Vous chantez techno toujours pareil ; pourtant, vous faites de la techno, et j’ai entendu dire que vous étiez au teknival du 1er mai.

Louis : On adore la techno en fait, c’est pour ça qu’on était au teknival. Techno toujours pareil, c’est une chanson un peu spéciale : ça vient du père de James qui disait que «la techno, c’est toujours boum-boum dans les oreilles». On a repris ça, on l’a répété et ça va à l’inverse de ce qu’il dit en fait.

Martin : Y’a plein de choses qui se passent dans cette musique, elle évolue beaucoup, donc c’est pas toujours pareil finalement. Puis c’est bien que ce soit boum-boum dans les oreilles aussi ; ça part de clichés ce texte, avec lesquels on n'est pas forcément d’accord non plus. Perso, je me sens pas hyper défonce-man, pourtant j’adore la techno et j’en fais.

Louis : C’est un peu un texte qu’on a choisi sans choisir. On a aimé bien crier ça, alors on en a fait une chanson.

 

 

Vous êtes désormais signés sur une major, Barclay, alors que la plupart des gens vous considèrent comme des comiques plus que des musiciens.

Louis : Oui, mais ça va pas changer grand chose d’être sur un label, on aura peut-être plus de crédibilité... Je sais pas. Pour certaines personnes, ça veut dire que ça va changer pas mal.

Martin : Au niveau des journalistes, ils commencent à capter qu’on n'est pas vraiment des clowns. On est comiques pour s’amuser.

Louis : Mais les festivals qui refusent de te faire jouer parce que t’as aucune sortie commerciale, ça existe. Donc ça nous ouvre des portes d’être signés, on va pouvoir faire plus de concerts. Après, notre but, c’est pas de toucher le maximum de gens, moi je m’en fous.

Martin : Ça ne me dérange pas.

Louis : Ceux qui ont envie de nous écouter peuvent nous écouter. On est super mal à l’aise dans les promos, on sait pas faire. On est nuls en interview par exemple. En fait, ça dépend vachement de celui qui pose les questions ; on tombe souvent sur «comment vous vous êtes rencontrés», donc on dit qu’on s’est rencontrés à l’école. On va pas inventer un truc, on dit toujours la même chose.

Vadim : On fait pas toujours des trucs joyeux et drôles aussi, on aime bien faire des trucs tristes parfois. Dans la musique, on peut faire des accords mineurs.

Martin : Tu peux faire des accords sombres et dire des trucs joyeux, aussi.

Vadim : Techno toujours pareil, c’est super triste alors que les paroles à la base nous faisaient trop rire.

 

 

Vous êtes des hipsters, au fond de vous, pas vrai ?

Martin : Oh, on s’en fout. On aime pas trop mettre les gens dans des cases. Après, la culture hipster, ça part tellement dans tous les sens : y’en a qui vont te dire que c’est de la bière pas chère, d’autres que c’est avoir des lunettes dernier cri, d’autres encore qui diront que c’est avoir des jeans troués... C’est compliqué.

Vadim : C’est qu’une histoire de tendance : y’a des groupes qui sont à la mode, d’autres qui ne le sont plus. Le groupe que t’écoutais l’été dernier, tu l’écouteras pas cette année.

Louis : Mettre une étiquette sur un groupe de personnes, c’est essayer de comprendre ce qui est en train de se passer dans la tête des gens. Donc en un mot, c’est hyper pauvre ; ça m’a l’air beaucoup plus complexe que ça en réalité. Personne ne se revendique hipster, donc c’est compliqué de parler en leur nom : est-ce que hipster, ça veut dire ne pas se ressentir hipster ?

Martin : Sont hipster tous ceux qui ne le sont pas.

Louis : Ouais, ma grand-mère elle est hipster. C’est assez flou, moi je préfère quand tout est clair dans la tête des gens.

Martin : Je crois que les étiquettes, c’est une manière de clarifier qui est complètement foirée en fait.

Louis : On n'est pas très revendicatifs de toutes façons...

Martin : On revendique des choses, mais ça passe plus par les actions. Par exemple, qu’on peut faire plein de choses dans la vie, et qu’on peut trouver des idées comme ça en faisant... des trucs.

Louis : On revendique surtout qu’on peut faire quelque chose sans rien. Y’a pas besoin de matériel, rien que d’avoir une idée, même si t’en fais rien après, c’est déjà énorme.

 

 

Le son sort des enceintes est un clip ultra high-tech comparé aux précédents.

Louis : Ah oui, c’est Martin, on travaille avec lui en ce moment pour faire des clips. Enfin, pas ce Martin-là, un autre. C’est celui qui a fait le clip de Interdit de jouer au foot. C’est un pote qui co-réalise avec nous et il a fait ces deux clips pour l’instant. Mais c’est pas hyper-technologique : les images en 3D, oui, mais il les a trouvées sur YouTube. Après, y’a des effets de transitions un peu complexes, oui.

