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Interview

Gonzales - Toucher ou se Toucher ?

Lundi, 10 Septembre 2007

Quel est le point commun entre Charles Aznavour et Peaches ? Entre Jane Birkin et Katerine ? Entre Christophe Willem et Teki Latex ? Si vous avez répondu respectivement les textes, la coiffure et les polos moulants, vous avez tout faux. Le trait d'union de cet improbable casting, c'est Jason Beck, alias Chilly Gonzales, alias Gonzales, alias Gonzo. Ce trentenaire canadien pote de Daft Punk et Feist, exilé à Berlin puis à Paris depuis 2003, est devenu, en cinq albums solo et moult collaborations audacieuses, l'un des musiciens et producteurs les plus passionnants d'aujourd'hui - et accessoirement la juste réparation versée à la France pour quinze ans de chanteuses à voix québécoises. Que ce soit en Eminem poilu (voir), en concertiste boxeur (voir), ou en homme-orchestre spécialiste des reprises de Beat It à la boîte à musique (voir), Gonzales paraît a priori taillé pour la rubrique «artiste décalé ou déjanté» de Télérama. Mais, horreur, celui qui se proclame lui-même «génie musical» me reçoit pour confesser, entre deux saillies sur l'onanisme de Mathieu Chédid ou les bougies parfumées d'Etienne Daho, qu'il a certes fait un nouvel album, mais qu'il n'est ni original, encore moins un artiste… Discussion libre autour d'une verveine.

 

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  • Je m'attendais à voir un home studio dans ton appartement. Tu ne travailles jamais chez toi ?
    Gonzales : Non, à part le piano. Je ne suis pas très à l'aise avec les machines, je préfère travailler au studio.

    Tu es installé à Paris depuis quand ?
    Gonzales : Depuis 2003. Je suis arrivé justement pour prendre un boulot dans un studio, le studio Ferber. J'habitais à Berlin et je commençais à avoir un peu de presse et de concerts à Paris et en France. La France a toujours été le pays où ça a le mieux marché pour moi.

    Dès ton premier album (Gonzales Über Alles, Kitty-Yo, 2000) ?
    Gonzales : Oui, tout de suite. Une espèce de respect musical qui existait un peu moins dans les autres pays. Donc je me suis toujours dit qu'il y avait un truc en France à explorer parce qu'ici, ils avaient bien compris mon projet.

    Pourtant en Angleterre ça a marché aussi dès ton premier single (Let's Groove Again se classa à l'époque dans le Top 10) ?
    Gonzales : Disons que là-bas, c'est surtout le côté « personnage fou, décalé » qui leur a plu. Quand je lisais les chroniques ou quand je faisais des concerts, je me suis rendu compte qu'ils étaient moins touchés par les gestes musicaux, qu'ils étaient plus touchés par les gestes théâtraux. Ce qui n'est pas mal en soi, mais je voulais bien doser le côté entertainer et le côté musicien, pour donner le maximum de largeur au truc. Il n'y a qu'en France qu'ils ont compris ce dosage dès le début. Ils étaient plus bouleversés par mon génie musical. Ils avaient plus peur du personnage. J'ai aimé ça, j'avais l'impression d'être quelqu'un qui pesait, d'avoir l'ampleur d'un dictateur.

    Tu cherchais à contrôler les masses à tes concerts ?
    Gonzales : Oui. Exactement.

    Tu as réussi ça sur nous, les Français ? Ca fait plaisir…En même temps tu n'es pas le premier à tenter ça sur nous !
    Gonzales : (Rires)
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  • Et chaque fois que tu as changé de ville, Montréal, Berlin et maintenant Paris, cela avait une signification musicale ?
    Gonzales : Oui, je pense à ma carrière tout le temps. Quand je bouge d'une ville à l'autre, c'est pour le travail. Je ne serais jamais venu à Paris comme ça, pour explorer la vie parisienne. Je suis venu parce qu'il y avait du boulot, parce qu'il y avait une phase qui s'ouvrait avec Renaud Letang, un réalisateur qui bossait ici depuis 15 ans déjà, avec Alain Souchon, Manu Chao.

    Vous avez commencé à travailler ensemble tout de suite ?
    Gonzales : D'abord à distance. Il a commencé par mixer des titres sur Presidential Suite (2002, Kitty-Yo). Ca me convenait, car moi j'aime la scène, jouer avec des gens, faire des petites maquettes chez moi, mais devenir vraiment professionnel, passer du temps à mixer, j'aime pas trop. C'est le côté chiant : finir un projet. Je ne suis pas très bon pour ça. Donc j'ai trouvé ce mec, Renaud Letang, qui était bien pour faire le mix et finir l'album. Je ne l'ai pas rencontré, mais j'étais juste content que ça marche.

