Trouble de la personnalité narcissique : as-tu décidé de devenir musicien à cause de ta recherche perpétuelle de gratification, puissance, prestige et Disques d’Or à accrocher juste à coté de ton autoportrait nu sur une peau de bête au-dessus de ton lit king size dont les draps de soie sont bien évidemment marqués de ton blason ?

Pablo Padovani (Moodoid) : Je pourrais très bien imaginer l’autoportrait nu, sans aucun problème, mais je ne suis pas certain que je le ferais par égocentrisme. Ce serait plus par ce que ça m’éclaterait de me voir à poil au-dessus de mon lit. En réalité, j’ai toujours voulu devenir musicien et ce depuis l’adolescence. J’ai toujours eu cette envie de faire de la musique et de me déguiser, c’était même de l’ordre de la nécessité pour moi, une nécessité absolue et il était inenvisageable qu’il en soit autrement. Je me souviens que je me sentais un peu comme Jeanne D’arc, du genre qui entend des voix disant «Pablo il faut que tu le fasses». De plus, j’ai toujours été un immense fan de Prince et je me souviens que j’étais fasciné par cet aspect très théâtral chez lui, toute cette foule qui hurlait son nom lorsqu’il entrait en scène... Ce jeu de scène qui était le sien m’attirait énormément, et dans le personnage public qu’est Moodoid, je vois les choses de la même façon : une sorte de caricature extrême avec maquillage pompeux et show démesuré, du genre tarte à la crème.

 

Hyperactivité : à peine 25 ans et tu as déjà un sacré CV à ton actif : guitariste de Melody’s Echo Chamber, gourou de Moodoïd et protégé du pourtant autarcique Kevin Parker de Tame Impala. Madame Dauphin, ta maîtresse de CE1, avait-elle prévenu tes parents de ton hyperactivité chronique ?

Pas du tout ! Ce qui est étrange, c’est que j’ai certes un rythme de vie d’hyperactif, mais en même temps je me suis fait ultra engueuler depuis le CP par ce que j’étais toujours l’élève dans la Lune et absolument pas attentif au cours. Pour être honnête, j’étais plutôt le gosse qu’on pose sur le banc au fond de la cour et qui, cinq heures après, n’a toujours pas bougé. Je pense d’ailleurs que sur tous mes livrets de note, on trouvait écrit «Pablo est un enfant sympa mais un peu trop dans les nuages». Du coup, je pense que Madame Dauphin avait plutôt tendance à me tirer les oreilles...

 

Dépression : tu as imaginé le projet Moodoïd lors d’un «long voyage en Suisse». Peux-tu nous toucher deux mots au sujet de tes tendances suicidaires ?

(Rires)Tout à fait honnêtement, je crois que je suis l’antithèse absolue de la dépression et de la déprime. Je n’ai jamais été déprimé de toute ma vie et je pense que le sentiment le plus extrême que j’ai pu ressentir en Suisse, c’est celui de la mélancolie - une mélancolie due à la solitude, mais jamais au grand jamais un mood de tristesse ou des envies de suicide. C’était une mélancolie agréable d’ailleurs bercée par mes pensées et par mes rêves. Je me souviens notamment que dans mon appartement à Genève j’avais une ampoule bleue, et du coup, j’ai ce souvenir de cette pièce plongée dans le bleu avec une vue sur les montagnes et sur le lac... C’était donc contemplatif souvent, mélancolique parfois mais suicidaire jamais.

 

Complexe d’Oedipe non résolu : tu t’es volontairement entouré de femmes pour former Moodoïd. Quels sont les traits de caractère de ta 'tite môman que tu retrouves en chacune d’entre elles ?

Oui, sans doute que ça a un rapport avec ma maman, car avec chacune d’entre elles, j’adopte une attitude très enfantine, et ce qui est certain, c’est qu’on se rapproche bien plus d’une relation maman/enfant que d’une relation amant/amant. Par exemple dans le groupe, on a Lucie la batteuse (ndlr : Lucie Droga) qui est d’origine espagnole et qui a ce caractère très excessif - elle parle fort, elle est passionnée, énervée, et c’est celle qui a une vraie attitude de confrontation avec moi. Après, tu as aussi Clémence la bassiste (ndlr : Clémence Lasme) qui, elle, est bien plus réservée. Du coup avec moi, il y a un plus un truc plus de l’ordre du non-dit, et avec elle, il faut provoquer la discussion, le débat. D’ailleurs c’est drôle, car avec Clémence, je dois me comporter de façon très chic et élégante. Ces différences de rapports, de relations, c’est quelque chose que l’on ressent vraiment sur scène. Je le sais car lorsque je me tourne vers l’une d’entre elles, les regards qu’on se lance vont être différents - face à la batteuse il y a un vrai duel de regards, un corps à corps, alors qu’avec la bassiste, le contact est bien plus sensuel, plus mystérieux .J’adore ces différences.

