Tu as donc commencé en tant que DJ et il paraît même que tu as été champion d'Ecosse ?
Hudson Mohawke : Oui, tout vient de mon cousin, plus âgé que moi. Il réalisait des mixtapes. Principalement de la jungle, des sons ravy… Et sur ces tapes, tu entendais des DJs scratcher. Ça me fascinait. J'ai tout de suite eu envie de toucher des platines. J'ai dû avoir ma première paire de Technics à dix/onze ans. Après, j'étais vraiment à fond dedans. Tout ce qui est turntablism… Je suis rentré dans le circuit des compétitions de DJs. Tous les jours, après les cours, je m'entraînais… J'ai fini par être champion d'Ecosse. Je crois qu'on avait tous plus ou moins les mêmes “skills”, mais moi j'avais ce côté plus “bizarre”.

Tu es affilié au collectif LuckyMe, tu peux nous en dire plus ?
Hudson Mohawke : A l'origine, c'était un club à Glasgow. La programmation mélangeait electro, hip hop… Régulièrement, des MC's venaient prendre le micro. Tout les membres du crew venaient de l'Art School à Glasgow. Quand l'un des DJs a dû arrêter pour se lancer dans sa carrière d'architecte, j'ai pris le relais. Je jouais principalement du hip hop. Des beats. Des faces B. Pour les MC's mais pas seulement. Par la suite, on s'est petit à petit mis à faire du son ensemble…

Et c'est là qu'intervient la Playstation...
Hudson Mohawke : C'est vrai. J'ai débuté en faisant des beats sur ma console. En utilisant le programme “Music”. Ça s'apparente à un séquenceur Atari. Simple et basique. Puis est arrivée l'édition "Music 2000" qui te permettrait de sampler. Tout a commencé comme ça.

On te compare souvent à J-Dilla, sans doute pour tes rythmiques que lui samplaient “live”. Tu es batteur de formation, n'est-ce pas ?
Hudson Mohawke : C'est beaucoup dire. Je n'ai jamais été un grand batteur. J'ai étudié la batterie à l'école. Je devais avoir quatorze/quinze ans. J'ai tout de même suivi ce cursus pendant plus de quatre ans. Mais je n'aimais pas le style rigide qu'on m'imposait.

Warp a sorti l'an dernier le premier album du californien Flying Lotus auquel on a envie de t'associer, es-tu en connexion avec lui et son collectif Brainfeeder ?
Hudson Mohawke : FlyLo, je l'ai rencontré pour la première fois il y a un peu plus de deux ans pour un show à Amsterdam. Je connaissais déjà son travail. Mais j'essaie de ne pas trop écouter ce qui se fait. Mais c'est intéressant ce qui se passe. Eux en Californie, nous à Glasgow… Chez nous, il y a une vraie scène de beatmakers. Dans une vibe “break hip hop”. Mais, si tu veux savoir les artistes dont j'appréciais le travail et que j'apprécie toujours d'ailleurs... il y avait notamment Mweslee, un producteur espagnol, super talentueux. Jneiro Jarrel, encore un californien… Je suis fan. Dr Who Dat?, c'est lui aussi.


Venons-en à Warp, comment s'est faite la connexion ?
Hudson Mohawke : J'ai signé officiellement en 2008. Mais, il ne s'est pas passé grand-chose pendant preque un an. A cette période, j'ai pas mal réfléchi et je t'avoue que j'étais un peu désemparé par cette situation. J'avais seulement vingt et un ans. J'ai toujours fait de la musique. Mais jamais beaucoup de concerts. Et je n'avais jamais pensé sortir un disque sur un label aussi prestigieux. J'écoutais des artistes Warp quand j'étais un kid. C'était incroyable et, à la fois, étrange pour moi. J'ai mis du temps à digérer tout ça. Après avoir signé ce deal, tout ce que je produisais ne me semblait pas assez bon, pas à la hauteur de Warp.

