Vous êtes considéré comme le grand manitou de la pop en Grande- Bretagne, peut-on donc se risquer à vous demander ce qu'est la pop music selon vous ?

Brian Higgins : Pour moi, la pop music est avant toute chose une question de mélodie, une voix reconnaissable et plaisante à l'oreille au service d'une chanson qui bouleversera son auditeur - que ce soit de joie ou de peine. Ensuite, selon moi, une bonne chanson pop doit disposer de beaux arrangements, assez catchy et qui rendent la chanson "immédiate" auprès de l'auditeur.

 

Vous êtes d'accord pour dire qu'il y a des dizaines de pop music différentes ? 

Tous les genres de musique, dès qu'ils sont commerciaux, sont par nature "pop", ce qui ne signifie rien d 'autre que le diminutif de "populaire". Par exemple, Crazy In Love de Beyoncé pourrait être classée dans la catégorie "urbaine" ou "R'n'B", mais c'est une chanson résolument pop car elle parle à énormément de monde et nous reste en tête pendant des jours.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Xenomania ?

Je faisais de la musique depuis de nombreuses années pour d'autres gens. A un moment donné, j'ai voulu écrire ma propre musique selon mes propres envies, alors j'ai créé ma propre structure ; c'était en 1996, ça fait donc 17 ans que ça perdure joyeusement.

 

 

Vous avez un jour dit que vous vouliez en faire une version moderne du label RAK ?

J'ai compris l'influence et l'effet que la pop avait sur moi dès que j'ai eu 5 ans. L'un de mes producteurs favoris était Mike Chapman qui travaillait pour RAK, le label de Mickie Most qui a signé Suzi Quatro et Kim Wilde. J'aimais l'idée de faire une musique excitante et enthousiasmante pour les jeunes, c'est exactement ce que faisait Mike Chapman et c'est ce que j'ai voulu faire par la suite.

 

Comment est-ce que Xenomania fonctionne ?

Xenomania est une entité entièrement dédiée à la musique puisqu’il s’agit à la fois d’un studio d’enregistrement, d’un studio d’écriture et de composition ainsi que d’un label de musique. J'ai aménagé tout ça dans un manoir dans le Kent. Au tout début nous avons commencé notre activité au dessus d'un minuscule magasin dans un village de la campagne anglaise, et grâce à nos succès, j'ai beaucoup réinvesti dans Xenomania. Du coup, nos conditions de travail sont désormais beaucoup plus agréables. Autour du manoir se trouvent des lacs, des arbres... c'est un peu un monde dans un monde, inspiré par celui d'Alice au Pays des Merveilles, où tout est fait pour encourager la création.

Nous suivons un rythme de travail très studieux : chaque matin, ma trentaine de collaborateurs est invariablement présente dès 9h, pour une réunion où des sujets du quotidien sont abordés pour ensuite être évoqués et insérés dans des chansons. Nous travaillons généralement douze heures par jour.

 

 

Quelles sont les qualités requises pour être un bon songwriter ?

Je recherche des gens qui sont compétitifs avec eux-mêmes, qui ont l'envie d'apprendre et qui veulent apprendre des autres, car au final, c'est à moi qu'il incombe de faire les choix définitifs - il ne faut donc pas qu'ils se heurtent ou se vexent si je suis en désaccord avec eux. J'ai besoin de savoir que mes songwriters me font confiance.

 

Cela n'est pas épuisant de toujours devoir créer un "tube" ? 

Ecrire est à la fois ma passion et ma vocation ; ce n'est donc en aucun cas épuisant ! De toutes manières, je suis incapable de m'arrêter de travailler. Comme je suis quelqu'un d'optimiste, je n'envisage même pas de ne pas réussir ma mission, qui est effectivement "d'écrire un tube" : au contraire, je fais tout pour atteindre mon but. J'essaie donc de m'entourer de personnes avec qui je peux partager cet état d'esprit.

 

Comment est-ce que cela fonctionne ? Sont-ce les labels viennent à vous, ou est-ce l'inverse ? 

Non, les artistes doivent venir dans mon studio : je ne joue rien aux maisons de disque, je dois avoir au préalable un contact direct avec l'artiste et ainsi déterminer s'il y a un bon feeling entre nous.

 

 

Pensez-vous qu'il vaille mieux écrire en équipe ou bien tout seul ? 

Si tu veux accomplir quelque chose de beau et de grand, il vaut mieux bien savoir s'entourer. Ca permet de prendre du recul, tout simplement. 

 

Y a-t-il une chanson en particulier dont vous êtes le plus fier ? 

C'est difficile à dire, car toutes ces chansons sont un peu comme mes enfants... mais si, il y en a une qui a beaucoup compté dans l'histoire de Xenomania : c'est Biology, que j'ai écrite pour les Girls Aloud et qui s'est positionnée en cinquième place des charts. J'étais très fier et très heureux que la chanson fut un succès, et je le suis d'ailleurs toujours, car ce morceau n'applique pas les règles classiques du songwriting, dans le sens où il ne s'agit pas là de la formule "couplet-refrain-couplet" ; ce titre comporte des cassures nettes qui ne le rendent pas forcément évident à la premiere écoute. Son succès me conforte dans l'idée qu'il ne faut pas avoir peur d'être original, même en matière de pop music dont le but ultime est d'être universel.

 

 

Quelles sont les actualités de Xenomania ?

Nous travaillons activement sur une artiste qui se nomme Amelia Lily, elle a eu un single l'année dernière qui a bien marché, You Bring Me JoyCe titre est arrivé en seconde position des charts, ce qui laisse présager de bonnes choses. Sinon, on travaille à fond sur une artiste qui s'appelle Florrie et qui collabore avec la maison Xenomania depuis plusieurs années en tant que musicienne et songwriter. Elle sort son premier album au printemps et je pense très sincèrement qu'il va cartonner - je parie sur un Top 5, elle a un potentiel de dingue. 

 

 

 

Propos recueillis par Sarah Dahan // Crédit photo : Alastair Strong.