Cette discussion s’est déroulée à la terrasse d’un café de la Place des Vosges, dans des conditions de dissipation maximale alors que le journaliste se battait sans relâche pour focaliser l’attention des deux musiciens. Dans sa lutte, il affronte : une sixaine d’escargots, une sirène de police et un serveur qui pousse à la consommation avec sa carte de délices longue comme le bras. Parfois, les deux musiciens répondent au serveur. Et d’autres fois, ils répondent au journaliste, dans les yeux, à titre personnel, comme s’ils lui donnaient un conseil intime. Mais le reste du temps, les questions leur glissent dessus comme du beurre d'ail.
Si, dans l’interview qui suit, Sacha et Marlon reviennent sur leur album, ils parlent aussi beaucoup de bouffe. Parce qu’ils aiment ça, la bouffe. Que n’aiment-ils autant que la bouffe, putain ? La retranscription ci-bas est partielle ; en vrai, ils sont bien plus éparpillés et ils parlent ENCORE plus de bouffe. Et puisque Mystère est un disque simple, sucré, frais, dont les couches successives caressent le palais de ses différentes textures, il ne serait pas étonnant que le titre soit une référence à un dessert. Interview. À table.

Ça va depuis l’autre fois ? (Nous avions passé du temps ensemble quatre jours plus tôt, ndla)
Sacha : L’autre fois ???


Bon. Pourquoi est-on ici ? Vous habitez place des Vosges ?
Marlon : Parce que c’est joli et que c’est bon. On peut commander n’importe quoi à tout moment ; la qualité est au summum. D’ailleurs si tu veux un gâteau n’hésite pas, hein. Pardon madame, je pourrais avoir des escargots s’il vous plaît ? Six.
Sacha : Attends ! Mais on s’est pas déjà vus ?!

Mais si, Sacha. Bon, pourquoi est-ce que dans vos paroles, on retrouve autant d’adultère, de cocufication et de séparation ?
Marlon : Parce que le monde est comme ça.
Sacha : L’humain fait des trucs comme ça.

Mais vous ne trouvez pas que c’est récurrent ? De Où va le monde être cocu ce n’est pas si grave») à Le vide est ton nouveau prénom qui aborde le thème du remplacement, ça revient. Dans beaucoup d’autres titres aussi… Ou je me goure ?
Marlon : Nan, ça revient, mais à chaque fois, il y a ce côté «c’est pas grave, ne te prends pas la tête».
Sacha : Ça évolue selon tes états d’esprit, en fait. Il y a des moments où ça peut te paraître grave, et puis le temps allège les choses.
Marlon : Tu veux un truc à boire ? Monsieur s’il vous plaît !

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Non merci. Au sujet de l’adultère…
Sacha : Quand tu dis «adultère» (bruit d’alarme, comme si une voiture était volée à la table d’à côté, ndlr), le message qu’on veut donner, c’est que même si l’amour c’est triste, hé bien c’est pas la fin du monde. Voilà, oublie, passe à autre chose.

Est-ce que ce message que vous souhaitez donner se poursuit avec, plus loin dans l’album comme une répercussion logique, le titre
Mycose ?
Marlon : Ha ha, bah ouais. Il y a une cohérence. J’y ai pensé dans l’ordre des morceaux. Dans le clip de Où va le monde également ; à la fin la fille sort de la pharmacie avec sa poussette. Tu peux y trouver un sens aussi.

Dans les textes, parfois, vous vous mettez dans la peau d’une femme. Mais vous partez toujours d’un point de vue genré ou ça change ?
Marlon : Des fois, on écrit du point de vue d’un homme et on le fait chanter par une femme. Et parfois, on change pour le point de vue d’une fille. Ça peut se terminer en histoire lesbienne.
Sacha : Dans Septembre ou Psyzook, tu peux entendre qu’une fille parle à une fille, mais ce n’est pas pas si déterminant en fait dans l’écriture. Parfois aussi, on fait chanter les textes par des filles parce qu’avec nos voix ça ne passerait pas, ou parce que le morceau prend une autre dimension avec une fille.


