Tu as de bons retours sur cet album ?
Alizée :
Plutôt, oui. Surtout de la part de gens qui ne m'écoutaient pas avant. C'est plutôt cool aussi qu'une certaine presse musicale, que je n'avais peut-être pas avant, s'intéresse au projet. Il m'est arrivé que des gens m'interviewent et qu'ils se foutent de l'album. Là, les gens me parlent vraiment de mon album, et quand on est artiste, c'est bien de parler de ce qu'on fait et de ce qu'on aime.

Comment es-tu rentrée en contact avec le crew Institubes ?
Alizée :
Pour la plupart de mes singles, je demande à des musiciens de remixer le titre pour les clubs, pour avoir un objet en plus à sortir pour les fans. Sur mon album précédent, j'avais fait cette chanson, Fifty Sixty, qui était mon deuxième single. Mon DA de l'époque chez Sony m'a proposé un remix de David Rubato qui était chez Institubes. David a fait une version plus qu'un remix, c'était vraiment une chanson en soi. J'ai adoré, et je trouvais ça bien qu'on en fasse un clip qui apporterait autre chose à l'album. C'est comme ça que j'ai rencontré Jean-René d'Institubes, ainsi que Rebecca qui a réalisé le clip de Fifty Sixty version David Rubato. A ce moment-là, je commençais déjà à penser à mon nouvel album et je ne savais pas exactement ce que j'allais faire. Jean-René m'a proposé de rencontrer les producteurs de son label. J'ai donc rencontré les Chateau Marmont, Tacteel et tous les autres, à un même rendez-vous. Ça s'est vraiment bien passé. De là, on a donc pensé à faire album concept.

A ce moment-là, tu connaissais Institubes ?
Alizée :
De nom. Mais non, je ne connaissais pas du tout ce qu'ils faisaient. Et d'ailleurs je n'ai même pas voulu écouter avant de recevoir leurs propositions pour mon album, parce que je voulais leur laisser la chance de faire un truc pour moi, en rapport à ce que je leur inspirais et à ce que l'histoire leur inspirait. Du coup, j'ai écouté ce que faisait Institubes seulement après avoir écouté leurs productions pour mon album.

C'était quoi tes envies par rapport à cet album ?
Alizée :
En fait, c'était une idée de Jean-René de faire cet album. Moi je leur ai juste dit que je voulais pas faire quelque chose à l'opposé de ce que je suis. Ma voix, elle est comme elle est. Quand j'écoute quelqu'un chanter à la radio, j'aime le reconnaître tout de suite. Je voulais que ce soit un album de variété, je ne voulais pas faire un album branché que personne n'achète… Je voulais continuer dans mon truc, faire mon album et qu'eux apportent leurs idées, leur vision de la musique. C'est comme ça que, petit à petit, chacun m'a envoyé des chansons et que l'album s'est construit.

Quelles étaient tes références musicales pour cet album ?
Alizée :
J'ai des références un peu à l'opposé de ce que j'ai fait musicalement. J'ai toujours aimé Madonna et Michael, Blondie, Aznavour... Blondie et Moroder, forcément avec les Chateau Marmont, ça collait bien avec leur style de musique. Après Rob, sa référence c'était Jeanette ; ce n'est pas quelqu'un que j'écoute mais je connais et la référence ne me dérangeait pas. David Rubato, sa référence c'était plutôt Gainsbourg et moi je suis méga fan de Gainsbourg. Ils ont quand même essayé de s'adapter à moi tout en faisant leur truc.

Quels sont les albums que tu as le plus écoutés dans ta vie ?
Alizée :
Tous les Michael. Madonna, tous les premiers jusqu'à Mirwais, après moins. Aujourd'hui, j'aime bien Jay-Z , The Killers. J'ai jamais eu un style particulier de musique, j'ai toujours aimé plein de choses différentes.

Cet album, il représente quelque chose de différent par rapport à tes albums précédents ?
Alizée :
C'est différent parce que j'ai vingt-cinq ans et que j'ai peut-être une certaine maturité que je n'avais pas avant. Mon dernier album, je l'avais produit toute seule avec mon mari (Jérémy Chatelain, ancien participant de la Star Ac', ndlr). Là, je travaille avec des personnes de talent, qui ont leur propre vision, leurs propres idées. J'ai l'impression d'apprendre beaucoup, un peu comme il y a dix ans, quand Mylène Farmer m'avait appris le métier.

Tu as l'impression d'avoir fait un pari risqué avec ce disque ?
Alizée :
Oui. Mais je pense que le risque était déjà là quand je me suis séparée de Mylène. En fait je suis plutôt sereine, je n'y pense pas trop. Enfin, en même temps, on verra quand l'album sortira... Je ne suis pas du genre à me poser des questions, du moment que mon projet me plaît et que je l'assume de A à Z. On verra bien comment les gens le recevront.

Oui, on est en France...
Alizée :
C'est ça. Avant, je pensais beaucoup à ça. Je me disais : "La France, c'est compliqué parce qu'on peut pas trop s'éloigner de ce qu'on fait, les gens sont vite perdus." Mais là, je ne me pose plus trop la question parce que ce disque reste un album de variété. J''ai pas fait comme Charlotte Gainsbourg, un album réservé à un certain public. Mon album, je veux qu'il soit populaire, je veux continuer à vendre des disques et à faire les Enfoirés.