    Comment s'est formé votre duo à Paris (connu désormais sous le nom de VV) ?
    Gonzales : Lui bossait là depuis 15 ans. On s'est rencontré pour la première fois pour faire une version française d'un de mes titres avec Guesh Patti, Dans tes Yeux. J'ai fait la maquette chez moi comme d'habitude, puis on a fait ensemble les voix de Guesh Patti. Dans le duo, je m'occupe de la musique - avec son avis- et lui il s'occupe du son - avec mon avis. Ensuite, selon avec qui on travaille, l'un de nous est plus impliqué dans la psychologie de l'artiste. Pour Feist, Teki Latex, ils sont venus vers moi, donc je fais un peu le psychologue avec eux. Pour Jane Birkin, Dani, Charles Aznavour, cela tombe sur Renaud Letang, qui connaît mieux ce type d'artiste. On conçoit l'idée générale du projet ensemble, mais ensuite c'est assez séparé et complémentaire.

    Fais-tu une différence entre les collaborations pour des gens proches et de plus « gros » projets, comme Aznavour, ou dernièrement Christophe Willem, vainqueur de l'émission « La Nouvelle Star » ?
    Gonzales : C'est très différent. Quand ce ne sont pas mes potes, j'apprends beaucoup, je vois quelque chose de fondamentalement différent de mon style de travail habituel : beaucoup de comités, d'entourages. Je vois comment fonctionne le vrai business et j'essaye d'apporter un peu de bonne musique là-dedans. Et quand j'entends mes trucs en radio, j'ai l'impression que ma musique existe plus que quand je bosse dans mon coin. Beaucoup de gens disent « c'est de la merde ce qu'on entend à la radio, c'est pas la peine d'essayer (de travailler avec ce genre d'artistes)». Moi, je dis qu'on peut essayer de donner un autre exemple. Je suis fier qu'un truc que j'ai fait pour Christophe Willem passe en radio, que beaucoup de gens l'achètent, même s'ils ignorent que c'est moi qui l'ai fait.

    Ça ne te gêne pas d'être anonyme sur ces projets ?
    Gonzales : Pas du tout. J'aimerais bien bosser avec des grosses pop stars, des vraies légendes. J'ai été content du come back de Birkin avec Rendez Vous, qui s'est très bien vendu, et déçu que le suivant n'ait pas fait aussi bien. Leurs succès ou échecs sont aussi les miens. Je m'investis beaucoup dans ces projets, je propose beaucoup de choses qui sont systématiquement rejetées par l'entourage, jugées « trop OVNI », « trop marrantes ».

    C'est ce qui s'est passé avec Aznavour ? (les arrangements proposés par Gonzales ont finalement été rejetés par Ch. A.).
    Gonzales : Oui, ça se passe tout le temps ; avec Birkin, j'avais eu plein d'idées extrêmes rejetées soit par elle, soit surtout par des directeurs artistiques, des gens plus conservateurs, plus impliqués que l'artiste dans la musique de l'album. Mais si un tiers de mes idées passe, ça donne quand même un résultat plus extrême que sans moi. Je suis l'expert de ce que peuvent supporter mes artistes - par exemple pas de guitariste de session sur Feist - et Renaud, qui connaît bien ce qui va passer en radio, est l'expert de ce que peuvent supporter ceux dont ils s'occupent - pas de handclaps synthétiques sur Jane Birkin ! Pour les Birkin et Aznavour, j'exécute, je ne me bats pas trop pour imposer mes suggestions.

    Dans vos réalisations, tu t'occupes quand même seul de la musique en terme d'exécution ?
    Gonzales : Mon instrument de départ, c'est le piano. Mais je joue de tout, guitare, basse, batterie, sauf les cordes et les cuivres, que j'arrange mais que je ne joue pas. Par exemple, sur Rendez-Vous de Jane Birkin, tout ce que tu entends, le moindre triangle, le moindre xylophone, c'est moi. Quand tu es un génie musical, tu te rends compte que tu peux faire de la musique avec n'importe quoi. Pour Katerine, il y avait beaucoup d'ordinateur, d'edit (le fait de découper et retravailler les éléments enregistrés); je ne suis pas Aphex Twin, mais je peux en sortir quelque chose. Mais quoi qu'il en soit, côté son, j'ai été surpris de bosser avec Renaud au début, parce que ça faisait pas trop studio professionnel, ça me rappelait comment je bossais chez moi, mais avec plus de moyens. J'avais peur parce que jusque-là, toute mes expériences dans les gros studios étaient un peu écrasantes.

    C'était le fait de ne pas tout contrôler qui te gênait dans ce type de studio ?
    Gonzales : Non, c'est que souvent les mecs de ce milieu sont des musiciens frustrés, ils ne vont pas à l'essentiel. Ils parlent trop, ils essayent de t'impressionner. Quand tu as l'habitude de bosser tout seul, ça te menace parce que…oui peut-être que tu contrôles moins ; du coup tu entends les faiblesses de ta musique, objectivement. Avec Renaud je n'ai pas cette impression. Tout ce que j'avais fait bizarrement, ou à l'envers, il a supporté et trouvé des solutions, sans dire « oh, mais tu es bizarre, tu bosses un peu à l'envers ». Jusque-là en studio, les gens me demandaient avec condescendance «mais, comment tu as fait ça ?», me prenaient pour un « artiste bizarre ».

