rudauxOn le sait aujourd'hui, l'homme et la femme du futur seront obèses, myopes et, surtout, très très cons. Le cauchemar de Darwin, c'est nous. Mais dans la France des années 30, on avait encore l'espoir que l'espèce humaine mute en diverses sous-races de créatures extraordinaires, dignes des meilleurs comics Marvel ou DC. Sauf qu'au lieu de mettre des costumes moulants en lycra et parader le paquet en avant sur le toit des immeubles, on pensait que ces surhommes continueraient à enfiler un futal et aller travailler pour payer leur loyer : bergers insectoïdes qui grimpent facile n'importe quelle montagne, pêcheurs amphibies, cols blancs avec application lampe torche intégrée dans le front ou, beaucoup moins cool, flics à six bras qui peuvent tabasser du jeune en masse. 

rudaux4Cette série d'images est tout droit sortie de l'imagination de Lucien Rudaux. Scientifique reconnu, il aimait vulgariser les découvertes grâce au dessin. Inventeur de l'art astronomique, il a été le premier à représenter des paysages spatiaux avec rigueur. Ces visions étranges et déformées, sorte de France à Papa version Jérôme  Bosch, comme si on avait mis du MDMA dans un Werther's Original, illustraient à l'origine un article de René Thévenin. Ce dernier, ancien attaché au Museum d'Histoire Naturelle, était aussi un écrivain de science-fiction à succès, auteur de La Forêt sanglante, Sous les griffes du monstre ou Les proies de la sirène. Dans ce texte repris aux Etats-Unis en 1938 par The American Weekly, le duo imagine toutes les modifications corporelles qui pourraient nous simplifier la vie. Leur conclusion : "On peut se consoler en se disant que ces améliorations, si nous les avions, ne rajouteraient pas grand chose à notre charme".  Quand on voit la tronche de l'homo sapiens de 3022 reconstitué à partir des prédictions des chercheurs, on se dit qu'on aurait pas été si mal. 

rudaux2

rudaux3