 

Troubles bipolaires : dans la vie, les membres de Moodoïd ressemblent à nos super potes du lycée, mais sur scène, ils se transforment en énergumènes pailletés, alors que les paillettes ça colle. Souffrez-vous de troubles bipolaires ?

Alors oui, ça pourrait être un cas de bipolarité, mais assez doux. Il est vrai que les costumes et le maquillage permettent de devenir des caricatures de nous-mêmes sans déformer notre personnalité pour autant. En costume, on ne devient pas des gros connards, mais on est juste une version de nous-mêmes en un peu plus exagérée. Moi j’adore me déguiser, et il est vrai que quand on est dans nos costumes, on peut tout faire à fond, et on en devient d’autant plus crédible - ce qui je pense permet vraiment aux gens de rentrer dans notre délire.

 

 

Syndrome de Peter Pan : Bien que Moodoïd ait une identité musicale très forte qui mélange tout à la fois rock, pop, chanson française, world music et musique traditionnelle, tu sembles l’aborder avec la légèreté d’un enfant. Penses-tu être atteint du syndrome de Peter Pan ?

Oui, c’est clair ! En revanche, j’ai vu un documentaire sur Michael Jackson hier et j’espère vraiment que je n’en arriverai pas là ! Dans la spontanéité que je mets dans l’écriture de mes chansons et dans l’énergie que je déploie en les interprétant, il y a un truc de l’ordre de l’enfance, c’est une évidence. Ce côté très direct et très naïf dans mes textes, c’est le miroir de ce qui se passe dans ma tête. Parfois, je peux être très excessif comme en amour, je vais avoir des coups de folie et j’ai envie que ma musique soit comme ça. Je défends la liberté et la «non-contrainte» dans notre groupe, je veux que Moodoïd soit une sorte de pâte à modeler qu’on façonne comme on veut et quand on veut. Si demain j’ai envie de faire du rap, je veux pouvoir le faire... Pour moi, Moodoïd, c’est de la pop naïve ou du rock progressif naïf qui correspond vraiment à ce que nous sommes.

 

Hystérie : le clip de De Folie Pure, avec postures appuyées et costumes chatoyants, semble inspiré des planches et des lourds rideaux rouges d’un vieux théâtre. As-tu été biberonné à un savant mélange du Médecin Malgré Lui et de La Cantatrice Chauve, ou es-tu simplement hystérique ?

Oui, Eugène Ionesco a été marquant, c’est un fait, mais je dirais plutôt un mélange entre Ionesco et Charlie Chaplin. Pour moi, Charlie Chaplin est très poétique dans ses mouvements mais aussi très naïf dans son personnage de Charlot. La seule nuance, c’est que dans Moodoïd il y a en plus cet amour total de l’absurde et du surréalisme. Après, il est clair qu’il m’arrive souvent d’être hyper-hystérique dans mes relations d’amour par exemple, et si j’aime, je peux tout à fait, pendant deux mois d’affilée, me lever et chanter du flamenco juste pour m’amuser, et finalement à la fin la chanson sera dans le disque. C’est ça mon hystérie à moi... Un autre exemple : j’ai écrit une chanson qui est dans l’album et qui s’inspire de ces mecs qui vendent du maïs grillé en bas de chez moi. Chaque jour je passais devant eux et au bout d’un moment, j’ai fantasmé un spot publicitaire pour vendre leurs maïs - et à force de la chanter tous les jours pendant deux mois, j’ai décidé d’écrire Bongo Bongo Club.

 

 

Homosexualité refoulée : tu as toi-même réalisé le clip de De Folie Pure, qui nous transporte dans un univers qui s’inspire aussi bien de Bollywood que des jardins japonais et des harems turcs. Ce fantasme d’un ailleurs combiné aux nombreux objets phalliques présents dans la vidéo, nous amène à nous demander : es-tu un homosexuel refoulé ?

Alors je suis un obsédé sexuel assumé, ça c’est clair, j’aime énormément le sexe, par contre - même si beaucoup de gens vont penser que je mens - je ne suis pas homosexuel. Je ne me suis jamais senti amoureux d’un garçon en tout cas, alors peut-être que ça viendra un jour, je n’en sais rien. Après, j’aime bien les provocations connotées et j’adore faire des allusions aux organes sexuels car je trouve que c’est de la drague absolue qui correspond bien à l’esthétique de Moodoïd. Et puis je ne sais pas, c’est quand même hyper-amusant les formes de sexes, non ? De Folie Pure, c’est une vraie chanson d’amour, hystérique certes mais une chanson d’amour et de folie pure avant tout. Après, c’est un appel au sexe oui, ça c’est un fait.