    Qu'est-ce que tu entends par « bosser à l'envers » ?
    Gonzales : Je travaillais avec très peu de moyens, donc il y avait toujours des solutions un peu bizarres, pas clean. Les pistes n'étaient pas vraiment séparées par exemple, il y avait plein d'erreurs en fait, parce que je ne connais pas le métier du son du tout. Il y avait des erreurs, mais quand tout était ensemble ça marchait ; j'ai fait trois albums comme ça, dans mon coin. Mais la plupart des gens que j'ai rencontrés dans l'électro bossent à l'envers, que ce soit Mocky, Peaches, les mecs de Berlin, Buck 65, je suis pas le seul. On fait plein d'erreurs parce qu'on veut juste que l'idée sorte très vite. On peut pas être psychorigide et génie musical en même temps.

    C'est pour cette raison que je t'imaginais davantage en home studiste…
    Gonzales : Oui, je l'étais, mais par nécessité, parce que je ne faisais pas confiance à d'autres gens.

    Tu veux être dictateur aussi sur ton son ?
    Gonzales : Heu…Sur ma musique oui, après pour le son, c'est un peu dommage qu'on soit obligé de faire des disques. Moi j'aime bien communiquer ma musique, faire du live, mais je pense que j'aurais été plus heureux aux époques où le disque n'existait pas. Je préfère faire ça (il prend sur son piano un exemplaire des partitions de Solo Piano, 2004, No Format) plutôt que faire un disque. On en a vendu 500, ce qui est beaucoup pour un truc comme ça. Là, c'est une vraie interaction avec la musique, une vraie communication. Faire des disques, je trouve ça un peu chiant, c'est pas vraiment faire de la musique. C'est une étape avant de communiquer, pas la plus directe.

    C'est aussi ça qui te pousse à réarranger tes propres morceaux ?
    Gonzales : Oui, exactement, c'est pour ça que j'ai fait Z (2003, Delabel, constitué uniquement de réarrangements de morceaux précédents). D'un jour à l'autre, le morceau peut changer selon mon humeur, il n'y a pas de version définitive.

    Tes réarrangements tendent parfois à démontrer qu'une bonne mélodie sera toujours une bonne mélodie quel que soit l'habillage, et en même temps, dans d'autres de tes projets, la composition est complètement indissociable de la production et du son, je pense par exemple à l'album de Katerine, Robots Après Tout.
    Gonzales : Mais ça, c'est parce que Katerine compose, qu'il fait des maquettes, moi je suis juste là pour rendre sa vision concrète. C'est un bon exemple de quelqu'un avec qui je n'ai pas grand-chose à faire, juste rendre certains trucs plus clairs avec Renaud Letang. Quand je bosse avec d'autres, ils ont leur système et je ne veux pas leur imposer le mien. Sauf si j'écris avec eux, comme avec Feist ou Teki Latex. Dans ces cas là, ma philosophie de la musique est beaucoup plus audible. Quand je fais juste de la réalisation (la réalisation inclut la production, les arrangements et l'exécution musicale) ou de l'arrangement, on entend beaucoup moins la « touche Gonzales » - si elle existe -, c'est le cas sur l'album de Katerine.

    Quand Katerine t'a contacté, tout était déjà fait alors ?
    Gonzales : Oui, les morceaux étaient faits, il y avait même les sons, des maquettes hyper abouties réalisées sur une Groovebox. Tout ce qu'on a fait c'est remplacer, rejouer, mettre en valeur. Katerine, c'est un artiste super complet. Si tous les artistes étaient comme Katerine, on vivrait dans un monde meilleur, mais ce n'est pas le cas. C'est le seul jeune Français qui vaut quelque chose pour moi.

    «Philosophie», «système»… : tu sembles souvent avoir envie d'intellectualiser ta musique…
    Gonzales : J'ai particulièrement travaillé le piano, classique et jazz. Je veux encore m'améliorer, j'étudie toujours, je lis beaucoup de livres sur la théorie de la musique. Je veux m'améliorer jusqu'au dernier moment. Là, j'étudie beaucoup la musique gospel, je vais sur Youtube, où plein de gens montrent des séquences d'accords. J'étudie l'harmonie, comment les notes fonctionnent hors des instruments. La musique existe hors de l'instrument, hors de l'ordinateur. C'est peut être ce qu'on a perdu dans ma génération. Un bon morceau doit pouvoir être joué dans plusieurs styles, sur plusieurs instruments. Souvent ce n'est pas le cas ; si tu essayes de jouer un morceau de Laurent Garnier sur un piano, ça ne tient pas la route.

    D'ailleurs ça a été fait ! ( Maxence Cyrin, Modern Rhapsodies, 2006, F Communications, constitué exclusivement de reprises piano de Laurent Garnier, Massive Attack ou Depeche Mode)
    Gonzales : Oui, c'était une expérience intéressante, mais peut-être pas au sens où Maxence Cyrin l'entendait. En fait, il a montré la faiblesse de la musique qu'il reprend, et il a montré sa faiblesse à lui, parce qu'il n'a pas rendu cette musique plus intéressante. Dans les deux sens, c'était raté. Ce n'est pas un bon pianiste, c'est ça le problème aussi.

