Laurent Bardainne : Entre, entre… On enlève ses chaussures normalement mais là c’est le bazar, excuse. Où est-ce qu’on achète un plaid de mauvaise qualité pour emballer mon clavier ? On part demain en tournée.

Alors que va-t-il se passer dans les prochains jours ?
Demain c’est la double peine. On a notre première à Rennes, et je suis né à côté de cette ville, donc c’est important pour moi. Et le lendemain on joue dans le Finistère, et là il y a carrément un club de Morlaix qui a affrété un car pour venir faire la fête et ne pas avoir à conduire au retour. Ces quinze dates de concert à venir n’augurent rien de bon pour ma santé…

Le premier album de Poni Hoax date de 2006. Que penses-tu des anniversaires, et en particulier de celui du groupe ?
On a commencé à bosser avec Poni en 2004, donc on a fêté les 10 ans après un concert au Café de la danse, en 2014. Symboliquement, c’était quelque chose. On venait de sortir de A State Of War [leur troisième album, nda] et on ne savait absolument pas où on voulait aller. Je me souviens d’un rendez-vous à l’Institut Français, où j’ai une amie. Quand elle m’a demandé avec un regard autoritaire ce qu’on allait faire avec le groupe, je ne savais absolument pas quoi répondre. Et puis, j’ai réfléchi, et je vais te montrer ce qu’on voulait [il me montre des photos de paradis, de studio au bord d’une piscine azur, nda]. Voilà, on voulait aller dans cet endroit de rêve. C’est à Pattaya, en Thaïlande. Donc pour te parler d’anniversaire… J’ai 41 ans, ça fait 20 ans que je suis musicien. Donc je suis un peu vieux, j’ai des amis. On a fait cet album grâce à eux, par exemple Agnès b. nous a prêté de l’argent, de son compte personnel. Et puis on est entré en contact avec Red Bull car ils ont des studios partout dans le monde. Le deal était de trouver un concert et un studio par destination, ce qu’on a pu faire au Cap, dans un gros festival à Brazilia, puis en Thaïlande. On devait aller à Los Angeles aussi, mais on n’avait ni argent ni date.

D’ailleurs – question triviale mais - pour des musiciens de formation classique, dans quelle formation vous vous déplacez, avec quels instruments ?
C’est marrant, mais Vincent Taeger, le batteur, n’est même pas parti avec ses baguettes. Nicolas (Villebrun, le guitariste) n’a pas pris ses guitares. On voulait jouer sur le matos des studios ; c’était une contrainte, et comme souvent, les contraintes sont intéressantes. Vincent a complètement assumé : il avait une valise pleine de chemises et de lunettes de soleil. Arnaud a pris ses instruments et moi j’ai pris mon Juno, on est pas tous tarés. Pendant trois mois, on passait une semaine par ville. On arrivait avec le jet lag, et on ne faisait que de bosser. C’était crevant, dans des lieux paradisiaques.

Le seul écho que j’ai de la Thaïlande vient d’un ami qui y travaille. Quand il est rentré en France, il a oublié de mettre un pantalon pour aller à un rendez-vous, une gourde accrochée à son scooter. Est-ce que vous vous êtes oubliés là-bas ?
Ma femme habitait en Thaïlande quand je l’ai rencontrée, donc j’ai passé beaucoup d’été là-bas, et oui j’ai beaucoup passé de temps en short. La vie ne se passe pas pareil. Pour moi Tropical Suite était une manière de passer l’hiver loin du froid de Paris. Quand t’as quarante ans, pour faire du rock tu as envie de te mettre au bord d’une piscine ha ha !

On a l’impression qu’après A State Of War qui tapait très pop, vous avez eu envie d’aller chercher des matériaux lointains pour « expérimenter » ?
C’est un peu ça. On voulait tirer un trait sur A State Of War, car on n’est pas à l’aise avec cet album. Tout s’est passé dans la souffrance. On devait signer chez Columbia et puis non, on a du abandonner des bandes, Pan European nous a sauvé, on a changé de studios plusieurs fois, on a du réengistrer plusieurs fois… Bon. Là, on voulait se barrer et être obligé d’utiliser les sons de là-bas.

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On entend dans I Never Knew You Were You ou Lights Out des influences éthiopiennes, un peu comme dans Limousine.
Oui pour I Never Knew j’ai réécouté de la musique éthiopienne et c’était ça, ce funk rapide éthiopien. Lights Out, c’était l’attitude des Clash. Une espèce de boogie woogie punk thaïlandais. Il n’y avait pas de morceau de référence, mais juste un fantasme autour de groupes, dans une veine folk irlandais comme les Pogues.

Le morceau Tropical Suite Sao Paulo est encore plus groovy. Avec son tempo ralenti, il sort presque du disque.
J’avais ces suites de notes [il joue sur son piano, nda] et le groupe voulait en faire quelque chose de plus lent, de plus contemplatif… Le batteur bosse avec les mecs de Air, il a vraiment cette culture du funk lent.

Il y a plus de cuivres aussi ?
En fait j’ai recompté. Il y en a dans tous les albums. Un solo de sax par disque. Là, il y en a un peu plus, c’est vrai.

Pour parler du disque, Nicolas Ker a écrit un texte qui raconte cette bande que vous avez foulée, entre le tropique du Cancer et celui du Capricorne. C’est finalement la zone la plus agréable climatiquement et la plus en guerre. Quelle a été ta vision disons de touriste là-bas ?
Si tu connais Nicolas Ker, tu saisis qu’il va pas te parler de cocotiers. Donc il partait du côté dur pour écrire ses textes… Pour ce qui est d’évoluer dans ces endroits… Par exemple, tu te retrouves en Afrique du Sud, tu te rends compte que l’apartheid est toujours présent. Passé une certaine heure, tu vois bien qu’il y des bars de Noirs et d’autres de Blancs. C’est bizarre, ils ne connaissent pas la chanson Mandela Day de Simple Minds ! On était déjà allé au Brésil, on savait qu’il fallait pas traîner dans les favelas. Et enfin la Thaïlande c’est un peu le terrain de jeux des Européens et des Australiens en goguette. Ce curieux mélange de lascars français qui mangent des kebabs et de locaux. Ce quotidien nous a porté, je pense que ça s’entend dans le disque : tu vois qu’on ne joue pas coldwave du tout, alors que d’habitude Poni c’est quand même froid.

Comment composer à plusieurs ? C’est démocratique ?
Oui Poni est une petite démocratie. Déjà on est cinq, donc on peut voter avec une majorité, vu qu’on a tout les cinq des goûts très différents. Et ça m’arrive de perdre, sans problème. Je compose chez moi, je fais les maquettes ici avec Nico car je préfère qu’on vienne avec un squelette déjà existant, et qu’on travaille dessus. Et après on arrange tout ensemble avec le groupe. C’est presque comme si les membres du groupe avaient tous arrangé les morceaux de Tropical Suite. Et on fait aussi un peu comme ça avec Limousine.

Ah, et qu’est-ce que c’est que tu nous as envoyé par mail ?
Ah ! Oui vous vouliez une exclu. Alors j’avais commencé à jouer l’outro du disque en mettant l’interview de Ker chez Ruquier par dessus. Mais on ne voulait pas que ça tourne trop autour de lui ha ha. Donc je l’ai refaite et voici, en exclusivité, Début de gangrène !

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++ Leur nouvel album, Tropical Suite, sort vendredi 3 février.

Crédit photo : Agnès Dherbys