" Qu’ils soient mariés ou non, qu’ils se connaissent depuis 6 mois ou 20 ans, ils s’aiment et pensent tout savoir l’un de l’autre. Mais se connaissent-ils vraiment ? Spontanéité, complicité et 5 bonnes réponses suffisent pour en avoir le cœur net et remporter un voyage d’une semaine - all inclusive - à Djerba."


Vous vous êtes rencontrés sur les bancs du lycée, où vous avez tenté de monter ensemble un journal révolutionnaire avant que ne commence l’histoire Papooz, alors :
Ulysse, qu’est ce que s’est dit Armand la première fois qu’il t’a vu ? 
Ulysse : J’avais les cheveux très longs à l’époque, je mettais des marcels et des colliers, donc il a dû se dire “putain, mais c’est qui ce grand mec complètement psyché tiré des sixties”...
Armand : … je me suis dit c’est qui ce dude, ouais ! Et puis je le connaissais de loin , il avait une petite réputation à Paris.

Armand, quelle est la première fois qu’Ulysse a songé à l’idée d’un duo avec toi ?
Armand : Alors attends, attends parce que moi qui suis dyslexique, c’est vachement compliqué de comprendre qui répond à quoi . (je rappelle le concept de l’interview à Armand, pendant qu’Ulysse - visiblement grand hyperactif - échange ses lunettes de soleil contre les miennes, ndlr). Ok, hé bien c’était nous deux en fait - ouais, on s’est regardés et on s’est dit “viens, on fait un groupe”. (Rires)
Ulysse : Non, non, ça ne s’est pas fait comme ça !
Armand : (Rires) Ouais, non ça ne s’est pas fait comme ça, en vrai c’est grâce à notre premier concert. L'histoire, c’est que notre première manageuse s’appelait Alegria, elle bossait chez Balenciaga et son mec de l’époque était un Anglais de Manchester qui nous avait organisé une audition dans une ancienne synagogue transformée en bar : le Pompon (fermé depuis, ndlr). On a donc passé une audition dans la cave du Pompon en pleine aprèm' devant le patron, Charaf Tajer, une espèce de gros branché avec des dents en or et très flippant. Cette audition, c’était finalement notre premier vrai concert ensemble. Le mec a aimé, il nous a booké une résidence de 3 shows sur un mois, et là c’était parti… et c’était très mauvais aussi !
Ulysse : Armand avait déjà un groupe, très mauvais d’ailleurs, et moi je n’avais jamais joué nulle part si ce n’est dans ma chambre. Et puis l’histoire aussi, c’est que moi, je prenais beaucoup de drogues psychédéliques à l’époque…
Armand : (Rires)... C’est la réputation dont je te parlais !
Ulysse : Et un jour, je file un LSD à Armand. On a tellement trippé en traversant Paris de long en large que trois jours après, Armand a quitté son groupe et on est partis chez ma copine de l’époque écrire des chansons.

Elle est donc là, la fameuse histoire de la chanson écrite sous l’arbre ?
Armand : (Rires) Ouais, mais l’histoire de l’arbre, c’est un peu pété !
Ulysse : La vraie histoire, c’est sous LSD, devant le théâtre de l’Odéon à tripper en jammant avec une guitare et des chats, à essayer d’attirer des touristes italiennes en leur chantant une ritournelle près de Montmartre (Ulysse fredonne ledit morceau, ndlr), ritournelle qui est en fait devenue, sans trop savoir pourquoi, notre premier véritable morceau en tant que Papooz.

Et les Italiennes, elles sont venues ?
Ulysse : (Rires) Elles se sont barrées, oui ! Mais nous, on a chanté cette ritournelle tout l’été à nos potes, notamment à Cyril Eldin qui la chantait avec nous sur la plage ivre mort. Voilà, ça c’est marrant, c’est vrai et c’est comme ça qu’on a commencé le groupe.