    Tu travailles la théorie musicale pour flatter ton ego ou pour t'ouvrir des possibilités ?
    Gonzales : Pour toucher les gens ! Devenir virtuose dans l'art de toucher les gens, c'est ça, le but de la musique. Beaucoup de gens réussissent à créer des émotions, mais souvent par accident, par chance ou par l'attitude. Moi je veux avoir en plus un peu de technique. Pour un morceau de Feist par exemple, je veux parfois sortir une émotion particulière sur une note, sur un mot du texte, là où je veux vraiment que les gens ressentent un frisson. Grâce à l'harmonie, je peux choisir l'accord pour donner ce frisson.

    Mais que réponds-tu à l'idée répandue selon laquelle la maîtrise technique peut tuer l'émotion, la sincérité ?
    Gonzales : C'est possible pour certains. Mais tu imagines qu'on dise la même chose pour un réalisateur de films ? Impossible. Il n'y a que dans la musique où il existe ce mythe que tout est déjà en nous. Ce n'est pas le cas, il faut apprendre, étudier. On ne dirait pas à Martin Scorsese qu'il a trop étudié la technique, pourtant ce n'est pas quelqu'un qui fait ça naturellement, instinctivement. Il réussit à créer une émotion parce qu'il maîtrise sa technique, sans être pourri par elle. Donc dans un sens, ils ont raison, ceux qui disent que la technique peut tuer l'émotion. Un mec comme M par exemple, il sait très bien jouer de la guitare, mais c'est trop intellectuel, il y a pas d'émotion. Tu vas dans un magasin de guitare et tu entends dix guitaristes du même niveau que M. Ce sont des techniciens robotiques. Mais si tu es assez fort, trente ans d'école de musique ne te pourriront pas, cela apporte juste des armes pour toucher les gens, pour que mon talent soit exponentiel dans cette guerre.

    Pourquoi alors t'aventurer dans des domaines musicaux contemporains où l'émotion dépend toujours au moins un minimum des possibilités techniques, du matériel utilisé ? Le dernier album de Katerine est répétitif et robotique non ?
    Gonzales : Mais j'ai utilisé vachement de théorie musicale sur cet album ! Des polyrythmies surtout ; ça paraît répétitif, mais c'est toujours en train d'évoluer. Ou aussi à la fin de Louxor J'adore, où ça fait « J'adore » (il chante). J'ai rajouté un changement de tonalité, ça, c'est un très vieux truc de Barry Manilow qui donne l'impression que le morceau évolue, sans écrire de nouvelle partie. J'ai appliqué le principe Barry Manilow à Katerine et le morceau s'envole, ça crée de l'émotion. L'émotion c'est le but, et la technique est le moyen. C'est différent de la technique au service de l'ego, comme chez M, où c'est juste un mec qui se branle.

    C'est marrant que tu parles de M à ce propos, car dans son premier tube, « Machistador », il y a exactement ce truc de changement de tonalité que tu viens de décrire… Juste avant que ça arrive, M dit d'ailleurs dans les paroles «On t'a déjà fait le coup du demi-ton ?» !
    Gonzales : …

    Si tu devais faire un bilan du personnage Gonzales depuis le premier album jusqu'à aujourd'hui, que dirais-tu ?
    Gonzales : J'ai fait un nouvel album avec Renaud Letang, depuis février, je commence à le mixer lundi (27 août). Personne ne le sait, ce n'est pas encore signé, j'espère le sortir au printemps. C'est quelque chose d'encore différent, je rechante, sans guest en chant, le personnage est encore en mutation. Je voulais savoir si je pouvais encore écrire des morceaux mieux chantés par moi que par d'autres.

    Dans quelle direction musicale vas-tu sur ce nouvel album ?
    Gonzales : Ce n'est pas de l'électro, pas du rap, pas du piano solo, mais il y a beaucoup de piano, de rythmique, de chant en anglais. Je ne peux pas encore en dire beaucoup plus, on va juste commencer le mix.

    Penses-tu avoir un problème pour trouver un label pour ce projet ?
    Gonzales : Dans le passé, j'ai d'abord travaillé avec Kitty-Yo, puis chez No Format pour Solo Piano. Il y a toujours des solutions. Je me sens plus à l'aise sur des petits labels sans grandes attentes, à chaque fois que j'ai été sur des gros labels, comme Delabel, les attentes étaient tellement grandes que j'avais l'impression de décevoir si ça ne marchait pas.

    En tous cas tu avais envie de te recentrer sur ton propre travail. Marre de travailler pour les autres ?
    Gonzales : Oui, un peu. Au bout d'un moment tu as envie d'apprendre autre chose. J'ai fait ça à plein temps pendant quatre ans. Mais quand j'avais douze ans, je ne rêvais pas d'être réalisateur de disques, je rêvais d'être sur scène et de faire des albums. C'est ça la priorité, et avec un nouvel album il y aura une tournée, de la promo, donc je ne réaliserai plus trois albums par an. Je veux du temps pour faire autre chose, retrouver la présence vocale de Gonzales, redevenir égoïste artistiquement.

    Ah parce que tu ne l'étais plus !
    Gonzales : Non, en travaillant avec les autres, tu dois secouer ton ego. Tu es là pour que Katerine soit bien, pas pour que Gonzo soit bien. Je ne suis pas là pour faire un beat à moi que tout le monde va trouver énorme, ça sert à rien, je veux juste que Katerine soit mis en valeur. Quand tu entends l'album de Charlotte Gainsbourg, tu te dis vraiment que Air n'étaient pas là pour elle, mais pour eux-mêmes. C'aurait dû s'appeler Air featuring Charlotte Gainsbourg. Tous mes trucs qui ont bien marché, Katerine et Feist, c'est parce que je me suis mis dans le siège du passager. Pareil pour Teki Latex.

