Qu’est-ce que l’album Cité champagne a de plus adulte que le Monde Möo selon toi ? 
Pablo Padovani (Moodoïd) : Tu as raison, il est plus adulte. Enfin, je considère qu’il l’est plus dans les paroles et peut-être un peu moins dans la musique. Le truc c’est que quand j’ai fait le Monde Möo, c’était un album qui s’inspirait beaucoup du rock progressif, une musique un peu de niche avec des accords très asymétriques, enfin c’était un son assez complexe. Là, avec ce nouvel album, je suis revenu à quelque chose de beaucoup plus simple, de très pop, et je crois que la pop ce n’est pas franchement un truc d’adulte.  En revanche, les textes du Monde Möo étaient très naïfs, très simples - et dans celui-ci, les paroles sont plus précises et j’en fais part de manière plus appliquée. 

Justement l’amour, la rupture, la frustration… Les thèmes de Cité Champagne semblent plus avertis et sérieux que ceux du Monde Möö. Est-ce que ce sont des problématiques qui ont grandi avec toi ?
Oui, clairement. Bon je les avais déjà un peu évoquées dans l’album précédent puisque ce sont toujours un peu les thèmes de prédilection pour moi. Ce sont des sujets qui m’animent et qui me font vivre énormément d’émotions. Après, c’est mon approche de ces thématiques qui est un peu différente. Dans Cité champagne, c’est une approche un peu plus schizophrène !(Rires) Certaines chansons sont pour l’amour, et d’autres absolument contre par exemple, ou certaines dans lesquelles je me dépeins en victime et d’autres en bourreau. Je sais pas, c’est plus sombre quoi.

Tu t’es séparé de ton groupe initial pour t’entourer sur ce nouveau projet d’un liveband issu de la jeune garde jazz parisienne. Est-ce que comme une grande personne, tu as fait le tri dans tes relations ? Pourquoi ce changement ?
Non je ne crois pas que ça ait rapport avec cela. La vie m’a juste permis de rencontrer de nouvelles personnes et d’avoir de nouveaux amis (il réfléchit, ndlr)… Attends mais oui, en fait c’est vrai que j’ai changé de groupe de potes depuis le premier album ! (Rires) Je ne sais pas si cela a rapport avec le fait de devenir adulte, j’ai plus l’impression que c’est un changement d’orientation musicale. J’ai d’abord eu une rencontre coup de coeur avec Tiss Rodriguez (batteur de jazz et le batteur de l’album, ndlr) qui m’a introduit au milieu du jazz à Paris et qui m’a fait rencontrer tous les musiciens qui sont aujourd’hui sur Cité champagne. J’avais une idée très précise de ce que je voulais, j’avais un vrai désir de faire un genre de jam session en studio et je me suis entouré au mieux pour cela. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai bossé avec Pierre (Pierre Rousseau du groupe Paradis, ndlr). Ce mec me plaisait beaucoup artistiquement, et je le trouvais extrêmement doué, du coup j’ai eu très vite envie de bosser avec lui. 

Le jazz justement, est-ce que ce n’est pas un façon, comme tout homme qui se respecte, de te rapprocher de ton père, le saxophoniste Jean-Marc Padovani
Ah, peut-être… C’est possible qu’il y ait un peu de ça. Ce qui est certain, c’est que de par mon éducation et mon histoire familiale, j’ai un certain penchant pour le jazz. Et j’ai beaucoup d’admiration pour les musiciens de jazz de manière générale. Il me semblait juste logique un jour de faire du jazz… Comme mon père, peut-être. En tout cas le jazz sur cet album ça m’a permis de transformer le son que je faisais dans ma chambre, sur mon ordinateur,  en une matière vivante, qui a pris tout son sens grâce à tous les musiciens avec qui j’ai bossé. Nous avons passé cinq jours en studio et j’ai vu toute ma musique électronique prendre vie, et surtout sonner comme à peu près tous mes albums préférés. Puis, avec Pierre, on a repris toute cette matière pour en refaire de la musique électronique, donc c’est un album qui s’est construit en plein d’étapes. Comme la vie d’un adulte, quoi. (Rires)

Tu as pris quatre ans pour sortir ce nouvel album. Est-ce que prendre le temps n’est pas aussi un signe de maturité ? 
En fait, j’avais deux options qui s’offraient à moi après la tournée du premier album en 2015. Soit de faire un disque très rapidement, d’enchaîner et de rester dans une dynamique productive, soit de faire une rupture. Et c’est très personnel, mais j’avais vraiment besoin d’une rupture. J’avais commencé en 2012 à tourner avec Melody's Echo Chamber pendant un an et demi, j’avais enchaîné avec l’EP de Moodoïd pendant un autre an et demi, puis avec l’album pendant la même durée… Je me suis retrouvé dans une sorte de spirale très excitante mais sur laquelle je n’avais jamais aucun recul. Du coup, j’avais vraiment besoin de regarder mon travail avec plus de recul, de comprendre ce qui m’avait plu et l’inverse aussi. J’ai été très sage, quoi ! (Rires)

