Talisco est un nouveau-né. Comment s’occupait Jerôme Amandi pendant tout ce temps ?

Jerôme Amandi (Talisco) : Il était tranquille ! (Rires) Non, je bossais comme tout le monde, mais pas du tout dans la musique - j’étais dans la communication, vraiment rien à voir. En réalité, je fais de la musique depuis que je suis gamin. J’en ai fait jusqu’à l’âge de 20 ans, et après j’ai mis ça de côté parce que le milieu de la musique, c’est quand même assez compliqué…Puis, il y a trois ans et demi, je me suis dit «tiens, je vais me donner quand même la possibilité de faire de la musique», donc j’ai mis tout le reste en pause pour m'y consacrer, et j’ai eu la chance de signer il y a un an et demi chez Roy Music.

 

Ton pseudonyme Talisco est un hommage que tu as souhaité garder secret jusqu’à aujourd’hui... pour Brain, on sent que c’est le moment de vider ton sac, non ? 

Hé non ! Vous en savez déjà beaucoup. Attention, je ne me cache pas derrière Talisco, mais c’est vrai que c’est un hommage à quelqu’un qui était proche, et par pudeur, je préfère le garder pour moi. Ca fait un peu chier tout le monde mais c’est comme ça. (Rires)

 

Tu as enregistré ton premier EP My Home seul chez toi. Est-ce que tu as écrit Run en courant ? 

Exactement : chez moi, en courant sur un tapis. Non, Run, je l’ai écrit chez moi aussi, en mode artisanal comme My Home. Il s’appelle Run, ce qui est pour moi une manière d'évoquer l’action, le départ. Je l’ai créé dans l’urgence car je voulais quelque chose qui soit le plus instinctif et le plus brut possible, donc l’idée c’était de prendre le contrepied d’un album conceptualisé. La seule manière que j’ai trouvée pour ça, c’était de le faire vite, et dès que je passais trop de temps sur une composition - hop, poubelle. Du coup, j’ai composé plein de morceaux et retenu seulement ceux qui avaient abouti rapidement, à la hâte.

 

 

Du coup, ça prend combien de temps un album «créé dans l’urgence» pour toi ?

Un mois, pour globalement 80 % de l’album. Après, il y a eu du temps passé en studio, pour les 20-30% que je n’avais pas pu techniquement enregistrer chez moi. Vraiment, pour moi c’est simple : si je passe trop de temps sur l’album, c’est que je me mets à le penser, trop. Quand tu le penses trop, ton album devient marketé, et je déteste cette idée ; je voulais vraiment quelque chose de très animal.

 

Tu as signé chez Roy Music, où l’on retrouve des artistes tels que Mademoiselle K, Jil is Lucky ou The Toxic Avenger. C’était un choix de signer dans un label indépendant ?

C’est prétentieux de dire que c’était un choix car c’est déjà très compliqué de signer dans une maison de disques tout court ! Mais oui, je préférais être dans un labe indé', et dans un bon label indé', car aujourd’hui, j’ai des potes qui sont dans des majors et qui font rien de rien, simplement parce que ce sont de grosses industries et que si ça ne fonctionne pas de suite, tu es mis de côté. Être dans une maison indé', pour moi, c’était le désir d’être dans un label plus familial, dans lequel si tu as un problème, les mecs sont encore là avec toi. Ma chance dans cette histoire, c’est de leur avoir «tapé à l’oreille»surtout.

 

Le clip Run est un court-métrage d’environ 10 minutes, qui compile trois titres de ton premier EP. Peux-tu nous expliquer comment t’es venue l’idée ? 

Une fois que tu as l’album, il faut parler un peu de la musique dans son aspect visuel, vidéo tant qu’à faire. J’avais la chance de connaître deux réals' américains (Zach Spiger et Matt Larson) qui se sont intéressés à ma musique et au projet ; autour de plusieurs bières, on a donc parlé de ce qu’il était possible de faire pour promouvoir l’album. J’ai le contrôle sur beaucoup de choses, mais à un moment donné, je ne voulais pas m’emmurer, être tout seul à tout faire... d’où l‘idée d’inviter d’autres artistes sur le projet. Ils m’ont parlé d’un clip, puis de deux, puis de trois - et à ce moment-là, on s’est dit «OK, on fait un court-métrage qui rassemble tous les thèmes de l’album», d’où le nom, Run.

 

 

Le clip rappelle l’ambiance de No Country for Old Men des frères Coen. On fantasme, ou ça correspond à un réel désir de ta part ?

Non, c'est bien le cas, mais là-dessus, on n'a rien inventé non plus. Aujourd’hui, on a tous des codes visuels, musicaux, des influences communes... et les frères Coen en font partie, bien sûr.

 

Tu apparais souvent dans tes clips : on te voit courir dans Your Wish et tu es enchaîné  par des méchants cow-boys dans Run. Toi aussi, comme Bénabar, tu veux faire du cinéma ? 