    Tu l'as rencontré comment Teki Latex ?
    Gonzales : On avait fait des tournées ensemble avec TTC. Tu connais son album (Party de plaisir, 2007, Capitol) ? Tu aimes bien ?

    J'ai trouvé que c'était une suite logique pour toi en terme de son et de production après Robots après tout mais je suis beaucoup moins sensible au personnage, que ce soit la voix ou les textes. Tu en es content ?
    Gonzales : Oui, bien sûr, j'en suis hyper fier. J'ai tout monté et co-écrit avec lui.

    Je trouve cet album vraiment très référentiel. C'était votre projet de départ, faire des morceaux « à la …» ?
    Gonzales : Oui, avec ses références à lui. Il a décrit ce qu'il voulait. Des fois, il disait «je veux un truc un peu Human League», c'est bien de bosser comme ça.

    Ça permet d'essayer des choses, mais est-ce que ça n'enferme pas aussi à un moment ? Je trouvais précisément que l'album de Katerine échappait à ses propres références.
    Gonzales : Katerine, c'est différent. Teki Latex c'est un rappeur, il vient d'un milieu hyper référencé, où on sample. Il n'y a pas de sample au sens strict sur l'album, mais dans la méthode, c'est du sampling de la culture pop.

    De la citation…
    Gonzales : Oui. Avec Katerine, c'est autre chose, c'est un poète.

    Et ta propre musique est référentielle également ? On cite toujours Satie pour l'album Solo Piano par exemple.
    Gonzales : Je prends ça pour un compliment. Dans l'absolu, j'aimerais bien avoir un style hyper nouveau, mais je ne vois pas qui a réussi à faire ça. Toute la musique est référentielle.

    On est condamné à citer aujourd'hui dans la musique ?
    Gonzales : Pas condamné, c'est une chance. On peut connaître beaucoup de musique en très peu de temps. C'est un mythe une musique sans référence. Il y a juste des gens plus malins. Björk ou TV on the Radio ne sont pas moins référencés que Teki Latex. C'est juste que Björk, ses références, c'est du Stockhausen, pour TV on the Radio, des groupes obscurs des années 70 qu'on n'écoute plus, et Teki Latex, c'est plus Human League et Kool & the Gang ! Si je bossais avec Björk, j'utiliserai ses références à elle. Tout le monde cite, personne n'est original.

    Là tu m'étonnes ! Comment faire tenir d'un côté l'idée que personne n'est original, et de l'autre ta revendication de génie musical ?
    Gonzales : Le génie musical, c'est quelqu'un qui reconnaît que l'originalité n'existe pas, qui ne se construit pas de mythes sur ce qu'est un artiste. La musique c'est un truc mathématique, scientifique. On peut représenter les différents styles musicaux par des trucs concrets, par exemple le style des années 80 est représenté par des sons particuliers, des basslines qui font «touh tah» (il chante). On peut exactement préciser ce qui fait un style, il n'y a pas de magie. Si on accepte ça, on se sent hyper libre. Il y a la musique composée dans l'abstrait, et après le style, l'habillage. La seule magie se passe dans l'oreille de l'auditeur, quand il ressent une émotion. Il n'y a rien qui m'interdit de pouvoir toucher l'auditeur, même si je copie carrément quelqu'un, je m'en fous. L'originalité c'est juste des gens malins qui cachent leurs références. Si tu parles à Daft Punk, ils ne vont pas te dire qu'ils sont originaux, ils vont te dire qu'ils ont tout piqué. Pour Robot Rock, ils n'ont rien rajouté au morceau original samplé, mais ça donne une émotion, ça sert à quelque chose pour eux, pour leur image. Ce sont les premiers à le reconnaître «on a pris un petit sample, on l'a bouclé, on a même pas rajouté un seul handclap». Je les connais, ils sont d'accord, l'originalité n'existe pas. Les gens adorent qu'ils s'habillent en robots mais Kraftwerk le faisait déjà dans les années 1970 ! Mais les Daft Punk ont senti que la combinaison du style avec la musique qu'ils font donnait un truc touchant. C'est ceux que je respecte le plus dans le monde de la musique.

    Et comment as-tu réagi à leur dernier album, Human After All, où ce que tu décris atteint un point extrême ? Toi, tu composes des mélodies, il reste au moins ça malgré les références. Ça ne t'a pas gêné qu'ils poussent le plus loin possible cette logique de répétition du rien ?
    Gonzales : Non. L'album en question, je ne l'ai pas écouté plus que ça non plus. Je parle de Daft Punk en général. Les gens dont on croit qu'ils ont inventé quelque chose de nouveau sont aussi dans la citation, et ils l'avouent. Mozart, James Brown, Daft Punk se prenaient pas pour des gens originaux. C'est le grand secret : les génies musicaux sont hyper humbles parce qu'ils se rendent compte que faire de la musique, c'est bricoler avec tout ce que tu peux trouver, avec pour seul but de créer une émotion. C'est ça, le but d'un génie musical. C'est la sensation qu'on crée chez les gens qui est originale, mais dans la matière utilisée, ça me gêne pas du tout si les gens copient, calculent. Le seul truc qui me gêne vraiment, c'est la prétention d'être un artiste.