Flavien Berger, Pierre Rousseau (demi-Paradis), Wednesday Campanella... Tu as beaucoup collaboré sur cet album. Est-ce que t'entourer est une façon de te professionnaliser ? 
Non, du tout pour le coup. Simplement depuis que je suis adolescent, je me suis toujours dit que je voulais faire du cinéma et de la musique puisque ce sont des arts collectifs pour moi. C’est essentiel pour moi, le travail d’équipe. Après, toutes les collaborations sur cet album n’étaient pas préméditées. Ça s’est toujours fait de façon très naturelle. Flavien Berger par exemple, on était ensemble à un dîner chez des copains en commun, moi j’étais en session studio le lendemain, du coup je m'étais (mais genre what the fuck ?!) mis dans un coin d’une pièce pour finir des partitions pour les musiciens, et il est venu me voir pour me proposer un coup de main. Le lendemain, il avait écrit le texte d’un de mes morceaux.

Avec Pierre Rousseau justement, qui a produit cet album, vous avez enregistré Cité champagne à la manière d’un disque des années 80 : soit des morceaux enregistrés live en studio, tous ensemble. Qu'est-ce que tu aimes tant dans les eighties ?
Les années 80, c’est mes "années fantasme" absolues. Pour moi, tout le fruit artistique et culturel de cette décennie est tellement optimiste, joyeux, festif. Dans la musique pop, mais aussi dans le cinéma, avec tous ces univers ultra-kitsch ou ultra-futuristes. C’est l’époque qui symbolise l’arrivée du numérique, et dans tous les formats créatifs qui en découlent, on a cette impression qu’il y a eu une incroyable révolution technique. Non, vraiment, les années 80 font tout simplement fonctionner l’onirisme et le fantasque chez moi, j’adore.

Tu passes souvent derrière la caméra pour tes propres clips, mais aussi pour ceux d’autres artistes comme Juliette Armanet ou le groupe Paradis. Est-ce que tu songes à arrêter de faire le fanfaron sur scène et te consacrer uniquement à la réalisation dans quelques années ?
Fanfaronner ! (Rires) Non mais en vrai, c’est mon rêve. L’objectif, c’est de ne faire que de la réalisation un jour, oui. Après, ce qui est compliqué en France, c’est que tu es toujours assimilé à quelque chose, donc pour l’instant dans le milieu, je suis juste considéré comme un musicien qui fait de la réal'. C’est difficile en France d’avoir plusieurs casquettes. Faire de la fiction à moins de trente ans, c’est extrêmement dur. Les clips, du coup, ça me permet de me faire plaisir. Ce sont des productions où l'on peut encore avoir des budgets raisonnables, on peut expérimenter des choses, du narratif, du concept, du visuel…Tant que je peux faire les deux en même temps c’est cool, mais le jour où je voudrai vraiment me lancer dans la fiction, je sais qu’il faudra que je m’y consacre à plein temps. 

En 2014, dans une interview, tu déclarais que Moodoïd était un "groupe de rock progressif naïf, fait d’enfants lâchés dans une grande salle de jeux". Est-ce que tu prend la musique plus au sérieux quatre ans plus tard ? 
Non, j’ai toujours cette idée sur Moodoïd. Pour moi, c’est un laboratoire créatif qui permet d’exaucer tous mes fantasmes artistiques. Mais après, en effet, la façon dont j’utilise tous ces jouets a évolué. Avant je prenais tout, je jouais avec puis je faisais le point. Aujourd’hui, je regarde d’abord quels sont les jouets à ma disposition et je choisis avec lesquels je veux m’amuser et comment. Mais c’est une approche qui changera encore pour le prochain album, j’en suis certain. J’ai toujours peur de m’ennuyer et j’ai toujours un peu plus envie de me surprendre moi-même. Je veux que chacun de mes albums soit très différent et m’embarque dans des nouveaux univers à chaque fois.

Tu es très inspiré par la pop japonaise, mais est-ce que c’est toujours de ton âge ?
(Rires) Je ne sais pas si c’est de mon âge, mais en tout cas c’est de mon goût. C’est ultra-optimiste, joyeux et érudit. Techniquement, c’est aussi la pointe de la technologie des années 80, donc on y revient... Mais ce qui me plaît encore plus, c’est que je me reconnais dans les artistes pop japonais. Eux essaient de chanter de la pop américaine des années 80 en japonais, et moi, je fais la même chose mais en français. Après, je ne parle pas du tout le japonais et je ne le comprends pas non plus, c’est ce qui me plaît. J’adore ne pas comprendre la musique que j’écoute, c’est pour cela que j’écoute très peu de chanson française, d’ailleurs. Le texte n’a jamais été très important pour moi. 

Cette interview t'a-t-elle déprimé ? Si oui, tu es définitivement devenu grand. 
(Rires) Non, c’était cool ! Je crois que ça veut dire que je ne suis pas encore complètement déprimé.

++ Le nouvel album de Moodoïd, Cité champagne,  est disponible ici depuis le 8 juin dernier.
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