Mais c'est vrai, David Lopez a plié la rentrée. L'année. Et peut-être plus. Pensez à toutes vos maîtresses, à tous vos amants. Il y avait les tendres. Les torrides. Les hardcore. Les sentimentaux. Avec chacun, c'était bien. Différent, mais bien. Et puis, il y a cette poignée de partenaires qui sont tout à la fois. Ceux qui vous ont laissé à plat. Ceux dont la simple pensée suffit à dresser une érection dans votre caleçon ou envahir votre culotte d'un filet de cyprine. Et bien Fief de David Lopez, c'est ce partenaire.

Il y a tout dans ce livre. Du style, de l'intelligence, de la profondeur, de la forme, de la nouveauté, du classicisme... Tout. En fait, en lisant ce livre, on a eu l'impression de redécouvrir Tarantino. Cette même façon de prendre son temps dans l'écriture, dans le dialogue. Laisser le temps à une scène, sans perdre ni le fil, ni l'intensité. Avec David Lopez, vous saurez tout sur le roulage de joint, sur la boxe, sur le temps perdu. Et comme avec le grand Quentin, l'écriture bénéficie d'une mise en scène unique. On sent l'auteur nourri à tellement de sources. Au rap en premier lieu, dont il a passé sa jeunesse à écrire des tonnes et des tonnes de textes. Il en a gardé cette poésie un peu violente. Cette langueur prête à exploser. Cette tension permanente même dans la détente. Comme une scène de dialogue de Tarantino, en somme.

FiefÀ ce niveau, on est déjà dans un grand, un très grand livre. Mais là où David Lopez va frôler le génie (oui, juste frôler, parce que sinon on dit quoi de Dumas, Vinci et Bach ?), c'est dans la nuance. L'auteur aborde des sujets qui puent le cliché. La banlieue. Oui, mais une banlieue de province qui côtoie la forêt. La fume. Oui, mais en déclinant toutes les nuances. La boxe. Oui, mais Jonas est un boxeur raté malgré son potentiel, un passionné qui cherche pourtant à fuir les rings. La lutte des classes se dessine en toile de fond. Oui, mais les classes s'y entremêlent et s'y côtoient, elles ne luttent plus, elles coexistent.

Comme nous disait notre copine Cécile, «et en plus, il ressemble à Adam Driver».
C'est vrai. Et en plus, c'est son premier roman.

Ce que ce livre dit sur notre époque
Rien. David Lopez parle de l'humain d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Il dit tout.

Incipit et explicit
C'est un nuage qui m'accueille.

Excipit
Récemment, ils ont remplacé tous les lampadaires.

Vous avez aimé, vous aimerez...
Tout Quentin Tarantino, Louis Ferdinand Céline, La Haine, Divine, Million Dollar Baby, vous roulez un gros trois-feuilles...

++ Fief, de David Lopez, éd. Seuil, 252 p., 17,50 €

Crédit photo : Hermnce Triay