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Interview

George Clinton - Funk It

Lundi, 18 Juin 2007

Moins connu que James Brown, Prince, Stevie Wonder ou Marvin Gaye, George Clinton est pourtant comme eux l'un des plus grands génies de la musique afro-américaine.


  • Si James Brown est le père du funk, alors George Clinton en est son beau-père. Pas le genre de beau-père qui vous gueule dessus parce que vous portez des jeans trop larges et qui vous force à faire des études de droit. Plutôt celui qui vous fait fumer votre premier joint et qui vous parle de cul comme si vous étiez un adulte. Fondateur, entre autres, des groupes légendaires que sont Parliament et Funkadelic, Georges Clinton est unanimement reconnu comme le créateur du P-Funk, une version plus psychédélique, plus rock, plus théâtrale et encore plus sexuelle que le funk traditionnel. Rencontre avec un très grand monsieur de 65 ans.

    Quand tu as commencé à faire de la musique ?
    George Clinton : Vers 1955, quand j'ai monté mon premier groupe, The Parliaments. J'avais douze ou treize ans. Je n'avais jamais fait de la musique tout seul dans mon coin avant ça, j'étais trop occupé à courir après les filles.

    Tu étais donc le chanteur du groupe ?

    George Clinton : Disons plutôt que j'essayais d'être le chanteur parce que c'était loin d'être très brillant… Mais on était de bons comédiens, on faisait presque illusion quant à nos capacités.

    Quelles étaient tes influences à cette époque ?

    George Clinton : Frankie Limon, The Cadillacs, The Spaniels, The Platters… Essentiellement des groupes de doo-wop. Et puis, dans les années 60, les groupes de Motown ont remplacé ceux des années 50. Les groupes de Motown faisaient toujours du doo-wop mais d'une façon beaucoup plus moderne.

    Tu as d'ailleurs écrit des paroles pour plusieurs artistes de Motown à un moment. Comment t'es-tu retrouvé à travailler pour ce label ?

    George Clinton : Quand j'avais 18 ans, Motown était le meilleur label du moment. C'était incroyable. À tel point que les gamins de l'époque traversaient le pays en caisse, en vélo, ou à pieds jusqu'à Detroit pour se poster de l'autre côté de la rue et regarder des musiciens comme Stevie Wonder ou les Temptations entrer et sortir de Motown. Un jour, j'ai eu assez de cran pour leur dire que j'écrivais des morceaux et qu'il devait m'engager. Ils m'ont dit non. Mais un peu plus tard, la femme de Berry Gordy (le directeur de Motown, ndlr) m'a offert du travail à New York. J'ai donc écrit des paroles pour Michael Jackson et les Jackson 5, les Supremes, Edwin Star… C'était la meilleure école au monde.

    Mais tu as également été beaucoup influencé par des groupes de rock ?

    George Clinton : Effectivement, au milieu des années 60, les groupes de rock'n'roll anglais ont débarqué et c'est à ce moment qu'on a créé le groupe Funkadelic. Après, dans les années 70, on a reformé Parliament et c'est à ce moment que des musiciens comme Bootsy Collins, Fred Wesley et Maceo Parker nous ont rejoints. On était au total une trentaine de musiciens.

    Ces trois musiciens travaillaient tous avec James Brown avant de te rejoindre. Est-ce que James Brown t'en a voulu de lui avoir volé ses musiciens ?

    George Clinton : Non, c'est lui qui les avait virés. Quand ils nous ont rejoints, James Brown avait déjà trouvé de nouveaux musiciens.

    Parce qu'ils avaient travaillé avec James Brown, Bootsy, Maceo et Fred Wesley disposaient tous d'une formation plus classique et plus sévère. En quoi le son de ton groupe s'est-il modifié après leur arrivée ?

    George Clinton : Ces musiciens nous ont permis de mieux nous structurer et nous organiser. Nous, on était vraiment des déconneurs, on partait dans tous les sens alors qu'eux avaient l'habitude d'être menés à la baguette par James Brown. Cela nous a vraiment permis de nous discipliner et en contrepartie, eux sont devenus plus cool. On a appris les uns des autres.

    Quelle est concrètement la différence majeure entre Parliament et Funkadelic ?

    George Clinton : Funkadelic est bruyant, improvisé, c'est un groupe qui fait de la musique avec tout ce qui peut faire du bruit. Parliament est par contre plus structuré au niveau musical. La grosse différence entre les deux c'est donc le bruit et la folie. Par ailleurs, Funkadelic est centré autour des guitares, c'est donc une formation plus rock'n'roll, tandis que dans Parliament, ce sont les cuivres qui dominent.

    La légende veut qu'au cours des années 70, vous viviez ensemble au sein d'une communauté. Est-ce vrai ?

    George Clinton : A cette époque, on était signé sur cinq labels en même temps. On était tellement occupé qu'on passait notre vie en studio, littéralement, on y passait même nos nuits. De 1973 à 1978, on vivait tous ensemble, on ne se quittait pas. On était tout le temps en tournée et à chacun de nos arrêts, on trouvait un studio pour enregistrer. Parfois, on occupait jusqu'à 4 ou 5 studios dans la même ville au même moment. On a d'ailleurs de nombreux albums qui ne sont encore jamais sortis. Mais un jour…

    En plus de Parliament et Funkadelic, tu as supervisé des groupes tels que les Parlets ou les Brides of Funkenstein… Est-ce que tu avais depuis tes débuts le projet de créer un empire musical ?