Vadim : Y’a pas mal de After Effects, ouais. Il nous impressionne beaucoup.

Martin : C’est lui qui envoie le freesbie dans le clip.

Louis : C’est cool de travailler à plusieurs, avec des potes. Ça nous permet de faire les choses différemment, mais c’est vrai que ça apporte quelque chose de nouveau.

 

 

Concernant le trick global, vous en êtes où ? Vous l’avez trouvé ?

Louis : L’idée, c’est que tu puisses faire de ton existence une sorte de figure artistique. Une sorte de fleur qui s’ouvre et se fane et... voilà.

Vadim : On a remplacé figure artistique par figure comme on l’entend chez un skater.

Martin : Mais tu crois que Salut C’est Cool, c’est le trick global ? C’est hyper méta ! Mais c’est vrai que c’est un bon trick, quand même.

Vadim : On cherche un peu à le faire. La musique ça en fait partie, ouais... Enfin, c’est pas vraiment ça qu’on voulait dire.

Louis : Ouais, c’est aussi faire des choses magiques gratuitement : tenir un truc en équilibre par exemple, c’est fragile, ça tient et ça relève de la magie.

Vadim : Faire de la musique, c’est un truc de besogneux ; tu passes des heures à composer un truc, et après tu l’écoutes quand tu veux. Jouer un sac plastique dans la rue, c’est une poésie qui est là mais qui s’efface tout de suite.

Martin : Tu peux aussi passer des heures à mettre en place un trick, ça peut être très laborieux. Genre construire une tour.

Louis : Mais c’est le geste de construire une tour, c’est pas la tour en elle-même en fait. Enfin...

Vadim : Ouais...

Martin : Ça dépend.

 

La conversation s’éteint un peu après cette note de perplexité, et nous en venons par une longue association d’idées à discuter de fromage et de Daniel Balavoine.

 

 

Louis : Balavoine... Chanteur. Chanteur de chez Barclay. On aime beaucoup, on a même fait un biopic.

Vadim : Ça s’appelle La vie est une course de fous.

Louis : On l’a fait parce que personne n’en a jamais fait. Après, on a voulu faire un biopic d’une personne qui n'était pas encore morte, genre Gérard Depardieu.

Martin : Y’a eu des biopics sur Julian Assange. On peut en faire un sur quelqu’un qui n’existe pas encore.

Vadim : On devrait finir notre adaptation du guide Marabout des fromages, par contre. On voudrait l’adapter au cinéma, on a déjà quelques bonnes scènes.

Martin : On a filmé Charlemagne aussi, mais on l’a pas fini. On aime bien les biopics et les histoires.

Louis : Ça fait un truc à faire à côté ensemble et c’est marrant. On se filme, on joue des rôles... Comme dans Le Simulateur de pêche. Celui-là on l’a tourné parce qu’on s’est rendus compte qu’on n'avait pas de clips avec une histoire. Mais y’a pas de rapport avec Les trois petits cochons.

 

 

Martin : Le déroulement de l’histoire fait qu’on peut trouver un lien en tirant un peu par les cheveux.

Vadim : C’est la quête d’un objet, le simulateur de pêche. C’est la quête de la technologie en fait, et c’est le cochon avec la meilleure maison qui réussit à sauver tout le monde.

Martin : C’est la quête d’un objet que tu manges, le loup cherche à manger les cochons...

Louis : Tu veux dire que la pierre, c’est technologique ?

Vadim : Je sais pas, sûrement.

Louis : Ah, en truc annexe, on va faire une expo en octobre. C’est un ami des Beaux-Arts qui nous a demandé de participer.

Vadim : On va hisser un drapeau sur la Maison des Arts de Malakoff. On a un ami, Pablo Cavero, qui invite quelqu'un toutes les semaines à hisser un drapeau là-bas.

Louis : C'est le boss de Malakoff. C’est super intéressant comme concept. Le drapeau reste toute la semaine et intrigue les passants. Ça, c’est cet été, mais l’expo en octobre : ce sera nous quatre au 8 à Strasbourg-St. Denis. Ça va nous changer les idées ; en ce moment, on fait des concerts le week-end et on se balade en semaine.

Martin : On a fini l’école.

Louis : Ouais, pas tout à fait. Je me suis fait convié à sortir.

Martin : Remercié !

Louis : Les Arts-Déco aiment pas la musique...

 

Verdict :

Salut C’est Cool ne sont ni des comiques, ni des hipsters, ni des geeks, ni entièrement des beaufs, ni les prochains Luc Besson.

Salut C’est Cool sont simplement des étudiants en Art avec des synthés Casio et une carte V.I.P. chez KiloShop.

 

++ Le site officiel et la page Facebook de Salut C'est Cool.

++ Leur album Sur le thème des grandes découvertes est disponible ici.

 

 

Tibo Vincent-Ducimetière.