 

Perversion : est-ce que, en bon gros pervers, tu projettes dans ta musique tes désirs non-réalisés de pratiquer des positions alambiquées du Kâma-Sûtra dans le palais d’un maharajah lubrique ?

Ah mais totalement ! (Rires) Souvent mes chansons s’inspirent plus de mon vécu, en déformé, extrapolé et sous forme de contes car je n’ai pas envie non plus de raconter ma vie, mais ça s’en inspire, c’est un fait aussi. Du coup, en gros pervers, je puise beaucoup de mes expériences sexuelles et j’ajoute à cela pas mal de mes fantasmes. Il y a d’ailleurs clairement un appel au fantasme dans cet album, comme une énorme manifestation place de la Bastille avec des gens qui prônent le sexe, les fantasmes et la drague à outrance sur des pancartes !

 

Troubles psycho-sexuels : la sortie imminente de votre premier album, le 18 août, te stresse-t-elle au point de te faire bander möö ?

(Rires) C’est très bien ce jeu de mots ! Et je vous avoue que je savais qu'il allait me tomber dessus car j’y ai moi-même pensé. Pour moi, Le Monde Möö, c’est juste une immense paire de fesses qui représente plus le postérieur féminin que la bite molle d’un mec, à vrai dire. Après, vu que je suis très lubrique dans mon genre, j’adore imaginer une énorme paire de fesses géante. (Rires) Non, sérieusement, je suis hyper-impatient de la sortie de cet album, on a passé énormément de temps à le produire et on vient à peine de le finaliser, donc on a tous l’impression de sortir d’une gigantesque course ultra-rapide. Cet album c’est un accomplissement, le point final de ma vie de jeune musicien et ça, ça me fait bander dur.

 

 

Schizophrénie«les petits cailloux fondent dans les mains, ma main dans ta main se transforme en chou», dis-tu dans Les Chemins de Traverse. Il y a-t-il des petites voix dans ta tête qui te dictent ce que tu dois écrire et te punissent si tu désobéis ?

Hé bien oui, ça doit être des voix dans ma tête car je n’ai aucun souvenir d’avoir écrit ça ! (Rires). J’aime bien parler, filmer des choses qui me font plaisir ; du coup, j’aime utiliser des mots qui me font plaisir eux aussi. J’écris toujours mes mélodies en premier, et après, en fonction d’un lexique que j’ai dans la tête, le texte va venir tout seul. Les mots pour moi vont littéralement épouser la forme de la mélodie, car à mon sens, le plus important reste la musique. Avec ce côté toujours naïf et direct, ce sont des textes que j’écris d’un trait, avec des phrases courtes et simples, comme des vignettes un peu surréalistes les unes à la suite des autres. D’ailleurs, je compare toujours mes chansons à ces lunettes des années 60 dans lesquelles tu passais des images - pour moi c’est ça, chaque phrase doit être une petite image que tu peux imaginer dans ta tête.

 

Paranoïa : les paroles de tes chansons sont assez sibyllines. Camoufles-tu craintivement le fond de tes pensées iconoclastes et désoxydées ?

C’est totalement ça que j’essaye de faire dans le disque, que tout soit toujours suffisamment camouflé pour que personne ne sache de quoi je parle exactement et que chacun puisse modeler son paysage à sa façon et choisir son interprétation. Ce disque, c’est comme un long chemin avec plusieurs étapes - des thèmes différents, des phrases différentes, des images différentes - qui forment au final un univers autour de l’auditeur. Mon rôle à moi, c’est d’être ce guide un peu vicieux qui vous tend des pièges tout du long !

 

Anatidaephobie : dernière question : souffres-tu d’ anatidaephobie, soit la peur que, quelque part, n’importe où, un canard te regarde ?

(Rires) Alors non, mais par contre, j’ai une phobie qui est celle de voir des hommes politiques dans la rue, et souvent des hommes politiques de gauche d’ailleurs. Genre «ah tiens, c’est Lionel Jospin» ou «hé dis donc, mais c’est DSK». Bon, en fait ça m’est déjà arrivé de croiser Jack Lang dans la rue, du coup j’ai peur de croiser tout le temps ses semblables maintenant. Le plus drôle, ce serait de croiser DSK - et d’ailleurs si ça arrive, j’aimerais beaucoup lui offrir notre nouvel album avec la pochette "grosse paire de fesses".

 

++ Le site officiel, lpage Facebook et le compte Souncloud de Moodoïd.

++ Le Monde Möö, le nouvel album de Moodoïd, est disponible depuis le 9 septembre et disponible ici en téléchargement. Le groupe sera en concert au Casino de Paris le 12 novembre prochain.

 

 

Bettina Forderer et Camille Poher.