    Mais il reste quand même la marge de l'interprétation, non ? Leurs albums d'avant samplaient ou citaient en déformant, leur dernier ne déforme même plus. Il n'y a plus d'interprétation.
    Gonzales : Je me rends pas compte, je connais pas assez bien l'album.

    Tu ferais la même musique aujourd'hui si tu n'avais pas rencontré Daft Punk ?
    Gonzales : Les rencontrer était intéressant, mais c'est surtout important qu'il existent. Hors du rap, c'est le seul truc qui vaut quelque chose. Je les mettrais au même niveau que James Brown, Nina Simone, des trucs légendairement biens.

    En rapport avec ce que tu viens de dire sur le mythe de l'artiste, beaucoup ont eu peur avant d'écouter ton album de piano solo, en se disant : ça y est, il devient sérieux ! Tu peux les rassurer ?
    Gonzales : Je trouve pas que ce soit un album sérieux. Mais les gens sont facilement bluffés par les apparences. Comme il n'y a pas de voix, ça rend le truc plus sérieux. C'est la voix qui apportait le côté décalé dans mes précédents albums. Mais sur scène, les gens voient bien que je ne suis pas devenu sérieux. Et s'ils me trouvent sérieux quand même et que ça leur permet de découvrir ma musique, je m'en fous. Je ne suis pas devenu plus gentil, ça c'est sûr. Cet album a libéré plein de gens pour aimer ma musique.

    Tu n'étais pas à un moment de ta carrière où tu recherchais la reconnaissance et l'efficacité sociale d'une forme plus classique ?
    Gonzales : Tous les albums que j'ai faits sont également sérieux du point de vue musical sur le piano. Aujourd'hui, j'ai rassemblé un capital musical, un respect pour mes productions, mais sur mon prochain album, je vais montrer à nouveau les facettes déstabilisantes de Gonzales. Devenir un musicien sérieux est complètement hors de question, ce serait laisser le mythe de l'artiste gagner.

    Le piano prend quand même une place grandissante dans ton travail…
    Gonzales : Le piano, c'est front and center. J'ai toujours écrit sur le piano, mais je n'ai pas toujours eu les moyens de l'enregistrer sur mes premiers albums. Même sur The Entertainist (2000, Kitty-Yo), j'ai écrit mes rap sur le piano. Mais à Berlin je n'avais pas de moyens, j'ai été un peu attrapé dans un truc électro par nécessité. Au studio Ferber, j'ai enfin eu des moyens et je me suis dit : «Cool, je peux enregistrer un album piano». Il y a beaucoup de piano sur le prochain album, c'est un peu leÜber alles que j'aurais fait si j'avais eu accès à un bon studio à l'époque.

    Mais fais-tu partie des musiciens qui fétichisent leur matériel ?
    Gonzales : Non. Pour Katerine ou Teki Latex, on a bossé sur le Korg Triton, parce qu'il y a beaucoup de sons 80-90s, pour Feist, on a eu besoin de sons plus considérés, plus vivants, donc on a travaillé avec des synthés analogiques. Ca dépend des projets. Pour Presidential Suite, il y a beaucoup de Casio (un synthétiseur pour enfants). On est pas très matos, ce sont juste des instruments. Il y a encore beaucoup de gens qui sont psychorigides avec ça : «Je bosse que avec de l'analogique», «moi je suis pas Pro Tools, je suis Logic (deux logiciels d'enregistrement courants en studio)». Ce sont des gens qui ne sont pas sûrs d'eux et qui mettent toute la pression sur leurs machines.

    C'est une attitude que tu rencontres souvent ?
    Gonzales : Ce sont souvent les débutants qui sont comme ça, j'ai l'impression. Genre : «Je me construis un studio avec un signal parfait, mais c'est pas encore prêt parce qu'il me manque ça et ça» et au bout de huit mois, tu leur dis «tu vas faire de la musique un jour ?». Moi, je fais un album entier sur Garage Band (logiciel de musique grand public) s'il le faut. Pareil pour l'écriture, je me rappelle qu'Etienne Daho est venu un jour au studio en disant «j'ai commencé à écrire mon album, je me suis créé un petit espace chez moi, avec des bougies, des odeurs qui m'inspirent, des photos de toutes mes idoles, mais j'y arrive pas». J'avais envie de lui dire : «T'as vu, Katerine, il écrit un morceau en trois minutes dans le métro s'il a vu un truc». Etienne Daho, il n'est pas assez sûr de lui pour écrire n'importe quand, n'importe comment. Faut juste faire ça tous les jours : si ce n'est pas bien aujourd'hui, ce sera mieux demain ; c'est comme aller au toilettes. Si tu bosses tous les jours, des fois c'est pourri, des fois c'est bien. Après c'est à l'auditeur de dire, c'est pas à toi de dire «Ah, j'ai fait un truc inspiré».

