J’ai lu que le plus important pour toi était de chanter devant des spectateurs. Ça veut dire qu’enregistrer un album n’est pas une priorité ?
Omar Souleyman : Je ne sais pas trop où tu as pu lire ça, mais c’est possible que cela était sorti de son contexte par le journaliste… C’est bien évidemment très important pour moi de pouvoir me produire devant un public, mais ça l’est tout autant de pouvoir lui proposer de nouvelles musiques. C’est une autre façon de communiquer avec mes fans.

Dans ce cas, peux-tu nous dire comment tu fonctionnes en studio ? Quand on écoute ta musique, on s’imagine des sessions assez énergiques et spontanées. C’est le cas ?
En effet, ma façon de composer est toujours très spontanée. On fonctionne beaucoup sur l’improvisation, sur cette volonté de ne pas écrire la musique. Une fois que les mélodies prennent forme, je choisis celles sur lesquelles j’aimerais chanter et je demande à mes musiciens un certain type de rythmes et de sonorités. Après ça, ils jouissent d’une liberté totale, et ça donne vie aux morceaux que tu connais.


Et tu souhaites raconter une histoire spécifique à chaque fois ou pas du tout ?
Il n'y a jamais vraiment de plan ou de fil rouge, pour être honnête. On enregistre juste ce que l'on veut le jour où l'on est en studio. Tout est très instinctif, même si, sur ce disque, j'ai beaucoup écrit sur des thèmes qui sont assez habituels pour moi, comme la relation que j'entretiens avec ma ville et avec les miens en Syrie. C'est important pour moi, comme c'est important d'enregistrer tout ça dans de bonnes conditions.

Pourtant, cet album a été enregistré et écrit à Istanbul... Pourquoi ce choix ?
Enregistré, oui, mais pas écrit. Encore une fois, on n'écrit pas notre musique. Sinon, concernant Istanbul, on l'a enregistré là-bas parce qu'on y avait enregistré le précédent et que les conditions de travail proposées par les Babajim Studios sont relativement bonnes.

Personnellement, je ne trouve pas que To Syria, With Love soit très différent de Bahdeni Nami. Tu le penses aussi ?
Pour moi, il est différent, dans le sens où je le vois comme un cadeau de ma part à tous les peuples dispersés à travers le monde. Et puis je pense avoir travaillé ici avec un claviériste de talent, Hasan Alo, ce que je n'avais pas encore eu l'occasion de faire jusqu'à présent. Il amène un côté «techno» qui, je pense, est inédit dans ma musique.


C’est vrai qu’il y a beaucoup de claviers électroniques sur To Syria, With Love. Tu n'as pas peur d'énerver les musiciens traditionnels avec ce genre d'approche ?
Non, parce que je n'ai rien à faire avec les gens qui n'aiment pas les sons électroniques. Ils peuvent penser ce qu'ils veulent, mais je n'ai pas grand-chose à faire avec eux.

C'est ton premier album sur le label de Diplo, Mad Decent. Pourquoi ce choix ?
Cette décision ne m’appartient pas, à vrai dire. C'est mon management qui choisit et trouve et les labels pour moi.

Tu connais au moins Diplo, non ?
Je ne sais pas grand-chose sur lui ou sa musique, mais je l'ai rencontré récemment. C'était très bref, mais il m'a semblé très respectueux. Ça m'a l'air d'être quelqu'un de bien.

Concernant ton nouvel album, c'était important pour toi de le nommer ainsi, de déclarer ta flamme à la Syrie ?
Ce titre est avant tout poétique, mais oui, en effet, comme je te le disais tout à l'heure, cet album est une opportunité pour moi de dédier ma musique à tous les miens qui sont dispersés à travers le monde ou même en Syrie. Mais il y a aussi des titres plus personnels, comme Ya Bnayya («fille» en VF, ndlr) où j’évoque une fille dont j’étais tombé amoureux il y a quelques années.


Récemment, tu as écrit une lettre à propos de la situation des réfugiés au sein des pays occidentaux. Comment tu expliques cette situation ?
En réalité, ce n'était pas vraiment une lettre. On a juste annoncé la poursuite d'une campagne de charité avec laquelle on a levé des fonds pour Médecins Sans Frontières et leurs efforts pour les réfugiés syriens. On a juste tenté de récolter un peu d'argent supplémentaire grâce à cette annonce et aux concerts que j'ai eu l'occasion de donner au sein de différents pays et de différentes villes. C'est une bonne chose, je pense. D'autant que Médecins Sans Frontières fournit de l'assistance médicale dans des régions où ce genre d'aide n'existe pas.

Tu amènes quelque chose de clairement différent sur la scène électronique. Penses-tu qu'il y a assez de diversité musicale aujourd'hui dans les musiques électroniques ou, à l'inverse, considères-tu que trop d'artistes privilégient l'aspect marketing à la créativité ?
C'est impossible pour moi de répondre à cette question, dans le sens où je ne connais presque rien aux musiques électroniques. Je suis simplement un homme de tradition, et j'essaye de suivre au mieux mes propres traditions.

++ Retrouvez Omar Souleyman sur Twitter et Instagram.
++ Son nouvel album, To Syria, With Love, est disponible sur toutes les plateformes et est en écoute intégrale sur Deezer.