sergejaneEntre Elisa, à qui il enjoignait de chercher des poux « dans la jungle de ses cheveux » et l’apparition fantasmagorique d'Initials B.B. qui « ne porte rien/ d’autre qu’un peu/ d’essence de Guerlain/ dans les cheveux », la chevelure aura, comme à nombre de poètes, excité l’imagination de Serge Gainsbourg. Lui-même, côté coiffure, se sera grosso modo partagé entre la période « bien dégagé sur les oreilles » et celle, plus personnelle, du « long dans le cou », très négligé chic. Un côté poète russe de chez Castel qui complétait parfaitement sa panoplie de dandy seventies. Au détour d'une rencontre, nous avons posé quelques questions cheveux et poils à Jane Birkin pour en connaître un peu plus sur l’historique capillaire du compositeur.

Qui coupait les cheveux de Serge Gainsbourg ?
Jane Birkin: C’est moi. Oui, c’est moi qui les coupais car j’ai retrouvé des masses de ses cheveux chez moi. J’en avais même rempli des coussins, parce qu’il en avait vraiment un max. Des cheveux très épais, très beaux, très noirs, puis, plus tard, poivre et sel. Mais il allait peut-être aussi rue de Verneuil chez le coiffeur, je ne sais pas. (Après enquête auprès de l’actuel gérant de Dessange, à quelques pas de l’ancien domicile de Gainsbourg, il semblerait que celui-ci venait bien chez eux à l’époque, mais plutôt pour prendre un café et discuter le bout de gras avec les coiffeurs et les clientes ndlr.)

Et côté poils ?
Pendant très longtemps, son visage est resté imberbe. Et quand il se rasait de près, ça faisait très nu. Je trouvais que c’était mieux après une semaine, parce qu’en plus, sa barbe ne poussait pas partout. ça poussait comme chez les mongols de Russie, d’une manière tout à fait sophistiquée. D’ailleurs, il n’avait aucun poil sur la poitrine, ni sur les jambes. Donc, ça lui allait très bien de porter des bracelets de vieille comtesse russe ou des Repetto. Je lui avais trouvé ces chaussures parce qu’il pouvait les mettre sans chaussettes – j’ai toujours trouvé que les socquettes laissent des marques navrantes aux chevilles. Et puis il détestait marcher. Il prenait toujours des taxis, alors pour les petits pas qu’il faisait, il valait mieux qu’il soit dans des souliers aussi confortables que des gants. Autour du cou, je lui avais mis un diamant. Puis, un soir, il est allé fêter le Nouvel An à Pigalle avec mon frère, et il est revenu en pleurant rue de Verneuil parce qu’on lui avait volé tous ses bijoux. Du coup, je lui ai offert un saphir qui avait appartenu à une vieille dame (je l’avais acheté dans une boutique de bijoux d’occasion qui n’existe plus, près de chez Cartier, rue du Faubourg Saint Honoré), un très beau saphir au bleu presque noir. Pour les cheveux longs, c’est moi qui lui ai soufflé l’idée car je trouvais que son visage était mille fois plus beau lorsqu’il était encadré par des mèches un peu longues. La référence, c’était un peu les dandys, un peu les poètes russes. Quand il mettait ses petites lunettes cerclées de fer, on en aurait vraiment dit un. Pour compléter son look, il avait trouvé une petite veste de fille, avec les pinces sur les côtés, aux puces, qui allait très bien avec son jean. 

Et sa fameuse barbe de trois jours ?
Pour la barbe, il a trouvé l’astuce tout seul en utilisant une tondeuse de coiffeur. Il était en avance sur les hipsters et ça lui allait tellement bien. C’est vraiment à quarante ans qu’il était le plus beau. 

En partenariat avec Marie-Frange Magazine // Propos recueillis par Florence Trédez.