Papooz1

Quand on écoute du Papooz, on retrouve de la bossa nova, de la pop anglaise et du sobrement auto-proclamé “tropical garage”, alors :

Ulysse, pourrais-tu me citer les 3 genres musicaux favoris d’Armand ?
Ulysse : Ouais, bien sûr. Celui qu’il chérit le plus, je dirais que c’est l’anti-folk, avec des mecs comme Daniel Johnston qui n’ont pas une super technique musicale mais qui ont un songwriting incroyable. Ensuite la bossa nova, et en troisième le jazz. On a vraiment les mêmes goûts musicaux tous les deux, et on est aussi d’accord pour dire que le hard rock, faut surtout pas en écouter tous les jours ! (Rires)

Armand, quels sont les 3 artistes / groupes qui ont influencé Ulysse ?
Armand : Putain, il y en plein…. Bon, Paul McCartney en top 1. Un autre mec qu’il adore - même si il ne l’écoute plus trop maintenant - c’est Django Reinhardt. Ah, non ! Si je peux en remplacer un, je dirais plutôt Sol Hoopii en deuxième. C’est clairement le deuxième plus grand guitariste de l’histoire de la guitare hawaïenne. Et enfin le troisième, plus dans les artistes du moment, je dirais Vulfpeck.

Vous êtes tous les deux à la fois auteurs, compositeurs et interprètes, alors :

Ulysse, selon toi, Armand préfère jouer, chanter ou composer ?
Ulysse : Il aime les trois.
Armand : Je fais tout en même temps en fait, je chante, je joue d’un instrument…
Ulysse : Elle m’a posé la question à moi là, et c’est toi qui réponds, je trouve ça assez déplacé !

Il a du mal à lâcher, hein ?
Ulysse : (Rires) T'as vu ! Mange ta glace Armand, fais-toi kiffer un peu, là. Non, à vrai dire on aime les trois, vraiment. Après, il y a un truc qu’on adore faire maintenant, c’est chanter sans guitare.

C’est dommage, je trouve que vous avez le chic avec vos guitares sur scène !
Ulysse : (Rires) Ouais, mais c’est cool sans aussi ; tu vois, en live sur le morceau Toria’s Song, Armand lâche la guitare et ça lui va super bien ! On aimerait juste chanter en fait, comme des crooners, comme Frank Sinatra, comme Dean Martin (pris dans son envolée lyrique, Ulysse se lève et mime un crooner au beau milieu de la rue Saintonge, ndlr), et tu embarques ton public avec toi, micro à la main… bref, ce serait super qu’on puisse faire ça (il reprend sa place, fin du show, ndlr).

Armand, est-ce qu’Ulysse pense qu’il porte la culotte dans le groupe parce qu’il a la voix la plus grave  ?
Armand : Non, c’est un truc tellement hétérosexué bas de gamme de penser ça.
Ulysse : On est un couple très libre, tu sais...
Armand : … Ouais, on couche avec d’autres.

C’est l’auteur-compositrice-interprète et actrice Soko qui a ajouté à son panel de compétences celle de réalisatrice en vous offrant le clip Ann wants to dance, alors :

Armand, est-ce que tu penses qu’Ulysse aimerait un jour lui aussi faire l’acteur ?
Armand : Clairement !
Ulysse : J’avoue, ça me dirait bien - et tu tombes bien parce qu’on en parlait pas plus tard qu’hier soir, c’est marrant. J’ai joué des petits rôles de musiciens dans des petits films pour tout te dire, mais je pense que je ne pourrais pas du tout être un bon acteur.
Armand : Si, mais il lui faudrait un truc à la française, genre Jean-Pierre Léaud. 

Ulysse, penses-tu qu’Armand aimerait un jour réaliser l'un de vos clips ?
Ulysse : Clairement, et puis tu l’as bien senti : Armand adore les films, il a une vraie culture ciné, donc oui, il aimerait beaucoup. Et puis tu sais, là, on va réaliser le clip de notre titre Chubby Baby, et pour Ann Wants To Dance - même si c’est bien évidemment Soko qui l’a réalisé  - c’est nous qui avons eu l’idée de choisir Sasha (Sasha Melnychuket, mannequin et actrice principale du clip, ndlr), donc on a en quelque sorte co-réalisé le clip.
Armand : On est des concepteurs-rédacteurs quoi, on est des penseurs ! (Rires)

Vous avez présenté Green Juice, votre premier album, devant une salle comble le 18 mai dernier à la Maroquinerie, pour un concert tout en bonne camaraderie, en  bière et en sueur, alors :

Ulysse, quel est le meilleur souvenir de scène d’Armand ?

