la même chose que moi et tombaient dans les extrêmes rapidement. Un jour, on a quand même appelé mes parents et ma grand-mère pour leur dire que j’avais fait une mauvaise chute et qu’on avait dû m’amputer… Pareil, le jour de notre départ pour Tous à la Une : on s’est fait arracher le sac avec les passeports pour nous empêcher de partir… Ça n’a pas toujours été facile à gérer, mais ça m’a vite permis de gérer les critiques et de me former une carapace.
20915473_1472634982816464_5437732687112636772_nInterview de Mariah Carey pour Fan de à l'occasion de la sortie du single Heartbreaker.

Peux-tu revenir sur tes débuts dans Fan De en 1997 ?
J’ai intégré M6 en septembre '96 et, dès le mois de novembre, suite au succès de l’émission Hit Dance, on a commencé à parler d’un concept où je serai seule animatrice de l’émission. On est tombé d’accord sur Fan de, et l’émission a vu le jour le 15 février 1997. Mais là encore, c’était un concours de circonstances dingue : je venais de faire pas mal de tournages pour M6, dont Un si joli bouquet avec François Berléand, puis Studio Sud avec Tomer Sisley, et une journaliste est venue me proposer d’être la première invitée de sa nouvelle émission sur MCM. À la fin de l’enregistrement, le directeur vient me voir et me dit qu’il aimerait bien que je présente cette émission. C’était hors de question pour moi de lui prendre sa place, mais je n’étais pas contre l’idée de faire à nouveau de la télé. J’appelle le seul interlocuteur que je connais chez M6 pour m’assurer que ça ne leur pas de problème. A priori, c’était tout bon. Sauf qu’il me rappelle trois minutes après, me dit de ne pas leur donner de réponse pour le moment et de venir tel jour dans les locaux pour un rendez-vous avec les pontes de la chaîne. C’est ce jour-là que j’apprends qu’ils qu’ils aimeraient bien me confier une émission. Comme j’avais toujours en tête l’émission Les Jeunes Talents, on s’est mis d’accord sur Fan De.


Comment se déroulait une émission ? Il y avait une marque de fabrique ?
Ce qui a fait la force de l’émission, c’était l’équipe, l’ambiance bon enfant. Aujourd’hui encore, ça reste une aventure géniale, quelque chose qui nous a permis de connaître les dernières grandes heures de la télé. Je dis ça sans animosité, attention, c’est juste qu’on avait carte blanche à l’époque. Tant que ça marchait, on pouvait faire ce qu’on voulait. S’il fallait faire une scène où l'on devait imiter Britney Spears, on ne se privait pas. Et on a fait neuf saisons, mine de rien. Au début, tout le monde pensait - nous y compris - que l’émission s’épuiserait après la fin des boys bands, mais on a réussi à se renouveler avec les chanteuses à voix, les comédies musicales ou même les rappeurs.

Neuf ans, ça laisse forcément tout un tas de souvenirs. Il y en a des plus marquants que d’autres ?
Le fait d’avoir fait le tour du monde et d’avoir rencontré les plus grandes stars, sans doute. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est le fait de côtoyer les plus grandes vedettes à l’étranger et de partager avec elles des instants particuliers, sans leurs gardes du corps ou leurs attachés de presse. Quand tu te retrouves dans la chambre d’un grand hôtel à New-York aux côtés de Britney Spears et qu’elle te dit qu’elle aimerait être à ta place pour faire du shopping tranquillement, ça te touche. La fois où Janet Jackson a commencé à me parler du fait d’avoir un enfant parce qu’elle a vu que j’étais enceinte, ou quand Jennifer Lopez a envoyé valser ses attachées de presse pour pouvoir échanger plus longtemps, ce sont des moments particuliers. Pareil, quand je pense à toutes ces petites conneries de mômes qu’on a pu faire avec Pierpoljak lors d’un voyage en Jamaïque, je ne peux que m’en réjouir.

