En 2013, tu t’es fait connaître avec les titres Mouth et Red Smoke dans un EP plutôt techno et sans voix. Avais-tu déjà prévu une évolution plus pop et l’apport de ta voix à l’époque ?

James Greenwood : Clairement. Quand je préparais mon album, je voulais qu’il y ait des voix sur chaque titre, et qu'en même temps, on ait affaire à la fois à des chansons et de la musique de club. Que ce soit un album à proprement parler, mais avec une production derrière qui ressemble à de la grosse house.  

 

Tu étais un ingénieur du son chez Phantasy Sounds, le label d’Erol Alkan, et c’est en y travaillant que tu as rencontré Daniel Avery. Quelle a été son influence pour ton projet ?

Ça faisait un moment que je travaillais toujours avec d’autres personnes et je suis arrivé à un point où je voulais faire mon propre truc. Je suis avant tout un amoureux de la musique et ça me démangeait de sortir du côté technique. Je connais Dan depuis des années, et quand on a travaillé sur son premier album, Drone Logicon ne savait pas trop ce que l’on faisait. C’est clair que le regarder faire et le voir en tirer autant de satisfaction m’a encore plus donné envie de me lancer.

 

 

Tu as joué la carte du mystère au début en ne publiant que des photos façon polaroïd défectueux où l’on ne pouvait que te deviner. C’est parce que tu es roux ?

(Rires) Non, à vrai dire, j’essaye de cultiver ma rousseur ! Je me teins les cheveux pour qu’ils soient encore plus roux. Les photos floues, c’est plutôt à cause d’internet et de sa façon d’exposer tout le monde systématiquement. Je trouvais plus intéressant de commencer discrètement. Et puis il y a des photos de moi quand même, je ne joue pas le grand mystérieux non plus ! 

 

Oui, c’est bon, maintenant on a bien vu ta tête dans le clip de Giudecca. Mais on n’en sait pas forcément plus sur toi. Dis-nous tout : comment t’es-tu retrouvé à bosser chez Phantasy Sounds à seulement 24 ans ?

En fait, j’ai quitté l’école à 18 ans et je n’avais pas vraiment envie d’aller à l’université. Mon meilleur pote du lycée connaissait quelqu’un qui m’a introduit au travail dans les studios. Au début, c’était genre faire le thé et courir partout. Je traînais dans des endroits comme le label Pure Groove à Londres, et tout ceci m’a permis de rencontrer plein de gens grâce aux auxquels j’ai pu apprendre plein de trucs au fur et à mesure, jusqu’à être capable de faire ce que je sais faire aujourd’hui. Ce qui ne me semble pas trop mal, selon mes propres standards. Mais ce n’est que de la musique.

 

 

Un pur autodidacte, donc…

Oui - enfin j’ai quand même appris la musique quand j’étais gosse, je faisais de la clarinette et du saxophone. (Rires) Très classique ! Mais je pense qu'il n’y a rien de mieux que d’entrer directement dans l’industrie pour la comprendre.

 

J’ai lu que c’était ton expérience avec un synthétiseur vintage Korg Mono/Poly qui a fait naître l’identité de Ghost Culture. Tu t'en es servi pour l’album ?

Ouais. Je n’ai pas utilisé grand’chose d’autre, en fait. Je voulais me limiter en utilisant vraiment peu d’équipement car je me suis dit qu’il serait toujours mieux de maîtriser un ou deux trucs que d’être complètement dépassé par une multitude d’instruments. Donc je me suis servi ce vieux synthé pour réaliser à peu près tous les sons de l’album. Tu peux vraiment tout faire avec ça, et pour moi, c’était très proche d'un jeu, genre trouver un son qui me plaît et le garder pour plus tard - ou créer une mélodie avec.

 

 

Tu as dû apprendre à le manipuler correctement avant ?

Ouais, en fait c’est en apprenant à m’en servir que j’ai écrit une bonne partie des chansons. Pour Lucky, par exemple, j’ai trouvé la séquence principale complètement au hasard. Je ne crois pas qu’il faille vraiment savoir ce que l’on fait pour créer.