    Tu ne crois pas à l'inspiration ?
    Gonzales : J'ai été déçu trop de fois. Plus jeune, je croyais à l'inspiration, par exemple à des moments où j'écrivais un morceau après m'être fait largué par une fille, avec mes «vraies émotions» ; les gens disaient : «c'est pas terrible». Une autre fois mon frère avait besoin d'un morceau à la Sonic Youth pour une musique de film, pour le lendemain. Je rentre en studio, je fais une espèce de copie de Sonic Youth et on m'a dit : «Vachement inspiré ! C'est tout nouveau pour toi ! Génial ce truc !». La façon que j'ai de voir un morceau n'est jamais celle des auditeurs. Je fais de la musique tout le temps, je m'en fous de copier, de faire des exercices de style, si ça parle de mon âme ou pas, c'est pas ça qui détermine la qualité d'un morceau. Si les gens sont touchés, t'as réussi, même si t'as calculé, pris trois ans pour qrefaire un morceau. Etienne Daho a fait une association fausse entre le plaisir de l'expérience quand on fait le morceau et le résultat. Moi je n'attends pas de prendre le plus de plaisir possible, des fois c'est vraiment galère, vraiment horrible, des gens horribles entourent le truc, t'es pas bien, et Renaud Letang a changé ton truc, tu batailles, et résultat, les gens disent : «C'est génial ce morceau». L'inspiration n'existe pas.

    C'est pas un peu triste ?
    Gonzales : Non, c'est libérateur. Quand tu sais qu'il y a rien d'original, rien d'inspiré, tu deviens esclave de l'auditeur. C'est ça le but. Et le mythe de l'artiste, c'est «moi, je sais mieux que l'auditeur». Quand j'ai fait l'album de piano, je ne savais pas. Ça a touché les gens et j'étais trop content.

    C'est séduisant, mais ce genre de discours peut aussi justifier le fait de produire de la merde qui touche les gens au sens où ils l'achètent…Ce n'est pas un gage de qualité !
    Gonzales : Franchement, je préfère quelqu'un qui calcule pour le public et qui fait un truc de merde plutôt que quelqu'un qui se prend pour un artiste. C'est pour ça que j'aime bien le rap, parce que c'est le seul style de musique où les meilleurs sont ceux qui vendent le plus. L'auditeur règne, parce que Jay-Z, 50 Cent ou Snoop Dogg sont parmi les meilleurs, donc il y a une justification à leur position. Dans la chanson française, ce n'est pas le cas : Vincent Delerm et Bénabar sont pas les meilleurs, et pourtant ce sont les plus réputés comme artistes et ceux qui vendent le plus, il y a un décalage. Je trouve ça triste. Les rappeurs disent jamais qu'ils sont des artistes, ils disent qu'ils sont de entertainers, qu'ils veulent faire de l'argent. Il ne s'agit pas de faire des compromis, évidemment, quand je dis «l'auditeur règne», mais juste quand je fais un truc, j'essaye de maximiser le potentiel pour que ce soit touchant pour les gens. J'applique juste les leçons du rap à la musique que je fais, même si c'est un album piano.

    Maintenant, pour toi, l'avenir c'est ce nouvel album, mais tu as d'autres projets ? Des projets non musicaux ?
    Gonzales : J'ai des projets tournant autour de la musique mais dans un contexte où les maisons de disques n'existeront plus, dans cinq ou dix ans, donc il faut articuler la musique avec l'image et le personnage. J'ai toujours conçu Gonzales comme une marque fondée sur un personnage, et cette marque évolue dans plusieurs styles, avec un fil conducteur : on entend les même goûts de mélodie, de rythme et d'harmonie. Soit c'est du rap, soit du piano, mais on entend les mêmes intervalles, les mêmes relations, les mêmes séquences d'accords qui me sont particuliers. Ce fil, qui n'est pas forcément évident pour tout le monde, mais que je connais, me donne confiance pour essayer plein de trucs. Je ne suis pas un bon danseur, pas un bon acteur, pas très fort sur les textes ni en rap, mais j'ai une base de génie musical qui me permet d'essayer des trucs dans lesquels je ne suis pas particulièrement doué. J'ai l'impression qu'en France ils ont capté ça tout de suite, contrairement à d'autres pays : le clown et l'âme d'un vrai musicien. En Angleterre, ils n'ont pas vraiment compris l'album piano au début, ils n'ont pas respecté mon côté musicien.

    Tu parlais du rap, écoutes-tu beaucoup de musique ?
    Gonzales : Oui, beaucoup de rap. Et beaucoup de trucs plus ou moins vieux. Un peu de tout : Bee Gees, Billy Joel, Nina Simone. Ce que je n'écoute pas trop, c'est la musique faite par mes contemporains, en dehors du rap. Je respecte plein de gens, Björk, Daft Punk, Jack White, ce sont des génies musicaux. Mais je les écoute pas vraiment, je peux pas vraiment écouter un album des White Stripes. Je reconnais que Jack White gère son image hyper bien, qu'il suit son propre chemin, qu'il n‘a pas peur de copier, de réarranger de manière touchante et originale au final, mais je peux pas écouter un de ses disques jusqu'au bout. Pareil pour Daft Punk, je sais qu'ils sont là, que ce sont des génies dans tous les sens : musicalement et dans leur image. Je m'intéresse à ce qu'ils font, clips, interviews, mais je ne vais pas écouter leurs albums en boucle. L'album de Jay-Z qui est sorti en novembre, je l'ai écouté seulement trois semaines et puis je suis passé à autre chose. On ne sait pas quelle musique restera dans trente ou quarante ans et les vieux trucs que j'écoute ont passé un certain test de longévité : Nina Simone, Bee Gees, ça j'écoute en boucle, je trouve toujours quelque chose. Daft Punk, je pense vraiment qu'ils resteront. Mais quant à Sebastien Tellier, TV on the Radio, je ne sais pas.