Tu as eu des mots assez durs quant à ton départ de l’émission. Tu as la sensation d’avoir été traitée de façon complétement injuste ?
Non, c’est juste que je voulais grandir, m’épanouir dans autre chose, mais M6 trouvait que j’étais parfaite dans la case où j’étais. Le problème, c’est que France 2 me proposait de tourner dans une série, Lola, qui es-tu Lola ?. Et ça, M6 m’en a toujours voulu. D’autant que la série a été un énorme carton, j’avais même interprété la BO, qui a été un gros succès également et m’a permis d’enregistrer mon premier album, Séverine Ferrer. J’ai tendance à dire qu’on était devenu un vieux couple et qu’il valait mieux se séparer avant de ne plus s’entendre… Bien sûr, j’aurais préféré que ça se termine autrement, mais on se parle toujours et je ne suis pas rancunière. Je suis d’ailleurs très reconnaissante pour ce qu’ils m’ont apporté. Sur ma tombe, je suis sûr qu’on dira encore « Ah, mais c’est la meuf de Fan de ».


Avec le recul, tu as conscience d’avoir mis en avant des groupes à la qualité discutable ?
Tu sais, je n’ai jamais été fan des boys bands. Si j’en parlais avec autant d’enthousiasme, c’est juste parce que c’était mon métier. Il fallait respecter les tendances, et j’étais là pour les mettre en valeur, pour que les gens devant la télé aillent acheter tel ou tel disque. Mais ça ne voulait pas dire que j’écoutais tous ces groupes au quotidien. C’est aussi pour ça que j’avais besoin d’autre chose après neuf ans : je ne me voyais plus parler des culottes de Britney ou des derniers potins autour d’Enrique Iglesias.

En parallèle à Fan de, tu jouais également dans quelques séries, comme Studio Sud. Tu ne regrettes pas de n’avoir jamais eu de grands rôles ?
Il faut savoir que Fan de a été un frein pendant quelques années. J’avais une image télévisuelle et je ne pouvais pas accepter n’importe quoi. En revanche, dès que l’émission s’est terminée, les rôles ont commencé à revenir. C’est à ce moment-là que l’on m’a proposé de jouer dans Les Monologues du Vagin, par exemple. Concernant le cinéma, c’est vrai que je n’ai jamais eu de premiers rôles, mais je suis fière des personnages que j’ai eu la chance d’incarner, que ce soit dans les films d’Édouard Molinaro (Beaumarchais, l'insolent), de Farrugia (Yvan 0...) ou de Martin Lamotte (Ça reste entre nous). Le grand rôle n’est pas une fin en soi. Je m’éclate actuellement dans la pièce Pour le meilleur et pour le rire, j’ai encore un petit moment devant moi pour espérer l’avoir et, si jamais ça n’arrive pas, je m’écrirais peut-être un rôle avant de mourir ! (Rires)

J’ai lu dans une interview que tu considérais ta participation à l’Eurovision en 2006 comme le plus beau souvenir de ta carrière. Pourquoi ça ?
L’Eurovision, c’était un rêve d’enfant. Ou plutôt, celui de mon frère. Du coup, quand Monaco est venu me chercher, je ne pouvais pas refuser. C’était un tel honneur ! Bon, j’ai juste pu retoucher un peu le morceau imposé, mais c’était une chance unique pour moi. Surtout quand on sait à quel point cet événement est important au sein de ma famille. Encore aujourd’hui, on se réunit chaque année pour regarder l’Eurovision ensemble. Si je m’appelle Séverine, c’est d’ailleurs en hommage à la chanteuse Séverine qui avait représenté Monaco en 1971 et qui était ma marraine lors du concours. Tout un symbole.


Le jour du concours, tu ressentais quoi ?
C’était hyper-angoissant, j’ai même appelé mon père à la rescousse. Il faut que tu te rendes comptes que tu dois faire face à plus de 18 000 personnes dans le stade, et à plus de 200 millions de téléspectateurs. Le jour même, j’ai pris un quart de Lexomil le matin, le midi et le soir, mais ça ne me calmait pas. On l’entend d’ailleurs : j’ai la voix qui tremble. On peut penser que c’est pour ça que je n’ai pas gagné, mais tout était joué d’avance. Avant le début de la compétition, on nous avait dit le nombre de points exact pour chaque pays…

Pour terminer, quel domaine t’aura paru le plus difficile à investir : la télé, le théâtre, la mode ou la chanson ?
La chanson, indéniablement. Ça me demande un effort un peu surnaturel, c’est une vraie mise à nu. Je continue à le faire parce que j’aime ça, mais j’ai tendance à privilégier d’autres activités pour retarder un peu l’échéance. J’y reviendrai probablement, mais avec des thèmes et une approche plus personnels. Je n’ai pas encore trouvé mon univers musical. Mais bon, certains musiciens mettent des carrières entières à le trouver - il me reste à trouver le bon compositeur.

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