Océanerosemarie : Ah c'est les questions des copains, merci Brain, je vais être obligée de réfléchir, c’est horrible. Je suis habituée à dire toujours la même chose….


CYPRIEN VIAL, CO-RÉALISATEUR

Tu es un chouïa bourrine en matière de séduction. Tu encourages tout le monde à tester tes méthodes ?
Je n’encourage personne à tester mes méthodes, en tout cas les méthodes d’Océanerosemarie. Je crois qu’il faut accepter d’être soi-même et que si l'on est un petit bourrin à l’intérieur, il faut à la fois le contrôler mais le laisser parler, le petit bourrin - parce que le petit bourrin finira toujours par sortir, il faut lui donner sa place.

Tu préfères... être enfermée un mois dans une petite pièce toute sale avec Cyril Hanouna ou un an dans une très grande pièce toute propre avec Christine Boutin ?  
Je crois que je choisis Christine Boutin en me disant que si j’ai un an, je peux peut-être la turner comme dans Homeland. J’espère que je peux la turner, traduction : la rendre pro-LGBT, totalement ; lesbienne, non, parce qu’après j’aurais peur qu’elle me fasse des avances, mais en tout cas en faire une militante décoloniale. En tout cas, Hanouna dans une petite pièce toute sale même une journée, c’est au-delà de mes forces, il est irrécupérable, j’ai plus d’espoir.
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Aimes-tu parfois perdre le contrôle ? Un exemple s’il te plaît !
J’adore perdre le contrôle et en même temps c’est ma phobie, parce qu’il n’y a que là que je me libère. Quand on est un control freak - donc je pense qu’à chaque fois que je suis amoureuse je perds le contrôle en réalité -, c’est une catastrophe, je suis à fond dedans. Pour le coup, je suis assez proche de mon personnage, c’est à dire que j’essaye de bien faire et souvent je ne fais pas exactement ce qui faut mais comme c’est fait avec beaucoup de sincérité, parfois ça plaît !

Pour ton film, tu as perdu le contrôle ? Est-ce que tu as beaucoup douté ?
Oui j’ai souvent douté de ce que je faisais en tant que comédienne, des choix qu’on était obligé de faire très vite, en tant que réalisateur parce qu’on avait peu de temps pour tourner tout ce qu’on avait à tourner, mais je crois que j’ai pas mal lâché prise aussi devant la caméra grâce à Cyprien qui m’a super bien dirigée, mise en confiance pour que je lâche des choses.
em3Quinoa ou Big Mac ?
La version officielle c’est quinoa, mais on sait très bien que dans un moment de relâchement, un soir de PMS (premenstrual syndrome) ça sera Big Mac, ou un lendemain gueule de bois.

J’ai un peu de ventre. Un exercice à me conseiller ?
J’ai envie de dire fais des abdos, fais du gainage. Gainage dix minutes tous les matins, ça marche.
J’ai fait beaucoup de sport pour mon film et j’ai fait beaucoup de sport pour moi déjà, j’ai toujours été sportive, mais j’ai commencé à m’entraîner en salle il y a deux-trois ans maintenant. Le déclic ça a été me rendre compte que j’avais toujours été sportive et que quand t’es dans un milieu un tout petit peu artistico-intello, le sport “c’est pour les beaufs”, donc je me suis peut-être désintéressée du sport parce que c’était pas... disons que j’évoluais dans un environnement qui trouvait que le sport, c’était pas intéressant. Je me suis dit que j’avais toujours été sportive depuis toute petite. Quand j’étais jeune, j’étais championne d’équitation ; en dressage, j’étais championne de France, donc j’ai besoin du sport dans ma vie, et tant pis si je me fais traiter de beauf ! Et du coup, là, j’ai été au bout de ma démarche ultime en allant à la salle ! Et en fait j’adore aller à la salle, on peut y aller à n’importe quelle heure, ce qui n’est pas le cas des cours, quand on a une vie d’artiste et qu’on est beaucoup en tournée, c’est quasiment impossible d’aller au cours du mardi à 22h, du coup je me suis inscrite à la salle pour y aller quand je voulais et puis pour travailller précisément. On peut faire des millions de choses différentes à la salle, donc c’est vrai que c’est important pour moi. J’assume. Mais même au niveau du rapport à notre corps, quel rapport, ça me donne de l’énergie. Pendant le tournage, c’était marrant parce que quand j’allais à la salle, parfois à 6h, avant d’aller tourner, j’avais plus la pêche alors que je me levais plus tôt. Quand on fait des métiers comme ça très performatifs, le sport, ça aide à tenir. Ouais, y'en a c’est la coke, moi c’est le sport. Chacun sa méthode.
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Nicole Ferroni, Océanerosemarie et Alice Pol

Tu pars trois ans sur une île déserte, avec une seule personne. Mais qui ?
Oulah, bâtard ! Avec lui - maintenant que ça fait 4 ans qu’on est en couple asexuel, j’ai vu qu’on arrivait à vivre ensemble. Parfois on s’énerve un peu, mais si c’est sur une île, on pourra aller chacun à un bout de l’île à un moment, donc je pense que Cyprien, c’est vraiment le meilleur choix - et comme on sera jamais un couple sexuel... Je pense que l’amitié a plus de vertu qu’une relation amoureuse. Puis si c’est pour toute la vie, vaut mieux se baser sur l’amitié que sur le désir.

