Comment es-tu venue à la musique ?

Cléa Vincent : Ma première scène, c’était la scène ouverte du Pop In (bar rock de la rue Amelot, dans le 11ème arrondissement de Paris, ndlr). Là bas, j’ai sympathisé avec Kim et Guillaume - j’ai d’ailleurs joué dans le groupe de Guillaume qui s’appelle My Broken Frame, et avec Kim, on a rapidement écrit des chansons ensemble, notamment Happée Coulée. Cette chanson a atterri dans les oreilles d’un stagiaire de chez Sony à qui ça a plu, et à l’époque, le D.A. de chez Sony était Jan Ghazi. Il a entendu le morceau et a voulu le filer à Luce, la fille de la Nouvelle Star. Kim m’a mis au courant, moi j’étais contre, mais il a su me convaincre du contraire. Grâce à ça, Jan Ghazi m’a signée chez Polydor.

 

 

A cette époque, tu te consacrais entièrement à la chanson ou tu faisais autre chose en parallèle ?

J’étais à la fac en éco-gestion, et la scène ouverte a suivi assez rapidement.

 

Et donc chez Polydor, tu as enregistré un album qui n’est jamais sorti. Que s’est-il passé ?

Je ne correspondais à aucun stéréotype, ils n’ont pas su comment me vendre, et je les comprends car ils ne sont pas faits pour s’occuper des artistes en développement. Eux, ils savent gérer des choses facilement reconnaissables et directes, comme par exemple Ben l’Oncle Soul qui fait du rythm’n’blues. Mais quand t’arrives avec un univers qui n’est pas hyper-identifiable d’emblée, c’est compliqué.

 

Pourquoi est-ce qu’ils t’ont signée, alors ?

Jan Ghazi aimait beaucoup ce que je fais, mais je pense que les majors ne sont pas du tout faites pour le développement. S’ils avaient pu faire leur taff, ils l’auraient fait, mais ils ne savaient pas comment s'y prendre. Ils ne sont pas formés à ça. Aujourd’hui, je suis passée sur un label hyper-indé' où l'on fait tout ensemble. Ca fonctionne franchement mieux pour moi car ils m’offrent plein de super possibilités. Midnight Special Records regorge de bonnes idées, ce sont des potes de La Femme qui innovent beaucoup. Victor - le boss du label - a toujours organisé plein de concerts en laissant une liberté totale aux artistes. C’est comme ça qu’on a procédé sur l’EP. Je n’ai signé aucun contrat.

 

 

Tu as en quelque sorte été bloquée pendant que tu étais signée chez Polydor, dans la mesure où tu n’as pas pu faire de concerts, c’est ça ?

Oui, c’est ça. Comme ils ne m’avaient pas développée, les tourneurs n’avaient pas de matériel à écouter, donc rien n’a pu être monté. Je ne leur jette pas la pierre - c’est arrivé et c’est comme ça. J’étais moi-même intimidée par Universal, j’étais incapable d’imposer quoi que ce soit. C’est une histoire de concordance, de chance. Là, je suis dans un cercle vertueux, alors qu’avec Polydor, c’était l’impasse totale.

 

Comment vis-tu le fait de faire de la musique «gnangnan» (en référence à un article de Libération, ndlr) ?

Je pense que la journaliste a écouté un titre, elle a saisi le côté hyper-léger mais elle est passée à côté de la profondeur, ou bien elle a tout simplement considéré qu’il n’y en avait aucune. J’ai l’impression que ce que j’écris est viscéral, ça raconte des choses. Je ne pensais pas être «gnangnan». Après, je trouve que ce mot est assez stylé, même s'il signifie «niais». Je n’ai pas l’impression d’être niaise - peut-être naïve, plutôt.

 

Tu as peut-être remarqué que la plupart des articles à ton sujet emploient des termes assez condescendants, du type «jeune fille», «femme-enfant» etc. Qu'en penses-tu ?

Les journalistes se trompent beaucoup sur mon âge, les gens pensent que j’ai 18-20 ans. Un journaliste m’a dit hier que la différence entre mes textes de trentenaire et mon physique de lycéenne était troublante.

 

Quels sont les auteurs qui t’ont marquée ?

Entre 5 et 10 ans, j’étais absorbée par Julien Clerc et Alain Souchon. Dick Annegarn aussi.  A l‘adolescence, j’ai écouté du rap. Et puis Nirvana aussi, des trucs un peu extrêmes propres à l’adolescence. Sinon, actuellement, je trouve que les textes de Mustang sont dingues, c’est une grosse claque pour moi.

 

Tu te sens proche d’une certaine scène française ? De plus en plus de groupes chantent en français, mais dans des styles résolument différents.

