Dans mon ipod, tu te situes entre les Klaxons et Late of The Pier qui, chacun à leur manière, ont un peu pillé la musique du début des années 90. Dans un genre plus subtil, tu t'inspires des années 80, qu'est-ce qui t'intéresse musicalement dans ces différentes périodes ?
La Roux : Je n'ai pas vraiment été influencée par la dance et la house des années 90. En revanche c'est sûr que les productions des années 80 sont fondamentales et qu'il y a une sorte de revival depuis quelques mois. Musicalement, beaucoup de choses sont devenues acceptables alors qu'elles ne l'étaient pas forcément même pour ceux qui ont vécu cette époque. Je ne sais pas précisément ce qui me plaît là dedans. Il y a un sentiment général de fun qui se dégage de ces années. Et puis on savait vraiment faire de bonnes chansons pop alors qu'aujourd'hui tout se concentre dans les milieux underground. Aujourd'hui, les Klaxons, M.I.A ou Hot Chip ne seront jamais au top 10.

En même temps beaucoup de groupes cherchent à conserver ce statut "indé", c'est une stratégie. Toi même, tu es en partie liée à Kitsuné.
La Roux : Oui, Kitsuné est un label indépendant mais c'était surtout un bon point de départ. Je n'aime pas ces artistes qui débutent sur des majors et qui se trouvent propulsés immédiatement au top. Quicksand, distribué par Kitsuné, n'est même pas dans le top 100 mais je trouve ça bien que les gens puissent voir une évolution. On peut évidemment être sur un label indépendant et toucher un large public. C'est ce qui est arrivé à M.I.A grâce à Paper Planes qui s'est retrouvé sur la B.O de Slumdog Millionaire ou à Snow Patrol dont la musique sert de générique à Greys Anatomy, mais ce sont des cas isolés.D'autres, comme Late of The Pier refusent complètement d'endosser le rôle de pop stars. Personnellement, je voudrais tirer la musique qu'on trouve dans ces milieux un peu clos vers un public plus large, dans des sphères réservées en principe aux productions commerciales.

Qu'est-ce qui permet de faire le lien entre ces deux univers ? Il y a une vraie opposition idéologique...
La Roux : Je crois que le song-writing est essentiel. C'est plutôt simple de faire de la dance, de coller deux trois paroles sur une musique dansante. Je ne dis pas que c'est évident mais c'est plus simple que de prendre un morceau cool et de le rendre plus facile d'accès, sans trahir ce qui faisait son originalité.

Tu penses que c'est plus facile quand on a une identité artistique très affirmée, un peu comme toi ?
La Roux : Ça sert énormément dans la pop et plus généralement dans les sphères un peu mainstream. Toutes mes pop stars favorites avaient créé une espèce de personnage, David Bowie, Prince... C'est un trait essentiel des pop stars. Il ne s'agit pas seulement de chercher un style, ça c'est juste du marketing, mais de personnifier un caractère. Pour en revenir à l'écriture, j'ai souvent discuté avec des artistes comme les Klaxons. On partage les mêmes goûts pour les choses un peu pointues mais dès qu'il s'agit de productions un peu grand public il y a une sorte de méfiance. Tout est une histoire de refrain et de structure selon moi. Tu peux avoir n'importe quelle référence, si tu places les bons mots sur la bonne mélodie, c'est toujours efficace.



En gros, tu refuses de t'astreindre à jouer pour un petit groupe d'happy few.
La Roux : Ouais, mais les gens ne comprennent pas qu'il n'y a rien de mal à ça. Je ne me vois pas rester toute ma vie dans un mouvement underground. C'est pour ça que j'ai signé chez Polydor qui avec Universal est le plus gros label au monde. J'ai fait un single avec Kitsuné mais je ne me suis pas engagée avec eux. Mais je n'aurais pas signé sur une major si je n'avais pas des rêves trop grands par rapport à ce qu'il m'est possible de réaliser avec Kitsuné. Je ne parle pas de la gloire mais d'un besoin d'atteindre toujours plus de personnes. Dans l'absolu, j'aimerais toucher à la fois les deux cents ou trois cents personnes branchées qui font les modes et  les anglais moyens qui ne font qu'écouter la radio.

T'as pensé à te présenter à Pop Idol ? Avec ta voix ça aurait sans doute marché, tu aurais pu t'adresser à beaucoup de monde.
La Roux : J'aurais pu oui mais je ne suis pas intéressée ! Quand je dis "atteindre" les gens, je ne parle pas de célébrité, ça je m'en fiche à vrai dire. Dans mon esprit, encore une fois, il s'agit plutôt d'amener à des personnes une musique qu'ils n'auraient jamais eu l'occasion d'entendre parce que réservée à priori à une minorité. Je n'irais pas à Pop Idol, même pour tout l'argent du monde, je trouve ça dégoûtant. C'est une grosse machine à faire de l'argent, une sorte de concours de karaoké totalement mythifié. Ce genre de show repose uniquement sur la prestation, sur la voix, ça ne prend pas du tout en compte les capacités d'écriture ou de penser la musique. Ma grand-mère peut chanter, ma mère peut chanter, ça ne fait pas d'elles des pop stars.

