Vous avez enregistré une partie de votre disque en Californie. C’était un vieux fantasme de partir écrire aux Etats-Unis ?

Quarles : Oui carrément, ça faisait longtemps qu’on voulait y aller, et l’opportunité s’est présentée pour ce nouvel album, donc on a foncé. On a voulu changer d’environnement et sortir du microcosme parisien, car mine de rien, on partage tous les mêmes idées, et là, on avait envie de fraîcheur. Se mettre en huis clos à l’autre bout de la planète - ou presque -, c’était un bon moyen pour ne pas faire le même album que le précédent. On a fait beaucoup de road-trips, dans la montagne, dans le désert... on a varié les plaisirs.

Amélie : Quand on est à Paris, on sort tout le temps, et on a vraiment senti qu’il fallait faire une coupure. Quand on est arrivés là-bas, on a arrêté d’écouter de la musique moderne pendant deux mois. Il y a beaucoup de radios d'oldies, donc tu peux te couper de l’actualité musicale très facilement. On a écouté des radios 50’s, des radios funk 80’s, des radios de classic rock...

Quarles : Ils ont très peu de radios nationales et beaucoup de radios locales aux USA, donc le choix est infini et très varié. Il y a des émissions de ouf ; il y a même une émission de radio présentée par Alice Cooper. Tu te balades la nuit en caisse, tu écoutes la radio - et là surgit sa grosse voix qui dit «salut, c’est Alice Cooper» ! C’est comme dans les films, en fait. C’est un autre monde. Et puis il n’y a pas d’histoires de quotas, c’est le pays de la liberté.

 

 

Pourquoi, vous pensez que les quotas sont une mauvaise chose ?

Amélie : Ca bride beaucoup l’industrie musicale. A chaque fois, les labels nous demandent pourquoi on ne chante pas en français, car ça serait plus facile de nous faire passer en radio comme cela. Je n’ai pas envie de me forcer à faire quelque chose afin de rentrer dans un système comme celui-là.

 

Oui, les groupes de votre génération chantent pour beaucoup en français maintenant.

Amélie : Oui, c’est dingue.

Quarles : Chanter en français, ce n’est pas pour nous, ça ne correspond pas à notre style. C’est un autre rapport aux paroles ; tu ne peux pas chanter la même chose en français et en anglais.

 

Oui, il y a des chances pour que la même phrase, ça sonne plus mièvre en français, effectivement. D'ailleurs, vous parliez de road-trips tout à l’heure ; quelle est donc pour vous la bande-son idéale pour faire de la route ?

Amélie : Les Doors. Je pourrais écouter tous les albums sans m'arrêter.

 

 

Vous n'écoutiez donc que des sons oldies lors de l'enregistrement, mais pourtant, votre album sonne très actuel…

Quarles : On vient d’un milieu plus ou moins lié à la musique électronique : on compose avec beaucoup d’instruments électroniques, de drum machines, on ne fait pas particulièrement dans la nostalgie de samples. Disons que les sons oldies sont une source d’inspiration plus qu’une réelle influence sur ce disque. Le son reste électronique et moderne en termes de production.

 

On s’autorise plus de choses quand on enregistre à l’étranger ? Un peu comme quand on part un an en Erasmus pendant ses études ?

Quarles : Complètement ! On a rencontré et noué des liens avec des gens qu’on ne fréquenterait pas forcément à Paris. Tu es dans un état d’esprit dans lequel tu ne serais pas ailleurs.

Amélie : Quand tu es à l’étranger, tu es assailli par une espèce de boulimie d’aventures que tu veux vivre, tu compiles plein de souvenirs... Musicalement, on a tenté des choses qu’on n'aurait jamais faites à Paris.

 

 

Avez-vous eu des coups de cœur particuliers pendant ce trip ?

Amélie : On a été dans un parc national qui s’appelle le Sequoia Forest et qui est vraiment immense. Tu grimpes, tu grimpes, tu grimpes... et à un moment donné, tu as une vue sur toutes les montagnes alentours, entouré de tous ces arbres immenses. C’est clairement ce qui m’a le plus inspiré. Je n’avais jamais vu d’endroits comme ça dans ma vie.

Quarles : Ca donne une ambiance Twin Peaks assez incroyable.

 

Il paraît que vous êtes très sollicités pour des synchros (des musiques de pub, ndlr). Vous en avez fait quelques-unes ?

Quarles : On a fait pas mal de publicités, oui. Et des séries américaines aussi - CSI je crois, Les Experts c’est ça ? En France, on a été dans le film Les Gamins avec Alain Chabat.

Amélie : En pub, il y a eu Chanel, L’Oréal, Absolut, 1664... Une marque de bière et une marque de vodka qui réclament notre chanson Saké, c’est quand même incroyable !

Quarles : J’aurais pourtant adoré aller faire une pub pour du saké au Japon en mode Bill Murray dans Lost in Translation. Mais je suis trop jeune pour ça moi, je crois.

 

 

Le Japon pourrait être le lieu d’inspiration de votre prochain album ?

Quarles : Non, moi j’ai plus envie d’aller là-bas pour des vacances, pour le fun. Il y avait déjà une thématique un peu japonisante sur le premier album. Il nous faut aller ailleurs - peut-être en Patagonie avec Florent Pagny ?

 

Tu préfères aller une semaine en Patagonie avec Florent Pagny ou deux semaines au Cap Ferret avec Pascal Obispo ?

Amélie : Pagny a l’air sympa, on dirait un mec cool qui va bien t’accueillir dans sa maison et te nourrir de plein d’empanadas. Sinon, Quarles te répondra direct Obispo vu qu’il vient d’Arcachon. On dirait un peu un article Vice, «J’ai passé une semaine en Patagonie avec Florent Pagny» !

 

Quel serait le film que vous auriez rêvé d’illustrer musicalement ?

Amélie : C’est un peu bateau mais je dirais un film de Wes Anderson. La vie aquatique, probablement. Ou un film avec Pierre Richard, je l’adore !

Quarles : Un film de Wes Anderson avec Pierre Richard et Wes Anderson.

 

 

Qui sont vos références majeures ?

Amélie : Daft Punk ! L'un des premiers CD que j’ai achetés, c’est Homework de Daft Punk, je l’écoutais en boucle. Mais aussi parce que mon frère écoutait beaucoup de techno à la maison, à fond. J’en ai donc beaucoup écouté malgré moi, et ça finit par t’influencer.

 

A propos de petite sœur qui écoute de la techno grâce à son frère, tu as vu Eden ? Tu as aimé ?

Amélie : Oui, je l’ai vu. Et je te répondrai que la B.O. est mortelle !

 

Si vous deviez partir vivre sur Jupiter, quel disque prendriez-vous chacun ?

Quarles : Je vais choisir un album que j’ai écouté et ré-écouté, comme ça, je sais que je n’aurai pas de souci à l’écouter davantage : c’est le premier album du Wu-Tang Clan, 36 Chambers. C’est une valeur sûre.

Amélie : Je prendrais un disque que je ne connais pas du tout. De la musique concrète ou un truc du genre, comme ça je sais que je ne comprendrai rien - et ça me prendra des années pour essayer de déchiffrer quelque chose. 

 

++ La page Facebook et le compte Soundcloud de Jupiter.
++ Leur nouvel album, Bandana Republic, est disponible ici, et leur discographie est disponible en écoute intégrale sur Deezer.

 

 

Sarah Dahan // Crédit photos : Charlotte Studio.