Quel est ton rapport à la musique, quand as-tu commencé à en jouer ?

J’ai commencé le conservatoire et l’alto à 6 ans, et ce jusqu’à mes 18 ans. J’ai joué dans un orchestre symphonique, et je faisais également partie de la chorale. Là bas, j’ai resssenti des trucs incroyables, je me sentais portée par les gens, c’était comme une grande réunion.

 

Tu as dit aimer et cultiver les “accidents” sur cet album, était-ce pour prendre le contrepied de ton éducation musicale classique? 

Récemment, j'ai eu un déclic : il fallait que je détruise le classicisme que j’ai appris à l’école tout en en conservant les bases, car elles sont tout de même importantes. Kevin Parker (du groupe australien Tame Impala) qui a produit le disque a, lui, un background beaucoup plus rock’n’roll que moi, c’est donc un bon équilibre, il m’a aidé à tout détruire pour mieux construire mon propre son.

 

 

Comment vous êtes-vous rencontrés ? 

Tame Impala a joué il y a deux ans à Paris et a fait son after show au Motel, un bar dans le 11ème arrondissement qui est l’un de mes QG ; c'est à cette occasion que je suis entrée en contact avec eux pour la première fois. Le concert m’avait vachement touché, je m’étais pris une grosse claque. J’avais envie de connaitre le secret de leur son, les pédales qu’ils utilisaient, on a donc discuté de trucs de compression, une discussion de nerds en gros ! J'en ai profité pour donner à Kevin mon CD que j’avais fait sous le nom de My Bee’s Garden. Il l’a écouté quelques jours plus tard, il a adoré et il m’a proposé de partir en tournée avec Tame Impala pour en assurer la première partie.

Une amitié s’est nouée, je lui ai fait écouter mes nouveaux morceaux et il a instantanément voulu me produire car le son l’intéressait. C'était également important pour lui d'avoir des projets annexes à son groupe, car il y a déjà une grosse pression qui repose sur celui-ci. Il avait besoin de prendre un peu l'air en s'adonnant à autre chose.

 

 

C’était important pour toi de mélanger l’anglais et le français sur cet album ?

Non, cela ne l’était pas, à la base ce n’était même pas prévu. Je n’avais jamais écrit en francais car je ne me sentais pas à la hauteur de la langue, je ne la maîtrise pas assez bien je pense. En fait, le besoin s’est fait ressentir quand j‘étais en Australie, j’en avais marre de l’accent australien et d’entendre uniquement de l’anglais pendant un mois. La seule façon de renouer avec la France était de chanter en français. Mais je trouve quand même que c’est plus naturel pour moi d’écrire en anglais. Pour dire la meme chose en français, il faut 15 000 mots et tu peux moins te permettre d'être abstrait, tout paraît tout-de-suite plus sérieux. En anglais, tu peux à la fois être poétique, enfantin, et parfois érotique. Du moins c’était mon ambition pour ce disque.

 

 

Malgré ton éducation classique, y avait-il des "héros de la pop" que tu admirais dans ton enfance ?

Quand j’étais plus jeune, j’étais fan d’Aaliyah. A la maison, mon frère était fan de Vangelis et de Jean-Michel Jarre, c’était un gros geek, il avait un mur de synthés dans sa chambre, c’était très impressionnant.

 

La musique occupe-t-elle une part importante dans ta famille ?

Mon père était dans un groupe de rock italien dans les années 70, mais bon, il jouait plus souvent au Club Med qu’ailleurs, il a arrêté assez vite quand il a eu des enfants. Ma mère s’intéresse aussi de près à la musique, elle faisait partie d'une chorale.

 

Comment réagis-tu quand on te compare à Broadcast ?

Je suis très flattée, je les ai beaucoup écouté, j’étais devastée quand j’ai appris la mort de Trish Keenan l'année dernière. Mais on a essayé avec Kevin de ne pas être trop proche de leur son, on a voulu créer notre propre univers malgré tout.

 

 

Et les critiques élogieuses dans le Guardian, Pitchfork et autres, ça te fait quoi ?

Je ne réalise pas trop, ça fait plaisir, c’est sûr, mais ça fait des années que je fais de la musique et tout le monde  s’en foutait jusqu’à présent ! Tout d’un coup, il s'avère qu'il y a un engouement général pour moi... donc je suis bien évidemment ravie !

 

 

++ La page Facebook de Melody's Echo Chamber. Son album éponyme est déja disponible.

 

Propos recueillis par Sarah Dahan // Crédit Photo : Diane Sagnier.