On parlait tout à l'heure du personnage que tu as créé, tu te vis un peu comme une femme fatale ?
La Roux : Peut-être oui... Il y a un aspect très dramatique sur mon album, quelque chose d'assez maussade.

On pensait davantage à cette aura très glamour qu'on retrouve dans tes clips. As-tu conscience de ton potentiel érotique ?
La Roux : J'essaye d'envoyer un message aux filles, leur montrer que pour être cool on n'a pas besoin d'être complètement creux. Beaucoup de filles ont du mal à comprendre par exemple qu'être sexy n'implique pas nécessairement des talons hauts, une jupe et un string... Plein de mecs ne me trouvent pas attirante, mais on s'en fout, on ne peut jamais contenter tout le monde.

Ce n'est pas un peu risqué de mettre l'accent sur ta rousseur, pour nous c'est surtout un thème récurent dans nos blagues.
La Roux : Je crois que je dois avoir une obsession pour les choses un peu risquées. Mais je me suis aperçue que plein de sujets sont un peu tabous ou risqués. Quand tu es môme, être petit et roux c'est une vraie malédiction, la pire chose qui puisse t'arriver. En plus j'étais grosse donc ça n'aidait pas.
Un jour je suis allée dans un magasin pour acheter des affaires de sport et le vendeur en me voyant a dit "oh ! on n'a pas l'habitude d'avoir des petits garçons dans ce rayon". Pendant mes années lycée je suis devenue beaucoup plus girly, mais ce n'était pas vraiment moi, je voulais surtout fuir ce que j'avais subi pendant ma jeunesse. Je suis revenue depuis à un look de garçonnet et j'assume ma couleur de cheveux. Finalement ça me plaît d'être différente. La Roux ne serait rien sans ses cheveux.

D'ailleurs, on a dû te le demander mille fois déjà mais pourquoi La Roux et pas La Rousse ?
La Roux : C'est une erreur mais c'est plutôt drôle de voir que ça me correspond mieux finalement... Ça colle parfaitement à ce côté androgyne que j'ai toujours eu. Quand je m'en suis rendu compte j'étais encore plus heureuse de ce pseudo.

Dans un épisode de South Park, les personnages cherchent des noms de roux célèbres, ce qui se révèle assez compliqué. Tu pourrais nous en citer ?
La Roux : Il y a Mick Hucknall, le mec de Simply Red... je le déteste d'ailleurs. Sinon il paraît que Marylin Monroe était rousse... Il y avait aussi une rousse dans les Spice Girls mais je ne sais pas si c'était la vraie couleur de Gerri Halliwell. Un truc me dit qu'ils l'avaient teinte pour jouer la rousse mais qu'elle est châtain clair en vrai.



Ton vrai patronyme est Elly Jackson. On a cherché à trouver ton vrai père. Est-ce :
- Mickael Jackson
- Samuel L. Jackson
- Peter Jackson
- Curtis "50 cent" Jackson
La Roux : Mon vrai père est Samuel L. Jackson, il m'a adoptée. En fait je suis albinos, j'ai essayé de le cacher mais vous m'avez percée à jour, je suis rousse et albinos.

Quand tu faisais ta promo avec Kitsuné, étais-tu obligée de porter leurs vêtements ?
La Roux : J'ai dû mettre un de leurs t-shirts lors d'un shooting pour Jalouse. Je le portais sous un autre truc, on ne pouvait vraiment pas savoir que ça venait de chez Kitsuné mais je suis sûre qu'ils l'ont mis en lettres capitales en légende.

On a quelques questions autour des années 80 :

Quel est ton film préféré des années 80 ?
La Roux : Weird Science (dont est tiré la série Code Lisa, ndlr). Ce sont deux étudiants complètement nerds qui créent une fille canon, même un chien la trouverait bonne. En fait c'est une version bizarre de Frankenstein complètement noyée dans les codes des années 80. Ce n'est pas un grand film mais j'aime bien les films potaches.

Quelle chanson des années 80 as-tu honte d'aimer ?
La Roux : Il n'y a aucune chanson des années 80 que j'aime et qui me fasse honte. Il y a True par Spandau Ballet qui est un peu gênante et une chanson tirée de Chicago qui est vraiment nulle mais que j'aime bien.

T'es prête à relancer la mode des épaulettes ?
La Roux : Oui, je ne sais pas où elles sont passées mais oui, je suis prête.

Quelle mode des années 80 ne devrait jamais revenir ?
La Roux : Je déteste les jambières, le truc que porte Jennifer Beals dans Flashdance ces espèces de chaussettes qui n'en sont pas vraiment, c'est horrible. Il y aussi les bandeaux et les visières, c'est vraiment moche, ils peuvent aller se faire foutre.

Il y a un groupe français qui en porte en concert, ils se déguisent en tennismen.
La Roux : Ah voilà, je les déteste déjà.

 

 

Clip de Quicksand: ici.

 

 

Par Elise & Jean-Benoit // Photos: DR.