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Interview

Thieves Like Us - Non Coupable

Vendredi, 14 Décembre 2007

Là où l'industrie musicale requiert des concepts forts et une cohésion artistique sans faille, Bjorn, clavier des Thieves Like Us, oppose un sourire gêné qui trahit son impuissance face au morcellement du groupe. En effet, des trois complices de la bande (deux Suédois et un Américain), un seul vit à Paris. A l'image de ses membres, le groupe, signé sur Kitsuné, est partagé par les influences, les cultures et la distance. Pourtant, même étriqué dans sa veste au cuir élimé, Bjorn, de son mètre quatre-vingt-dix, dégage une sérénité déroutante.

 

Pouvez-vous retracer la formation du groupe ?
Thieves Like Us : Oui, c'était en 2001 à Berlin, j'ai rencontré Andy dans un club… on sortait tout le temps, on a fait énormément de soirées puis on a commencé à mixer ensemble et finalement on a formé notre propre groupe.


Qu'est-ce qui vous a décidé ?
Thieves Like Us : Assez vite, on s'est dit qu'on pouvait faire bien mieux que ce qui passait dans les clubs en Allemagne. C'était un peu la même chose à chaque fois, presque toujours de la techno. Ce n'est pas dénué d'intérêt mais c'est vite lassant… et puis on était habitué à la culture new-yorkaise où les DJs passent de tout, où c'est beaucoup plus ouvert en fait. Et en Suède aussi, les artistes mixent plus de styles, il y a plus de variétés, c'est ce mélange qui nous inspire.


Cette diversité se retrouve au sein même du groupe ; vous vivez sur différents continents, avez de multiples influences musicales (rock, electro, disco)… Comment faites-vous pour organiser un tout cohérent?
Thieves Like Us : Je crois que rien n'est organisé en fait. On écoute de tout sans chercher à copier un style précis ou un artiste… Quand on est ensemble on n'est pas là à se dire : « Il faudrait que ça sonne comme ci ou comme ça ». Ça vient vraiment tout seul, on n'y réfléchit pas plus que ça. Et puis sinon, on se retrouve comme cet été pour enregistrer notre album en Suède. En ce moment chacun vit dans son coin, mais on va bientôt tourner ensemble pour la sortie de l'album.


Il n'y a pas de tensions dans le groupe du fait de cette séparation ?
Thieves Like Us : C'est assez compliqué à gérer, surtout qu'Andy est Américain, il n'a pas de visa pour travailler en Europe. A New York c'est la même chose, nous n'avons pas d'autorisation. Ça crée des problèmes, on est un peu des truands… En même temps ça génère quelque chose d'intéressant, on doit se bagarrer sans argent, sans visas, mais on ne se plaint pas, on a choisi cette vie.


Etre signé chez Kitsuné, est-ce un plus ? Comment avez-vous été enrôlés?
Thieves Like Us : J'ignore comment ça s'est passé dans les détails. En gros une démo est parvenue jusqu'au label en transitant par des réseaux, des amis d'amis... Kitsuné a beaucoup de connexions, ça a tourné à notre avantage. Evidemment, ça nous apporte beaucoup surtout que nous ne nous rattachons à aucune scène musicale actuelle donc ça nous donne une vraie visibilité.


Vous n'appartenez à aucune mouvance en effet, comment définiriez-vous votre univers ?
Thieves Like Us : On flotte un peu au-dessus des styles musicaux récents. On ne peut pas nous associer à la scène electro française, ni aux groupes suédois, ni même aux artistes new-yorkais. Pour moi, on fait de la pop, on a des structures très simples et un son assez direct… une pop un peu améliorée avec des soupçons de musique expérimentale.


Ce côté expérimental donne une vraie profondeur à votre musique, quelque chose d'assez obsédant et sombre… Comment définiriez-vous cet aspect ?
Thieves Like Us : Le côté pop donne d'abord une impression de légèreté à notre musique, mais on y intègre en même temps des éléments plus troubles, c'est vraiment de la composition au sens propre du terme. C'est assez classique mais voilà, on parle d'expériences vécues, on rajoute des samples… il y a pas mal d'electro aussi dans notre musique.