    Tu n'es pas touché par la musique de Sebastien Tellier ?
    Gonzales : Je sais pas, je connais pas hyper bien.

    C'est bizarre, même si Tellier ne rappe pas encore, je trouve pourtant qu'il y a beaucoup de similitudes entre vous, lui aussi a fait un album piano solo par exemple, sans vouloir ternir vos génies respectifs !
    Gonzales : Musicalement c'est pas très maîtrisé, pas très discipliné, j'ai l'impression. Ca ne me touche pas. Je n'ai pas l'impression que c'est important pour lui que ça touche. La discipline, c'est ne pas être indulgent avec soi-même, penser à l'auditeur. Quand j'écoute Sébastien Tellier, je perds le fil, j'ai l'impression qu'il ne fait pas l'effort pour me garder. Il faut respecter l'auditeur qui passe trois minutes pour écouter un morceau, rendre le truc clair pour lui, qu'il puisse facilement ressentir une émotion. Moi, je suis pas là pour challenger les gens, pour rendre la mission d'écouter ma musique difficile. James Brown crée une émotion en trois secondes. Tellier est peut-être très doué, je me rends pas compte, c'est juste que je ne peux pas écouter jusqu'à la fin. Je peux dire qu'il utilise des couleurs de sons agréables, des textes marrants, mais tout ça ensemble, sans émotion, ça vaut rien. Dans ma musique j'ai raté ça souvent, mais je fais cet effort chaque fois : essayer de faire un truc compact qui crée vite de l'émotion. Je ne suis pas là pour me faire plaisir, sinon je reste chez moi à improviser et à me masturber musicalement, à aller hyper loin dans mon délire comme Keith Jarrett, mais ce n'est pas pour les gens, c'est juste pour moi.

    Et il y a un morceau en particulier où tu dirais : «Là, j'ai réussi» ?
    Gonzales : Ce n'est pas à moi de décider, il faut demander aux gens qui aiment ma musique. Ca se passe dans leurs oreilles. Du côté vente et réaction, j'ai l'impression que l'album piano a réussi à rassembler une plus grande diversité de gens, jeunes, vieux, musiciens sérieux, hip hop, ça a mis tout le monde d'accord, il me semble. Si on applique le test du rap, quand le truc qui vend le plus est le meilleur, alors c'est l'album piano. Ce que je faisais avant vendait très peu, ça s'arrêtait au plafond des gens branchés, ce même plafond auquel se sont heurtés Katerine, TTC, Peaches, Mocky : on vend jamais plus que 10 000 ou 15 000 en France. Mais cette fois, Katerine a vendu 100 000 du nouvel album.

    Avec l'aide du single Louxor J'adore …
    Gonzales : Changement de tonalité mon pote, changement de tonalité !



    Discographie sélective (voir: myspace.com/jasonakagonzo)

    Albums :
    - 2000 - Gonzales Über Alles - Kitty-Yo
    - 2000 - The entertainist - Kitty-Yo
    - 2002 - Presidential Suite - Kitty-Yo
    - 2003 - Z - Kitty-Yo
    - 2004 - Solo Piano - No Format!

    Production, arrangements :
    - 2004 - Jane Birkin - Rendez-vous
    - 2004 - Feist - Let it Die
    - 2005 - Katerine - Robots après tout
    - 2007 - Teki Latex - Party de Plaisir

    Quelques remixes (liste non exhaustive):
    - Sneaker Pimps - Sick (Gonzales 'Games' Remix)
    - François De Roubaix - Dernier Domicile Connu / Le Mer Est Grande / L'Homme Orchestre (Jean Luc Guitar Remix)
    - Howie Beck - My Low (Gonzales Remix)
    - Daft Punk - Too Long (Gonzales cover)
    - Feist - One Evening (VV Mix)
    - Gonzales, Feist & Dani - Boomerang 2006
    - Björk - Vökuró [VV Mix]
    - Teki Latex - Disco Dance With You (vv remix)
    - Mocky - How Will I Know You [VV Remix]
    - Placebo - I Do (I So Wop Gonzales mix).
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  • Par Philipp Hop // Photos : DR.


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Commentaires

Les commentaires sont modérés.
  • Tommy - Samedi, 03 Mai 2008

    Entre la prétention d'être un artiste et la prétention d'être un génie il faut choisir...

  • antoine silber - Dimanche, 20 Avril 2008

    trés bonne interview.

  • MateDeJazz - Dimanche, 20 Avril 2008

    Merde... Long... Mais une putain d interview!! Congratulations!!!!

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