Si Polyfolk Dance, ton premier maxi sur Warp, s'apparentait plus à une collection de beats, tu annonces des productions plus diverses et abouties sur cet album...
Hudson Mohawke : L'idée était de réunir sur ce projet tous les éléments que j'apprécie dans la musique en général. On retrouve des pop songs, des échantillons de beats que j'ai essayés d'amener à un autre niveau. Je pense aussi à des influences comme le jazz progressif, le jazz fusion… Des styles qui ne sonnent pas cool comme ça, mais c'est de là que je pioche pas mal d'inspiration. Et bien sûr du hip hop, des trucs plus dancefloor. C'est comme un grand mixer. A noter des collaborations avec Olivier DaySoul, un super chanteur. DamFunk, de Stones Throw, vient chanter aussi. Nasroic, une MC de Glasgow avec qui j'ai déjà fait un album.

Tu nous parles de “pop songs”. Ta musique est aujourd'hui plébiscitée par les initiés. As-tu envie de toucher un plus grand public ?
Hudson Mohawke : L'envie de composer des “pop songs”, c'est que j'aime ça tout simplement. Je ne sais pas si on peut dire que c'est plus “mainstream” du coup. Tu sais, aujourd'hui, cette barrière entre ce qu'on appelle “mainstream” et “underground” est de plus en plus floue. Les productions de Beyonce ou Britneys Spears sont parfois plus recherchées que celles de beatmakers de l'underground. Dans le futur proche, j'espère avoir l'occasion, moi aussi, de collaborer avec des artistes de renom.

Ce serait quoi ton featuring rêvé ?
Hudson Mohawke : J'ai toujours eu en tête, et j'ai essayé d'ailleurs pour cet album, de faire une collaboration avec Alexander O'Neal. Je ne sais pas si tu vois qui c'est. Un chanteur US de R'n'B, produit par Jam & Lewis, qui a eu un vrai succès vers la fin des 80's, début des 90's. Depuis, je crois que sa carrière s'est un peu crashée. Impossible de rencontrer en contact avec lui. Tant pis. Autrement, il y a plein de MC's américains que j'adore : Freeway, Jadakiss…

Tu écoutes toujours du hip hop ? Je veux dire des sorties actuelles ?
Hudson Mohawke : Je ne suis plus autant au fait de ce qui se fait en ce moment. Je me tiens au courant, mais sans plus.

Tu dois tout de même être attentif à ce que proposent les producteurs de renom comme Timbaland, Just Blaze …
Hudson Mohawke : Ouais. Ils font toujours des beats lourds. Mais je pense qu'aujourd'hui, ils ont besoin d'une touche d'originalité, de futurisme. Just Blaze est toujours au top. Timbaland assure mais il n'est pas aussi dingue qu'à une certaine époque. No I.D. fait des trucs super intéressants… Mais j'avoue qu'en général, toute la scène se copie et se répète. Alors que dans les années 90, il y avait plein de délires différents. C'est ce qui faisait avancer les choses.

Et des producteurs comme Diplo, Switch...
Hudson Mohawke : J'apprécie ce qu'ils font. Même si je n'ai pas été conquis par le projet Major Lazer. Ce que j'aime chez eux, c'est qu'ils travaillent autant avec des artistes underground que d'autres plus établis, plus “commerciaux”. On en revient à ce que je te disais tout à l'heure. C'est ce qui me plaît et c'est vraiment ce dont j'ai envie pour la suite : jouer sur les 2 tableaux. Et j'ose croire que ma musique a le potentiel pour.

Dernier mot, pourquoi Butter ?
Hudson Mohawke : C'était une expression hip hop dans les 90's. Quand un truc était cool, on disait que c'était “butta”. Donc, c'était en quelque sorte pour faire référence à ce background hip hop. Et puis, le beurre a cet aspect bloc. Uniforme. Mais en fait, assez maléable, qui peut prendre plusieurs formes…


++ myspace.com/hudsonmo
++ Hudson Mohawke - Guide de Glasgow
++ L'histoire du label Warp


Par ToNYoX // Photos: DR.