    George Clinton : Je voulais créer le nouveau Motown. Au départ, on les copiait et puis quand Motown est devenu dépassé auprès de la jeunesse, qui désormais aimait le rock'n'roll, c'est eux qui se sont mis à nous copier. Les Temptations se sont mis à faire des morceaux plus psychédéliques, comme Cloud 9, en prenant exemple sur nous.

    Tu as su écrire des mélodies très percutantes, que beaucoup de gens sont capables de chanter des années après. Est-ce un talent naturel ou quelque chose que tu as appris à travailler ?

    George Clinton : C'est quelque chose que j'ai travaillé. Les Beatles et les groupes de Motown excellaient dans l'art de composer des mélodies sans paroles très puissantes. J'aimais tellement ça que j'ai fait la même chose, par exemple sur One Nation Under A Groove.

    A l'opposé, sur de nombreux morceaux, tu te contentes de parler, sans mélodie, à la manière de ce qu'on appelle aujourd'hui le slam. Qu'est-ce qui t'a inspiré?

    George Clinton : C'est tout d'abord Oscar Brown Jr. qui m'a inspiré. Il était pianiste jazz mais il rappait presque quand il racontait des histoires. Louis Jordan aussi. Dans les années 70, les présentateurs des radios noirs ont abandonné cette façon de parler très rapide des années 50 et 60, ils se sont mis à prendre des voix suaves et à parler tout doucement. Je n'aimais pas cette nouvelle tendance, je trouvais que les DJs radio perdaient leur personnalité. Du coup, on a fait l'album Mothership Connection, où on joue le rôle de DJs, comme si sur l'album, il y avait des DJs qui présentaient notre disque à la radio. Et ça fonctionnait. C'est drôle parce qu'à ce moment, les DJs ont progressivement disparu des radios. Par contre, dans les clubs, les DJs se sont mis à commencer à parler entre les morceaux. Et c'est ça qui a progressivement donné naissance au hip hop… La première fois que j'ai entendu du hip hop, j'ai cru que c'était une radio. Moi, j'aimais alors que tout le monde détestait à l'époque. Mais, quand j'entends les gens haïr une nouvelle musique, je sais que cette musique va devenir la nouvelle musique en vogue. C'est toujours comme ça que ça se passe.

    Qu'est-ce que « P-Funk » veut dire exactement?

    George Clinton : Pure Funk. De la funk pure, qui n'est pas coupée, comme de la drogue non coupée. C'est une expression qui est née en 1976 au moment de la création de l'album Mothership Connection.

    En parlant de drogue, à quel point la drogue a été un élément important dans ta créativité musicale ?

    George Clinton : Dans les années 60, tout tournait autour de la drogue. Je ne sais pas où j'étais entre 1966 et 1969 mais après, les drogues ne marchaient plus sur moi. C'était toujours une habitude, mais je ne sentais plus rien. C'était devenu une influence négative. Je pouvais prendre une poignée entière d'acides et au mieux, ça me permettait de rester éveillé mais rien de plus. Jusqu'à la fin de la guerre du Vietnam, la drogue ne se vendait pas, elle se donnait, elle se partageait. À partir du milieu des années 70, la drogue est devenue un commerce et à partir de ce moment-là, les gens se sont mis à la couper. Je me rappelle qu'à Woodstock, on entendait pour la première fois « fais attention à l'acide marron », on n'avait jamais entendu ça avant. Pour moi, Woodstock a signé la fin de la drogue, à partir de ce moment, la drogue était devenue dangereuse.

    Penses-tu avoir été un bon businessman au cours de ta carrière ?

    George Clinton : Je pense que j'aurais été meilleur si j'avais monté le groupe de nos jours. Mais si j'avais été meilleur businessman, nous n'aurions sans doute pas autant marqué l'histoire de la musique. Une grande partie de ce que nous étions était basé sur notre illogisme et sans cette dose de folie, nous n'aurions jamais été nous-mêmes. Je pense qu'essayer de faire trop bien les choses et de tout contrôler n'est pas forcément positif quand il s'agit de musique. Si tout ne se passe pas exactement comme tu l'avais prévu, Funk it ! C'est aussi ça la beauté de la vie !


    TOP 5 P-FUNK
    Grand connaisseur de funk et animateur sur Générations FM, DJ Bronco nous dévoile ses 5 disques préférés de la bande à George Clinton.
    1-Funkadelic, Uncle Jam Wants You (Album)
    Pour le sample de De La Soul, Knee Deep, et pour son efficacité sur les dancefloors.
    2-George Clinton, Atomic Dog (Single)
    Toujours à cause de mon background rap, je ne peux m'empêcher de penser à Snoop Dogg sur ce titre. Bien chargé, je peux faire le chien sur un dancefloor.
    3-Parlet, Help From My Friends (Single)
    La puissance du P-Funk au féminin.
    4-Parliament, Mothership Connection (Album)
    Pour le titre Give Up The Funk, qui réunit toutes les ethnies et les couches sociales, titre magique et indispensable.
    5-Funkadelic, One Nation Under A Groove (Maxi)
    Un classique West Coast, et fédérateur comme le titre l'indique.

     
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  • En Savoir Plus en Images :
  • Un documentaire de 53 minutes, riche en images d'archives, sur l'histoire de Parliament et Funkadelic.
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    Par A.C // Photos : DR.


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