 

Tu as dit que ton album était plus fait pour être écouté au casque qu'en club. Du coup, tu prévois quoi sur scène ?

Oui, je veux que ce soit deux choses totalement différentes. Sur scène, j’utilise quatre ampoules qui réagissent à la musique. Je les ai programmées pour que ça fasse un truc un peu cinétique. Pour que les gens ne voient pas que moi sur scène. C’est plus une performance, moi et mes lampes.

 

 

"Ghost Culture" : doit-on entendre dans ce nom que tu aimes bien ce qui vient du passé ?

Non, pour moi c’est une sorte de métaphore de la superficialité. C’est la culture fantôme que l’on aurait pu avoir si nous étions encouragés à faire de la musique non pas pour l’argent mais simplement pour notre plaisir. C’est un commentaire de ma part, je suppose.

 

Et tu penses que c’était mieux avant ?

Je ne sais pas. À Londres, c’est vrai que c’est devenu beaucoup plus commercial ces dernières années, mais en même temps, il y a vrai renouveau dans le milieu. Les jeunes recommencent à acheter des vinyles, les soirées underground redeviennent à la mode. Peut-être qu’on assiste au début d’un nouvel âge d’or.  

 

 

T'écoutais quoi à 13 ans ?

Ah, mon père adorait Schubert donc j'en ai beaucoup entendu quand j'étais enfant. Mais personnellement, j'écoutais plutôt du jazz. Le premier disque que je me suis acheté, c'était The Sidewinder de Lee Morgan. C'est à la fois assez enfantin et très technique, donc j'ai grandi en rêvant de jouer aussi bien que des mecs comme Miles Davis ou Charlie Parker. J'écoutais aussi du classique comme Chopin.

 

Donc tu ne regardais pas vraiment mTV…

Non, je n'écoutais pas vraiment ce qu'on y passait. Mais, bien sûr, la pop était partout. J'avais 9 ans en 1999, l'année de la sortie de ...Baby One More Time ! La Britneymania était tout autour de moi, et j'ai évidemment été influencé par cet engouement. Mais ceci m'a surtout appris à ne pas vouloir faire ça. 

 

Dur !

Non, non, à l'époque j'adorais, tu sais ! Et puis, vers 17 ans, j'ai commencé à sortir en club et à découvrir autre chose que du classique.

 

 

Au-delà de tes goûts musicaux chelous quand tu étais ado, tes sons laissent penser que tu es un mec assez torturé, c'est le cas ?

Ouais, je suis clairement un peu torturé, même si le mot est un peu dur. Je pense que tout le monde a ses angoisses et c'est important d'en parler, de s'en libérer. Pour moi, ça a été à travers la musique que j'ai pu me confronter à celles-ci. Cela dit, j'ai écrit les paroles de l'album il y a un moment maintenant, et j'ai réussi à dépasser la plupart des problèmes que j'évoque. Maintenant, je suis presque chill ! (Rires)

 

Et tu as déjà été à Venise ?

Ah, tu fais références à Giudecca (la Giudecca est l'une des îles de la lagune de Venise, ndlr). Justement, cette chanson n'a rien à voir avec mes angoisses - bien au contraire. J'étais en vacances là-bas, et mes potes passaient leurs journées dans des expos. Le deuxième jour, j'en ai eu marre de l'Art et je suis allé me balader sur l'île. J'ai trouvé le moment et l'endroit magnifiques et j'ai voulu écrire une chanson là-dessus. Rien de très deep ni de très compliqué à comprendre. Venise est juste l'un de mes endroits préférés sur Terre. 

 

++ Le compte Soundcloud, la page Facebook et le site officiel de Ghost Culture. 

++ Sorti hier, le premier album éponyme de Ghost Culture est disponible ici.  

++  Ghost Culture sera en concert à La Boule Noire le 17 février 2015.

 

 

Lina Rhrissi.