Il y a un côté sombre dans cet album...
Alizée :
Plus qu'avant oui. Il est moins coloré. Et en même temps, j'ai vingt-cinq ans, je vais pas tout le temps faire des trucs gais. C'est bien aussi de changer. Et puis c'est ma personnalité. J'aime les trucs mangas et tout ce qui est pop et coloré, mais c'est bon, on le sait. Au bout d'un moment, j'aime aussi les trucs dark et j'aime chanter sans sourire. Et puis en même temps c'est un album concept, ce n'est pas que moi qui parle même si je peux me retrouver à travers des chansons et des mots. Ça m'arrange un petit peu d'ailleurs que ce soit un album concept parce que je suis assez réservée, assez sauvage, j'aime pas étaler ma vie...

Si tu devais résumer le côté conceptuel de l'album justement, tu dirais quoi ?
Alizée :
C'est un roman. Si on sort une chanson de son contexte et qu'on l'écoute comme ça, les gens peuvent aimer parce qu'elle peut se suffire à elle-même mais en même temps, ça donne envie d'écouter la suite pour entendre l'histoire.

Si ça ne se vend pas, ça sera une vraie déception ?
Alizée :
Ouais quand même ouais.

C'est Chateau Marmont qui a produit la moitié de l'album. Pourquoi eux ?
Alizée :
Oui, ils ont fait la plupart des chansons, mais c'est Rob qui a réalisé l'album. Rob a fait 3 titres, les Marmont 5. Une fois que les titres étaient faits, c'est Rob qui s'est posé en studio pour faire le son de l'album de façon à ce que tout soit cohérent. Je recevais les titres - pas finis - et je les acceptais ou non. Mais j'ai quasiment tout accepté, j'ai dû en refuser 2, peut-être 3. De là, les paroles sont arrivées. Et après, ce sont des choix de mixes.

Je vais t'énumérer les 6 producteurs de l'album, et tu vas me les décrire en quelques mots. D'abord Rob ?
Alizée :
Alors Rob, c'est la personne avec laquelle j'ai passé le plus de temps. Moi j'adore Rob parce que j'ai l'impression qu'on aime le même genre de musique. On s'entend vraiment très bien. C'est rare de s'entendre aussi bien avec des gens avec lesquels on travaille et qu'on voit tout le temps. Il a été très important sur l'album. On était souvent d'accord - ce qui ne veut pas dire que je n'étais pas d'accord avec les autres. Il apaise un peu, il est toujours de bonne humeur, il met vite à l'aise. C'est compliqué de chanter devant des gens qu'on ne connaît pas au début. C'est plus dur de chanter dans une pièce où il y a 2 personnes que devant 3000 personnes. Rob met vachement à l'aise, tout coule, tout se passe vachement bien. J'espère qu'il sera là pour la tournée mais bon, il fait la tournée de Phoenix…et la tournée de Phoenix c'est un peu 365 jours par an, alors on verra.

David Rubato ?
Alizée :
C'est un peu grâce à lui si l'histoire a commencé. David a beaucoup, beaucoup de talent mais il ne montre pas assez les choses. Je sais pas combien de musiques il a dans son ordinateur, mais il n'est jamais sûr que les choses soient bien alors que tout ce qu'il fait est bien. Par contre, c'est la personne la plus perfectionniste de tous les producteurs. Il écoute chaque son, chaque syllabe, chaque souffle. C'est super intéressant de bosser avec lui.

Chateau Marmont ?
Alizée :
Ils ont tous les quatre une personnalité différente. Ils se complètent. Et puis ce sont de super bons mélodistes. Après, on les connaît peut-être surtout en tant que musiciens et producteurs de musique mais au niveau des mélodies, ils sont vraiment très forts ; c'est d'ailleurs eux qui ont fait mon premier single. Selon moi, ils ont une grande carrière qui s'annonce. Je pense qu'on va leur demander beaucoup de titres et pas seulement de la part de gens branchés, mais aussi du côté populaire. Enfin je l'espère, parce qu'ils le méritent.

Tahiti Boy ?
Alizée :
C'est celui que je connais le moins. J'ai bossé avec lui sur Grand Central mais il n'était pas là quand on l'a fait en studio, c'est Tacteel qui était là, donc je l'ai très peu vu. Je ne le connais pas bien mais j'ai fait un truc avec lui pour une chanson de Noël avec d'autres copains à lui, et c'était vraiment bien.

Tacteel ?
Alizée :
Je l'ai croisé la première fois à notre premier rendez-vous commun. J'en avais entendu parlé en tant que Tacteel avec son groupe de l'époque (ATK, ndlr). Lui aussi, en tant qu'artiste, il a de belles choses à faire dans le futur. Il a vraiment beaucoup de talent.

Para One ?
Alizée :
Para One est arrivé en dernier. Il ne devait pas être sur l'album mais il m'a proposé une chanson que j'ai adorée et qui collait vraiment bien à l'album. Pareil, je l'ai rarement vu. Mais j'ai passé une journée entière avec lui où ça s'est vraiment bien passé. Tous ces producteurs sont vraiment cool. C'est rare que ça se passe aussi bien et que ça aille aussi vite.

Lequel d'entre eux est le plus gentil ?
Alizée :
Le plus gentil? C'est compliqué. Je ne dirais pas le plus gentil mais le plus zen, c'est Rob.

Le plus beau ?
Alizée :
Le plus beau ? Holala ! Je vais dire Julien des Marmont.

Le plus sale ?
Alizée :
Le plus saaaale? Ahah ! Halala… le plus sale ! Je peux dire qui mais c'est une joke hein? Guillaume des Marmont. Il va m'en vouloir!

Ça te ferait plaisir que les branchés aiment ta musique ou tu t'en fous ?
Alizée :
Oui ça me ferait plaisir qu'ils aiment quelque chose de populaire. Ce n'est pas parce qu'on est populaire que ce n'est pas bien. Je suis persuadée qu'on peut être mainstream et faire des choses de qualité.

 

Anaïs Carayon // D.R.