(Rires) Oui, clairement, je pense que je suis un acteur-né ! Non, plus sérieusement, j’apparais très peu dans mes clips au final : on me voit, mais c’est plutôt en mode «Où est Charlie ?».  Apparaître dans mes clips comme une popstar, ça ne fait pas du tout partie de mes envies, vraiment. J’y suis, mais je n’ai pas la volonté expresse de dire «OK, c’est moi le chanteur, c’est moi qui fais la musique, regardez-moi !». 

 

Tu viens de Bordeaux, tu habites à Paris, tu as vécu en Espagne et à Montréal et ta musique fait penser aux grands espaces américains. Es-tu ce qu’on appelle un baroudeur ?

Non, je ne suis ni un baroudeur, ni un globe-trotter, je suis comme la majeure partie des gens d’aujourd’hui qui ont voyagé et qui ont bougé à droite et à gauche parce que c’est facile de le faire. Je vis beaucoup dans mes fantasmes, et c’est vraiment de là que je puise ma création.

 

En chantant uniquement en anglais, tu n’as pas peur de te fâcher avec Arnaud Montebourg ?

Ouais, mais le français c’est naze ! Non, je ne boude pas du tout le français, j’écris même des chansons en français et en espagnol. C’est juste que je trouve qu’il y a une belle musicalité dans la langue anglaise, et que cette musicalité correspond plus à mon projet aujourd’hui. Il est vrai aussi que j’ai été pas mal influencé par les sons de mon enfance, ainsi que par le souvenir de mes parents qui ont toujours beaucoup écouté de groupes anglo-saxons.

 

 

Ta musique est  du genre «électro-folk» : tantôt très rythmique, tantôt très acoustique avec l'utilisation du combo classique guitare/voix. Du coup, quels sont les instruments avec lesquels tu travailles ?

La guitare ! Principalement. Bon, après, je bidouille, donc ça va être aussi piano, batterie, machines - tout ce que j’ai à portée de main. Honnêtement, je ne suis pas un super musicien, je suis plus un artisan, un bidouilleur. J’imagine les mélodies, et après je les mets en place, en bossant un maximum sur l’instrument pour que ça sorte comme je l’ai imaginé à l’origine.

 

Avec Gautier le batteur et Thomas le guitariste, Talisco devient un groupe sur scène. Comment as-tu appréhendé cette évolution ?

Je ne voulais surtout pas être seul, j’avais envie d’envoyer un peu la «guerre», donc il fallait qu’on soit un minimum, et pour moi le minimum, c’était trois. Du coup, je suis parti à la recherche, avec mon épuisette, de deux musicos touche-à-tout. C'est comme ça que j’ai rencontré Gautier et Thomas, qui sont justement des touche-à-tout. Ce sont des mecs qui sont ingénieurs du son, ils savent chanter, jouer des instruments, et grâce à eux, on a vraiment mis sur pied Talisco en version live.

 

Alors un live de Talisco, ça donne quoi ?

La guerre ! (Rires) En live, il y a un côté très binaire, très rock : on a moins cette sensation électro, on a plus une sensation de rock, je pense.

 

Est-ce que tu as déjà eu tes premières groupies, du genre qui crient ton nom en pleurant d’émotion ?

Mais non, mais non ! Je les attends avec impatience, je suis hyper-déçu… et pourtant je cherche les regards, mais rien. Je pense que je fais flipper ; je me suis vu en vidéo et je n’ai pas une gueule très sympa... mais je suis cool, donc : «groupies, venez !».

 

Quelles sont les artistes qui te font vibrer, qui te «mettent les poils», comme on dirait à La Nouvelle Star ?

J’écoute énormément de musique comme tout le monde aujourd’hui. Je consomme, et je crois qu’on en est tous là. Après, il y a des artistes qui ont marqué ma façon de voir la musique : c’est un peu old-school, mais il s'agit de mecs comme Jeff Beck ou les Beastie Boys. Alors tu vois, aucun rapport  avec ma musique, mais c’est plus dans leur façon d’aborder la musique que je me retrouve, ils ont ce côté très libre de mecs un peu touche-à-tout eux aussi, et c’est ça qui me plaît.

 

Est-ce que tu peux nous citer une chanson que tu rêverais d’avoir composée ?

Ca, il aurait fallu me l’envoyer par mail, j’aurais bossé dessus ! (Rires) C’est dur, il y a tellement de titres que j’aurais aimé écrire… Si je devais en choisir un, ce serait carrément un album entier, parce que j’aurais beaucoup aimé écrire Surfer Rosa des Pixies.

 

Pour finir, la question prout-prout : quels sont tes voeux pour la suite ?

Je n’en ai qu’un : continuer à faire de la musique le plus longtemps possible, et c’est déjà pas mal ! Ca va, c’est assez prout-prout comme réponse ?

 

++ Le site officiel et le compte Facebook de Talisco.

++ L'album Run de Talisco est disponible depuis le 19 mai, et vous pouvez d'ores et déjà télécharger le titre Dream Alone iciTalisco sera en concert le 10 juin prochain à La Cigale, à Paris.

 

 

Camille Poher.