Vous considérez-vous davantage comme des DJs ?
Thieves Like Us : Non, on mixe souvent c'est vrai, mais en concert, pour jouer nos morceaux, on a nos instruments… Thieves Like Us est un groupe à part entière, on va tourner en Europe pour la sortie de notre album, on a aussi une date à Mexico…


Qui produit l'album ?
Thieves Like Us : Nous avons un producteur suédois… Il a un énorme studio à Stockholm, il a déjà produit Madonna et Kylie Minogue. C'est un ami en fait, donc il nous aide.


Récemment vous avez organisé un concours de remixes pour l'une de vos chansons, avez-vous déjà une idée du vainqueur, des surprises ?
Thieves Like Us : On a reçu quelque chose comme deux cents remixes de Drugs In My Body. Il y a des choses plutôt mauvaises, d'autres très bonnes, mais c'est intéressant de voir comment les gens perçoivent notre musique. On se rend compte qu'il y a eu une vraie évolution, les gens ont facilement accès à des logiciels et produisent chez eux maintenant. Le seul problème c'est qu'ils ne sont pas musiciens pour la plupart et ça s'entend. Et puis beaucoup de morceaux se ressemblent, c'est assez étrange… Je crois qu'ils ont utilisé le même logiciel et qu'ils sont influencés par les mêmes choses.


C'est la vague Ed Banger ?
Thieves Like Us : Oui, je crois qu'il y a beaucoup de jeunes DJs parmi les candidats… Je savais qu'Ed Banger ou même Kitsuné sont de vraies institutions et ont une influence majeure, j'en ai eu la confirmation.


Pensez-vous que s'est constituée une génération Ed Banger ou Kitsuné ?
Thieves Like Us : Ça me paraît évident… ça tient à une autre évolution. Aujourd'hui, il faut faire des compilations, c'est vraiment ce que les gens attendent. Ils n'écoutent plus d'albums, mais juste un ou deux morceaux qu'ils trouvent sur des audio-blogs. Je ne trouve pas ça triste mais c'est plus dur pour les artistes qui ne peuvent plus vraiment prendre de risques. Il faut faire des tubes à chaque fois… Ça ne me dérange pas de faire des hits mais l'expérimentation est un aspect fondamental de la musique, je ne pourrais pas y renoncer. Pour nous l'album reste essentiel, c'est le seul moyen d'exprimer notre diversité.


En regardant vos clips, on a constaté qu'ils étaient un peu home made, vous n'aimeriez pas faire appel à un vrai réalisateur ?
Thieves Like Us : Pour le clip de Drugs In My Body, nous avions retravaillé une scène où des jeunes courent dans les couloirs du métro à Paris… On adorait ce passage alors on l'a coupé et monté pour qu'il illustre le morceau. En le mettant sur Internet on a été surpris du nombre de visionnages… ça aussi c'est une évolution, n'importe qui peut réaliser de la musique ou des vidéos et les diffuser sur le net. Evidemment, nous aimerions faire appel à des professionnels pour réaliser nos vidéos. Et puis, nous voudrions surtout composer des bandes originales de films.


C'est un souhait assez récurrent chez les musiciens, qu'est-ce qui vous intéresse dans ce genre de collaboration ?
Thieves Like Us : C'est l'idée de réaliser quelque chose de très différent de ce qu'on fait d'habitude. Ça oblige à prendre un angle original, on se détache du processus classique de production où l'on doit écrire sa musique avec ses paroles… C'est un son plus ambiant.


D'ailleurs le nom du groupe s'inspire d'un film de Robert Altman où trois hommes s'évadent d'une prison… Avez-vous des choses à vous reprocher ?
Thieves Like Us : C'est aussi le titre d'une chanson. Nous nous sommes vraiment retrouvés sous ce nom, donc rien à se reprocher non. Maintenant, il faut reconnaître que ce n'est pas le meilleur pseudonyme qu'on pouvait trouver, c'est assez difficile à retenir et à prononcer. Avec le bruit dans les clubs, c'est difficile à faire entendre.


Faites imprimer des T-shirts et des badges…
Thieves Like Us : Bonne idée, on va travailler ça…

 

Clip - Drugs In My Body


 

++ www.myspace.com/thieveslikeus

 

Par Elise&Jean-Benoit // Photos: Ben Grieme et DR.



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