En termes de famille, je me sens très proche de Kim et de tout ce milieu pop indé' en anglais, du moins au niveau musical, quoi. Au niveau des textes, je ne vois pas trop... peut-être Séverin ? J’aimerais pouvoir me comparer à Mustang mais leur niveau est très élevé. En tout cas, en termes de musique, c’est clairement la pop indé' qui me nourrit.

 

Comment s’est passé ton concert à la Triperie de Lyon ?

Ah, tu connais ?

 

Non, pas du tout.

C’était super, il y avait toute une famille de gens qui se connaissaient qui sont venus. Lyon c’est tout petit, tout le monde se connaît - en fait, je connaissais trois personnes à Lyon qui se connaissaient entre elles et elles ont ramené tout le monde. La Triperie est tenue par un mec qui ne veut pas qu’il y ait du monde. En fait, c’est une boîte cachée, lui habite en haut et il ne veut pas de problèmes, donc il organise des trucs en scred' ! Alors que l’endroit est hyper-beau... Je pense qu’il a fait exprès de choisir le pire nom pour dissuader les gens de venir ! (Rires) Mais les gens viennent quand même car l’endroit est cool, le son est dément, il y a tout ce qu’il faut pour passer une bonne soirée.

Ce concert reste l’une de mes dates préférées sur ce que j’appelle ma «tournée 4x4», dans le sens où j'ai fait une série de concerts tout-terrain : dans des PMU, des pizzerias, des petites salles...

 

 

Sur ta page Facebook, tu dis que Kylie Minogue est l’une des personnes que tu admires le plus au monde. C’est vrai, ou c'est juste un clin d’œil à la soirée Colette, où vous partagiez l’affiche ensemble, de manière - disons-le - improbable ?

Non, je l’adore vraiment ! Je me souviens parfaitement de l’époque In Your Eyes, des premières sorties entre copines, ça m’a vachement marquée. A l'époque, j’étais amoureuse d’un garçon qui écoutait cette chanson tout le temps, c’est devenu une obsession. Concernant le concert Colette, c’était hallucinant ; comme dès la première seconde, elle était dans son concert, c'était une énorme claque pour moi, direct. Et puis elle est super belle et super gaulée ! Bon, sa tenue était un peu trop Playboy style, c’était à la limite du ring’. Mais elle a mis la salle en transe. Ca m’a émue de jouer le même soir qu’elle, ça m’a ramenée à cette époque adolescente.

 

 

D’ailleurs, qui étaient tes idoles quand tu étais petite ?

J’étais très amoureuse de Jamiroquai. Bon, quand je revois ça maintenant, je suis moins à fond, évidemment. Mais à l’époque, j’étais subjuguée par ce skateur à plumes qui danse, qui chante, qui compose...

 

Y a-t-il quelqu’un en particulier qui t’ait donné envie de faire de la musique ?

Bill Evans, Thelonious Monk, Dave Brubeck. Sinon, dans un tout autre registre - français -, il y a eu un déclic avec Pauline Croze. Ca a déclenché l’envie de chanter, peut-être que c’est aussi venu avec un chagrin amoureux. Le côté électro vient de mes sorties en boîte, d’une certaine culture club. J’aime bien composer des morceaux en imaginant des gens danser dessus. Je suis naturellement attirée par des tempos qui donnent envie de bouger.

 

Des références à France Gall reviennent souvent dans les articles qu'on peut lire sur toi, ça te parle ?

Oui, carrément, mais c'est sur le tard que j'ai commencé à m'intéresser à Michel Berger, France Gall ou encore Véronique Sanson.

 

 

T’es team France Gall ou Véronique Sanson, alors ?

Je suis plutôt team Véronique Sanson en fait, sa rupture avec Michel Berger est quand même incroyable. Il a composé un album entièrement pour elle, il n’est pas sorti de chez lui pendant un an. Quant à France Gall, elle a plutôt l’air sympa. J’ai lu qu’elle vivait en mode manouche, maison ouverte, style «je fais la bouffe pour tout le monde», du coup ça la rend sympathique, je trouve. Même dans sa voix, il y a une joie de vivre qu’on ne retrouve pas chez Véronique Sanson, qui est l’opposée. J’ai d’ailleurs vu un reportage sur Véronique Sanson qui m’a marquée car il était hyper-triste, c’était dur de le regarder jusqu’au bout. Si tu es fan de Véronique Sanson, ne le regarde pas, ça m’a vraiment déprimée et je n’ai pas pu écouter du Véronique Sanson pendant six mois.

 

++ La page Facebook de Cléa Vincent.

++ Sorti le 10 mars dernier chez Midnight Special Records, son EP Non mais Oui est disponible ici.

 

 

Sarah Dahan // Crédit photo : Benjamin Henon.