policewoman-mores (1)Charlotte de Saint-Fulgent est flic. Mais on la découvre d'abord dans les salles obscures d'une maison qui assouvit tous les fantasmes. Parce que Charlotte (mais appelez-la Charly) est aussi accro au sexe. Deux pans de sa personnalité qui engouffrent toute sa vie. Deux pans qui se rejoignent quand elle découvre que sa maison d'intimité est en fait une agence tentaculaire qui tente de rétablir l'équilibre, la justice, partout dans le monde. Une enquête sans fin qui touche autant aux énigmes policières qu'aux méandres de la psyché humaine. Rencontre avec Charlotte, l'héroïne du roman Mores de G.A. O'Neill.

Je vous appelle Charlotte ou Charly ?
Charlotte de Saint-Fulgent : Charly. S'il vous plaît. Sinon je ne fais pas l'interview.

Est-ce que vous vous définissez comme nymphomane ?
Je n'aime pas trop ce terme. J'ai une addiction et je me soigne. Enfin, j'essaie. Je ne sais pas du tout d'où ça vient. Ça m'agace d'ailleurs. J'ai besoin que ça cesse.

J'allais vous demander si c'était une richesse ou un handicap. Mais a priori, parce que vous ne le maîtrisez pas, c'est un handicap.
Sur le coup, c'est une richesse. J'ai l'impression d'aboutir à quelque chose. De trouver quelque chose que je cherchais. Mais dans le cadre de mon métier, c'est vraiment compliqué.

Si le monde était moins frigide, ce serait moins compliqué pour vous ?
À partir du moment où ça empiète sur mon quotidien, ça devient une addiction. Je suis obligé d'abandonner ce que je fais pour assouvir mes pulsions. Ce n'est pas possible d'être flic. Et avant tout, j'aime mon métier.  

Vous voyez un rapport entre votre métier de flic et votre addiction ?
Mon addiction est apparue pendant mon adolescence. Avant l'école de police. Est-ce que c'est le même trait de ma personnalité qui fait que j'ai cette addiction et cette envie de ma vie de flic d'aller jusqu'au bout des choses... ? En tout cas, je retrouve dans les deux un besoin d'adrénaline. De me sentir vivante.

Le sexe, le métier de flic, Mores... On a l'impression que tout ce que les citoyens lambda refusent de voir, c'est votre vie.
Pas faux. Je vis la nuit. C'est vrai. Mais quand je rentre chez Mores pour assouvir mes fantasmes, je n'intellectualise pas. On a tous des fantasmes. Moi, j'ai besoin de les assouvir. Quiconque franchirait les portes à fantasmes chez Mores deviendrait addict. C'est l'envie de vivre tout simplement. C'est comme quand vous faîtes un rêve érotique, vous vous réveillez et vous n'avez qu'une envie, c'est d'y retourner.

Il vous reste des fantasmes à assouvir ?
Oui. Toujours.

Que diriez vous aux gens qui vivent dans la frustration ?
C'est compliqué - moi c'est une addiction que je ne contrôle pas. Il y a des gens qui sont frustrés par manque de partenaires. Eux, je leur dirai qu'il faut faire seul. Faut pas avoir de tabou là-dessus. Parfois, on a beaucoup plus de plaisir seul. Ceux qui sont frustrés par des barrières qu'ils se fixent eux-mêmes, on peut leur dire «détends toi», ça ne sert à rien. Moi je vois un psy, le docteur Goldstein. Mais eux comme moi, on ne maîtrise pas vraiment ce qui nous arrive. À tous, je dirai qu'il faut franchir les portes de certains lieux. Ils sont pleins de gens bienveillants.

Vous ne vous laissez pas faire par les hommes. Que feriez-vous si vous croisiez Harvey Weinstein ?
Je suis en Inde depuis plusieurs mois. Je suis ça de loin. C'est sûr que je ne me laisserai pas faire. Je peux aimer les hommes comme je peux les détester. Pour moi, ils sont responsables de beaucoup de maux des femmes.

mores++ Mores, genèse 210 p., 16,90 € et Mores, expiation 219 p., 17,90 €, par G.A. O'Neill, éd. Albin Michel.  On vous offre des cartes pour télécharger ce livre ici.