Armand : Non, mais le pire souvenir s’est transformé en meilleur souvenir, souviens-toi Ulysse...
Ulysse : Oh, Romainville ! (Rires) Ouais, alors en gros, c’était au tout-début de Papooz, on était prêts à faire n’importe quoi pour pouvoir jouer, et un mec que j’avais rencontré sur les quais nous a demandé de venir faire un concert dans un squat à Romainville dans le 93. On arrive dans ce squat absurde, on commence à jouer... et là, on réalise que dans le public, il y a : l’ingé-son et un gars sensiblement défoncé sous héroïne. Je me souviens même d’un de nos morceaux dans lequel je chante “sometimes I wonder, what i’m doing here ? “, et je me disais, “mais ouais, qu’est ce que je fous là ? “... 
Armand : (Rires) Et il n'y avait que l’ingé-son qui applaudissait entre chaque morceau, et qui faisait résonner un de ces “clap clap” de l’angoisse....

Tant dans vos textes que dans votre univers musical ou dans votre look à tous les deux, vous semblez comme tout droit sortis des seventies, alors :

Ulysse, selon toi, Armand aurait plutôt craqué pour Nico, Debbie Harry ou tout le groupe ABBA?

Armand : (Rires) Mais tout le groupe ABBA !
Ulysse : Clairement, il aurait partouzé sans gêne avec tous les ABBA !

Armand, selon toi, est-ce par amour d’une époque révolue ou par pur confort qu’Ulysse aime porter le pantalon si haut ?
Armand : C’est pour montrer sa teub !
Ulysse : Alors non, ça c’est faux, c’est seulement en deuxième instance que j’ai remarqué cette éventuelle valorisation de mon sexe. J’aime le porter haut, oui. J’ai horreur des baggies, et ma mère - qui bosse dans la mode - m’a toujours appris à me tenir, à bien me présenter. Ma mère, je crois en elle tu sais, très fort - et tu vois, ça résonne encore aujourd’hui sur mes pantalons !

De deux à l’origine de Papooz, vous êtes passé aujourd’hui à cinq sur scène, accompagnés de votre bassiste, votre batteur et votre violoncelliste, alors :
Ulysse, est-ce que selon toi Armand regrette vos petits enregistrements cocooning à deux, rien qu’à deux ?
Ulysse : Non, pas du tout.
Armand : Ouais, non, et puis ça n’appartient pas au passé ; on maquette encore aujourd’hui des morceaux seulement à deux. C’est juste qu’on ne les dévoile plus toutes les semaines parce que notre groupe a évolué. Cela dit, j’espère qu’un jour, on les sortira tous sur vinyle.
Ulysse : Et puis c’est un kiff d’avoir un groupe, d’arranger tes morceaux en basse/batterie, vraiment.

Armand, est-ce que tu penses qu’Ulysse est capable d’imiter la mimique de votre batteur sur scène ?
Armand : Ouais ! (Ils miment à l'unisson le sourire crispé de leur batteur sur scène, ndlr).

De Louise à Simply Are en passant par Dorothy Says, on reconnaît dans vos morceaux de multiples influences, du coup :

Armand, s’il devait choisir entre un album rock, bossa ou folk, lequel emporterait Ulysse sur une île déserte ?
Armand : Bossa je crois, ça va bien avec l’île déserte. Mais c’est une sacrée orga ton histoire, sans record player sur une île déserte, c’est tendu.
Ulysse : Mais arrête, tu prends un vieux lecteur vinyle, à la fraîche !
Armand : Grave, ou un vieux gramophone avec un album de Maurice Chevalier.

Ulysse, si Jorge Ben, David Bowie et Paul McCartney étaient dans une montgolfière, duquel des trois Armand ne pourrait-il vraiment pas se délester ?
Ulysse : Franchement, Paul ! Non, parce que passer l’éternité avec David sur une montgolfière, à un moment, tu flippes. Alors que Paul il déconne, lui.
Armand : Non, David Bowie c’est une connerie. À sa mort, je me suis fait toutes ses interviews et il est extrêmement drôle comme mec. Donc je garde les deux et je vire Jorge, il va trop me casser les oreilles au bout d’un moment (il se met à chanter “ oh Jobi, oh Joba”, ndlr).

