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Interview

Michel Gondry - Sérieux Rêveur

Mardi, 15 Août 2006

Connu depuis plus de quinze ans dans le milieu du clip, Michel Gondry a conquis un plus large public en passant au long métrage. Clippeur attitré de Björk, il a su résister aux modes en évitant les pièges de la facilité. Portrait d'un inventeur d'imaginaire.



Je vous parle d'un temps que les moins de quinze ans ne peuvent pas connaître. Au début des années 90, MTV diffuse le samedi en début d'après-midi l'émission First Look, qui présente chaque semaine les nouveaux clips en les agrémentant de reportages sur les tournages. Au fil des mois, un réalisateur français s'affirme graduellement comme le plus créatif, le plus surprenant, le plus talentueux de la galaxie clip. À court de superlatifs, la présentatrice en viendra même à couronner Michel Gondry du titre de « Video God ». Sauvagement étiqueté comme génie par une industrie avide de phénomènes marketing, le réalisateur aurait pu -comme tant d'autres- disparaître de la circulation et le style Gondry aurait pu passer de mode. Mais, pour mieux revenir en force, le clippeur a su parfois se faire rare. En 2002, alors que beaucoup pensent qu'il a définitivement tourné la page clip pour se consacrer au cinéma, il revient avec une série de bijoux coréalisés avec son frère Olivier, à l'image d'À l'Envers à l'Endroit pour Noir Désir. À l'opposé d'une trajectoire rectiligne, Michel Gondry gère sa carrière comme une série de virages. Rapide retour sur quinze ans de recherche…

À la fin des années 80, Michel Gondry est le batteur de Oui-Oui, un groupe de pop naïve, pour lequel il bricole aussi les vidéos. L'une d'elle, La Ville, se retrouve largement diffusée par MTV. Repéré par le producteur Georges Bermann, Gondry réalise ses premiers clips internationaux pour Lenny Kravitz ou Terence Trent d'Arby. Mais plutôt que de s'engager dans une voie par trop commerciale, le Français préserve son indépendance créative. Après avoir signé pour le marché français quelques chefs-d'oeuvre comme La Tour de Pise de Jean-François Coen ouJe Danse le Mia du groupe IAM, le « dieu de la vidéo » entame une collaboration sur le long terme avec une star en devenir : Björk. La confiance qui s'instaure entre le clippeur et la diva islandaise devient le creuset de projets d'une grande liberté, chaque nouvel album de la chanteuse donnant lieu à de nouvelles expérimentations, tantôt narratives (Human Behaviour en 1993, Army Of Me en 1995, Bachelorette en 1997), tantôt impressionnistes (Hyperballad en 1996, Jogaen 1997). Exempte de toute exclusivité, la collaboration entre les deux artistes laisse à Gondry l'opportunité de travailler pour d'autres, tout en entamant une carrière publicitaire exemplaire. Le confort des budgets alloués par les annonceurs permet au réalisateur de développer des procédés de mises en scène de plus en plus audacieux. En parallèle aux bricolages poétiques, qui sont une de ses marques de fabrique les plus reconnaissables -et une des plus copiées aussi!-, Michel développe, avec l'aide notable de son frère Olivier « Twist », des trucages moins facilement détectables. Réinventant, grâce au morphing, l'enregistrement du mouvement pour les Rolling Stones (Like A Rolling Stone en 1995), le clippeur poursuit son travail de recherche dans le domaine de l'illustration visuelle du sonore avec Star Guitar pour les Chemical Brothers fin 2001.

Lorsqu'il passe à la réalisation de longs métrages avec Human Nature en 2001 puis Eternal Sunshine Of The Spotless Mind en 2004, Michel Gondry désarçonne une critique cinéphile habituée à assimiler le clip à l'antéchrist du septième art. À contre-pied des clichés entendus sur la vidéo-musicale, les films du réalisateur s'inscrivent clairement dans la veine du cinéma d'auteur. En véritable artiste scientifique, Michel Gondry, loin de se complaire dans la seule exploitation de son talent naïf, cherche et recherche. Et c'est peut-être là que se situe son génie. En quatre films seulement, en soixante-dix clips déjà, ce cinéaste s'est construit non pas une cage dorée d'auteur mais une véritable boîte à outils esthétiques. Parfaitement capable de répondre à une commande, même urgente (comme le documentaire Block Party sur un concert de hip hop improvisé, sorti cette année aux Etats-Unis), le réalisateur n'a plus rien à prouver dans ce domaine. Après deux collaborations avec le scénariste gourou Charlie Kaufman, à qui l'on doit aussi les intrigues d'Adaptation et de Dans la Peau de John Malkovich, Michel Gondry s'est senti prêt à prendre aussi en charge l'écriture de son projet. Autobiographique au possible, La Science des Rêves inaugure une nouvelle dimension de l'oeuvre, plus intime, plus cocasse aussi. Lorsque le temps viendra pour le cinéaste de se tourner vers une nouvelle source d'inspiration, certains de ses fans caressent l'espoir qu'il saura se rendre à l'évidence : Michel Gondry est un assez sérieux rêveur pour être capable d'adapter Boris Vian.



5 CLIPS, 5 EXPERIENCES

- Blow Me Down, Mark Curry, 1992
Expérience 1 : Inverser l'ombre et la lumière.


 

- Protection, Massive Attack, 1995
Expérience 2 : Renverser la gravité.



- Bachelorette, Bjork, 1997
Expérience 3 : Raconter une histoire à l'infini.



- Star Guitar, The Chemical Brothers, 2001
Expérience 4 : Transformer le son en image.



- The Hardest Button To Button, The White Stripes, 2003
Expérience 5 : Remplacer le temps par l'espace.





Par Thomas Schmitt // Photos: DR.

 



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