Je m'attendais à un accueil à la Hugues Hefner, deux trois filles à moitié nues dans votre bureau qui servent du café et aguichent l'invité. Pourquoi ce n'est pas comme ça chez vous ?
Marc Dorcel : (Rires) C'est ce que tout le monde se dit : « Marc Dorcel doit juste claquer des doigts pour qu'une fille s'allonge à ses pieds.» Non, moi je suis un mec sérieux, si je ne l'étais pas, je ne serais pas arriver au niveau où j'en suis. Je respecte les comédiennes, je leur paye leurs cachets ; elles ont leurs copains, leurs vies privées et moi j'ai la mienne.

Comment êtes-vous arrivé sur le marché du porno ?

Marc Dorcel : À la base, j'étais éditeur d'ouvrages érotiques. Le premier livre avait été écrit par un Suisse, le livre s'appelait Ursula (30 000 exemplaires vendus, ndr), il racontait l'histoire d'une petite Suédoise. C'était après mai 68. Le marché du livre érotique commençant à décliner, j'ai donc pensé à illustrer les textes avec quelques photos. Au début, c'était des romans photos très soft et puis du soft, je suis passé au hard. J'ai produit et réalisé mon premier film en 1980, Jolie Petite Garce (le film dont le budget n'excédait pas 20 000 francs a généré près d'1,5 million de recettes - source Stratégies ndr). De fil en aiguille, nos films sont devenus de plus en plus sophistiqués et professionnels.

Pourquoi autant d'actrices de l'Est dans les films X ? Où sont les Françaises ?

Marc Dorcel : Premièrement, tout le monde pense que les filles de l'Est sont moins chères. C'est faux! Par contre, c'est vrai que les mentalités ne sont pas les mêmes qu'en France, que ce soit au niveau des techniciens, des acteurs ou des actrices. En Europe de l'Est, les gens rechignent moins à bosser sur un film X et les actrices notamment ont beaucoup moins de réticences morales que les Françaises, qui vont penser à leur famille ou à leurs connaissances. C'est rare de voir de superbes filles en France qui sont prêtes à se lancer dans le X, contrairement aux pays de l'Est, où c'est commun de voir de belles filles qui se disent : « Je fais ça pendant une certaine période et ensuite je m'achète une baraque ou un appart' et après j'arrête.»

Le marché du film porno destiné à un public féminin semble se développer. Qu'en est-il réellement ?

Marc Dorcel : En fait, c'est un genre qui n'est pas bouleversant de différences. Évidemment, les femmes n'ont pas la même optique qu'un homme ni la même sensibilité. Un homme va préférer ce qu'on appelle le « Gonzo », c'est-à-dire des films avec des scènes enchaînées, où tout est possible, ce qui n'est pas le cas des femmes. De toute façon, nous, on s'adresse en général aux couples. Si les productions Marc Dorcel font fantasmer les hommes et les femmes, pour nous c'est gagné, c'est notre but. Au contraire de certains, qui ne recherchent pas du tout ça et qui font des films très costauds avec des scènes très très dures.

Pourquoi avoir produit un film avec Doc Gynéco?

Marc Dorcel : Premièrement, Bruno est un copain, un garçon très sympa. Ensuite, on a sorti deux films avec Snoop Dogg qui ont marché du feu de dieu puisqu'on en a vendu entre 30 000 et 40 000 exemplaires. Le film avec Doc Gynéco est sorti début juin et pour l'instant ça n'explose pas car je pense que le public veut voir les rappeurs baisser leur pantalon. Mais que ce soit Snoop, 50 Cent ou Doc Gynéco, aucun d'eux ne participent aux scènes hard.

Quelques anecdotes sur des tournages Marc Dorcel ?

Marc Dorcel : Il y a eu tellement de choses… On a d'ailleurs sorti un bêtisier qui est à se tordre de rire. Je me rappelle particulièrement d'une scène où une fille était déguisée en mec, avec une fausse moustache, pour tourner une scène avec une autre fille. Au moment où la fille déguisée est censée s'occuper de sa copine, la moustache est restée collée sur l'intimité de l'autre fille, ce qui a provoqué un fou rire général sur le plateau.

La concurrence est dure ?

Marc Dorcel : Ce n'est pas un long fleuve tranquille. On est leader en France et on tient à le rester. Nous sommes une vingtaine à bosser ici, on distribue dans 54 pays et on travaille dans des domaines aussi variés que la « video on demand », le Net et bientôt des boutiques via les Dorcel Stores. On tient à ce que nos productions soient les plus sophistiquées possible et ce n'est pas facile. Cela implique qu'on se remette en question tous les jours. Mais au final, je suis très fier de nos produits.


Marc Dorcel en Quelques Dates :
1976 : Les Editions Marc Dorcel
Edition de nouvelles érotiques illustrées par des photos. Premier roman photo couleur classé X en France
1994 : Le Parfum de Mathilde
Première super production X Européenne à être distribuée aux USA. Remporte le Prix du « Meilleur Film Européen » à Las Vegas en 1995
1997-1998 : Le règne de Laure Sinclair
L'actrice, en contrat d'exclusivité avec Marc Dorcel, accumule les récompenses, dont celle de « Meilleure Actrice Européenne »
2002 : Lancement de dorcelvision.com, premier site Internet classé X de « vidéo à la demande » de haute qualité
2006 : Lancement de Dorcel TV


Marc Dorcel en Chiffres :
49% : Selon l'institut d'études IFOP, la marque Dorcel est connue par 49% des hommes de 18 à 40 ans
7 millions d'euros : Le chiffre d'affaires réalisé par la société VMD (source : le cinema.net)
350 000 : Le nombre de visiteurs uniques qui se rendent chaque mois sur l'un des différents sites du groupe VMD
3 ans : La durée maximum, selon Marc Dorcel, de la carrière d'une star féminine dans le porno. Celle d'un homme, toujours selon lui, peut par contre égaler 15 ans.


Par Antoine Dallais // Photo: VMD