Dans Le vide est ton nouveau prénom, j’ai entendu dans le son un traitement très Claudine Longet, jusque dans la manière dont Clémence (chanteuse du groupe, ndla) chante. Comment êtes-vous allés chercher, en enregistrant aux États-Unis, cette conclusion sonore ?
Sacha : Oui, il y a même du Françoise Hardy dans certains morceaux, cette période sixties psyché qu’on adore, c’est complètement ça. Mais on a enregistré en France et on avait déjà nos idées de départ ; aux États-Unis, on a juste mixé et cherché la bonne mise en place de tous les instruments... or notre son était déjà là.

Par rapport à Psycho Tropical Berlin, il y a peut-être plus de directions différentes dans le son, comme si vous aviez voulu essayer une sorte de patchwork de…
Sacha : Je vais prendre un club sandwich maison s’il vous plaît.

… Bon, OK. La dernière fois qu’on s’est vus, vous avez mangé peut-être l’équivalent de la surface de deux billards américains d’huîtres. Est-ce que vous aimez manger ? 
Marlon : Oh oui ! Nunez a mangé une colline de coquillages ! Trop bon. (Big up au catering et à l’équipe du festival Beauregard)

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Il y a un moment très lent-bizarre dans l’album, qui tranche du La Femme habituel, c’est le morceau Al Warda. Comment vous avez trouvé cette langueur ?
Sacha : Un moment, on a voulu ralentir le rythme, aller dans ce genre de psyché. Je me rappelle avoir vu des trucs lents en concert et avoir été tout de suite pris dans le truc.
Marlon : Au départ, on avait envie d’un de ces morceaux orientaux qu’on peut entendre dans la musique surf, Dick Dale par exemple. Chaque groupe de surf music a au moins un morceau oriental, certains ont même des chants traditionnels juifs. Puis après sont arrivés les violons scratchés, les clarinettes basses.
Sacha : Ce morceau a failli ne pas être dans l’album, en réalité. On avait déjà un morceau lent, Vagues, et on manquait de place. C’est plus un morceau à écouter au casque, pour tripper dans ton salon.

Vous avez pris des trips en enregistrant ?
Sacha : Non.
Marlon : On l’a jamais fait mais on aimerait bien le faire une fois. Ça peut donner des idées.
Sacha : Je sais pas si c’est bien, en fait. Tu dois pas être assez précis.

Au départ, le dessin de la pochette (par le génial Tanino Liberatore, ndla) ne devait pas se retrouver en cover, mais finalement si. Y a-t-il eu d’autres accidents de ce genre ?
Marlon : Une fois. Le morceau Witchcraft est né d’une situation : on enregistrait Amour dans le motu, et on a commencé à tripper avec les synthés et ça a donné Witchcraft, qui est une sorte de version transe d'Amour dans le motu.


Vous êtes-vous fixé des interdits sur ce disque ?
Marlon : Le saxophone. Quoique, on pourrait essayer un jour.
Sacha : Le problème c’est que ça peut vite être cheesy… On s’interdit juste les choses qui nous plaisent pas.

C’est démocratique ? 
Marlon : Globalement.
Sacha : Il y a des 49.3 mais c’est plutôt démocratique.

Franchement : vous ne trouvez pas que c’est ultra Plastic Bertrand votre morceau Tatiana ?
Marlon : À mort. C’est un peu le délire Marc Charlan aussi !

(Ils chantent le morceau ci-bas. Je les remercie, leur dis que j’ai aimé le disque et comme ils sont en train de sauter sur place, je dis que «j’ai ce qu’il me faut», alors ils partent dans le parc jouxtant le café. Le journaliste suivant les attend à leur table. Leur attachée de presse leur court après. Et mine de rien, je m’en vais, affamé.)


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++ Leur nouvel album, Mystère, sortira vendredi et vous pouvez le précommander ici. Vous pouvez retrouver leurs prochaines dates de concert sur leur site officiel.