Vous avez signé chez Sony, sorti un LP au Japon et foulé la scène de la Villa Schweppes pendant le festival de Cannes l’année dernière, alors maintenant que vous êtes dans le showbiz :

Armand, quel est le plus gros passe-droit qu’ait connu Ulysse depuis Papooz ?
Armand : J’ai envie de te dire les filles, même s’il en côtoyait déjà pas mal avant ! Mais dans l’idée, il a une facilité d'accroche quand même grâce à Papooz.
Ulysse : Oh, après il faut être bon derrière aussi, attention.
Armand : Ah oui - et aussi, on a gagné un capital sympathie dans les boutiques de guitares à Pigalle, et ça c’est vraiment cool.
Ulysse : Et les clubs aussi, évidemment. Maintenant, on nous serre les mains et on entre sans problème, le coup classique ! (Rires)

Ulysse, quel est le plus gros caprice de reusta qu’ait fait Armand depuis vos débuts ?
Ulysse : Alors oui, Mônsieur veut toujours faire venir sa meuf sur nos dates.
Armand : C’est pas vrai, je le fais pas souvent, c’est clairement pas un caprice !

On sent que tu n’es pas à l’aise quand même, ça sent le caprice…
Ulysse : (Rires) Tellement, on sent que tu n’es pas à l’aise Armaaaaand ! Attends, au Japon, il a carrément voulu faire venir sa meuf avec nous !
Armand : Ok, ça c’était un caprice. (Rires) Mais finalement, j’ai payé moi-même son billet, donc c’est pas non plus un truc de reusta, hein.

Que ce soit sur scène en tant que duo ou dans la vie comme deux potes, vous passez semble-t-il énormément de temps ensemble, alors :

Ulysse, quelle est la station de radio favorite d’Armand ?
Ulysse : TSF, direct.
Armand : Oui, et France Inter aussi quand je suis sous la douche.

Armand, quel est l’animal de la savane préféré d’Ulysse  ?
Armand : Il déteste les animaux, il est complètement flippé même par un chien.

Armand, est-ce qu’Ulysse dort en grenouillère ou en slip  ?
Ulysse : À poil, comme un héros !

Ulysse, quel est le film culte d’Armand ?
Ulysse : Impossible à dire, il regarde un film par jour depuis qu’il a dix ans.
Armand : Ouais - après, celui que je suis en train de re-regarder en ce moment, c’est Phantom Of The Paradise. J’adore Brian De Palma.

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Un peu plus d’un an après votre premier EP, vous vous apprêtez enfin à délivrer aujourd’hui votre premier album, alors :

Armand, qu’est-ce que pense Ulysse de ce premier album ?
Armand : Je pense qu’il en est fier. Après, dans une certaine limite de production musicale, tu vois, on l’a fait il y a un an ; il vient seulement de le sortir, et même si on a mis toute l’énergie possible pour le faire, on peut vraiment faire encore mieux. Je pense que toutes les chansons ne sont pas toutes aussi réussies qu’elles aurait pu l’être.

Pourquoi, par manque de moyens ?
Armand : Non, pas de moyens mais d’expérience : celle de studio et celle d’arrangeur. Là, ça fait très groupe à guitares, beaucoup de patterns de batterie très classiques qui auraient pu être beaucoup plus fous, et parfois certains morceaux sont très courts. Ceci dit, franchement, je trouve que pour un truc auto-produit, on s’est pas mal défendus, même si on va apprendre à faire encore mieux.

Ulysse, je crois qu’il vient de dire ce qu’il en pensait lui, alors toi, que penses-tu de Green Juice ?
Ulysse : Je suis totalement d’accord avec lui. Pour moi, les structures des morceaux sont bien, mais en ce qui concerne  l’arrangement et la production, on aurait effectivement pu aller encore plus loin. Même sur le choix des morceaux, ça n’est pas parfait.

C’est à dire, il y en a que tu n’aurais pas mis ? Ou ajoutés ?
Ulysse : Oui, il y en a que je n’aurais pas forcément inclus, là maintenant. Après, ce qui est super, c’est qu’on l’a fait nous-mêmes : il est cool, parfait pour écouter dans son salon, et il ne ressemble pas vraiment à ce qu’on entend en France aujourd’hui. Non, moi je l’aime vraiment bien cet album, et je sais qu’Armand aussi. Pas vrai mon Armand ?

 

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++ Le premier album de Papooz, Green Juice, est disponible juste ici. Retrouvez-les en concert samedi 25 juin prochain à Evreux, lors du festival Le Rock Dans Tous Ses Etats