Le rôle dont tu rêves maintenant ?
J’adorerais jouer un grand rôle dramatique, parce qu’en France, on a tendance à beaucoup nous cataloguer. Si l'on fait de la comédie, on a tendance à nous laisser jouer que de la comédie, alors qu’aux États-Unis, j’ai l’impression qu’il y a une fluidité un peu plus grande. Après, il y a des acteurs qui aiment se spécialiser, aussi ; puis il y a des contre-exemples : en France, il y a Marina Foïs, qui a été très longtemps une actrice de comédie et qui, à un moment, a commencé à jouer d’autres rôles où elle est super, comme dans Irréprochable. C’est vrai que moi, j’ai envie de jouer la comédie, mais j’aimerais bien aussi jouer un rôle dramatique.

Quel rôle ?
Alors attends parce qu’il faut que j’écrive le scénario maintenant, donc tu me laisses deux minutes, hein ! (Rires) En fait, je dis ça mais j’aimerais aussi jouer une super-héroïne, qui aurait des superpouvoirs. Je suis très, très superpouvoirs, j’aimerais intégrer l’équipe des X-Men. Ça me plaîrait bien d’avoir une force surnaturelle, ou l’idée de pouvoir voler. Souvent, je rêve que je vole. Superwoman quoi, une meuf qui vole et qui sauve des meufs pour les draguer après, moi ça me plaîrait. Je pense que les X-Men pourraient quand même m’écrire ce rôle, ce serait pas mal, parlez-en à Hollywood.

RUDY MILSTEIN, LE BFF DU FILM

Je trouve qu’Embrasse-Moi, c’est une super comédie romantique, et une comédie romantique qui met en scène deux lesbiennes, même si on l’oublie complètement. Du coup, je voulais savoir sur quelle autre minorité tu comptais faire une comédie romantique ? Savoir aussi si j'ai mes chances pour postuler : je peux interpréter pleins de handicaps différents, donc j’attends ton coup de fil. Gros bisous.

En effet, j’ai un projet secret sur une autre minorité. C’est top secret, je ne peux pas encore le dire et je pense que ce serait compliqué pour lui de jouer ce rôle. Malheureusement, malgré toutes ses compétences, il ne rentre pas dans la catégorie concernée. Mais il pourra peut-être continuer à faire le meilleur copain.
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On oublie complètement que c’est une comédie sur deux lesbiennes, non ?
C’était le but du film : que l’homosexualité ne soit jamais une question et ne soit jamais un problème - parce qu’on considère que l’homosexualité n’est pas un problème, que nous n’avons pas de problème, que des gens parfois ont des problèmes avec nous comme les gens de la Manif Pour Tous mais qu'en fait, c’est eux qui ont un problème et pas nous. Donc je le répète souvent, parce que c’est vrai qu’on a tendance à dire “le problème de l’homosexualité”, “le problème du coming-out” ; même moi, parfois, malgré moi je dis que “ce film ne parle pas du problème du coming-out”. Non, non, mais encore une fois, il faut faire attention aux mots qu’on emploie, parce que le coming-out ne devrait pas être un problème - et en tout cas n’est pas le problème de la personne concernée, ou s'il l’est, c’est parce qu’on lui renvoie que c'en est un. C’était important pour nous de faire vraiment un film où ce ne soit pas la question, aussi parce qu’on a souffert de toujours avoir des films qui ne parlent que de ça. Il n’y a jamais eu de comédie romantique lesbienne en France, jamais. Il y a eu des simples comédies, comme Gazon Maudit...

 
Mais pas de comédie romantique avec cette forme très singulière, très codée. Déjà, il y avait l’envie de faire une comédie romantique avec des filles, parce que moi quand j’étais ado, ça m’aurait fait du bien de voir un film comme ça, et je me serais peut-être émancipée plus tôt, ou alors j’aurais été moins angoissée, à force de voir des films où les filles se jettent par la fenêtre au bout de trois quarts d’heure de film ou sont des serial-killers et découpent leur meilleure amie pour la mettre dans le congélo. Avec Balasko dans Gazon Maudit, moi, j’avais 15 ans et je me demandais : “Est-ce que vraiment je vais devoir fumer le cigare et porter des mocassins à glands ?”. C’était une vraie question - ou être avec une fille qui fume le cigare : encore plus angoissant ! Donc déjà, j'avais l’envie de proposer autre chose, une autre identification possible aux lesbiennes et un film qui fédère, où les hétéros puissent complètement se reconnaître et s’identifier. Dans le film, il y a une scène où l'on est sur le point de s’embrasser et il y a un mec un peu relou qui arrive et qui fait “Hé, salut les filles est-ce que je peux vous être utile ?”, enfin le truc qui t’arrive un milliard de fois par an quand t’es lesbienne, et là on crie, on fait “Waaaaa”, on pousse un énorme cri libérateur. Mais je pense qu’au-delà de "lesbienne ou pas lesbienne", toutes les femmes qui seront là dans la rue aimeraient pouvoir faire ça à chaque fois, ou le font dans leur tête, tu vois. L’idée, c’était de faire un film qui ne parle pas que de sexualité, parce que nous-mêmes au quotidien dans notre vie, on ne parle pas du fait qu’on est homosexuel ; on en parle juste en termes de “est-ce qu’elle est amoureuse ?”, “est-ce qu’elle va vouloir être avec moi ?”, etc. On a les mêmes questionnements que n’importe qui, donc les personnages du film auraient très bien pu être incarnés par un garçon et une fille ou par deux garçons.

Moi je trouve que t’es belle, t’es intelligente, t’es drôle et t’es touchante dans le film - mais dans la vie aussi, alors du coup j’aurais voulu savoir : si j’avais été lesbienne, est-ce que j’aurais eu mes chances avec toi ?
Tu veux vraiment ton prochain rôle, toi ! Complètement, je t’aurais épousé sur le champ ! J’aurais été très amoureuse de toi en lesbienne, parce que toi aussi tu es très beau, très intelligent et très charmant et que je t’aime.

SOPHIE-MARIE LARROUY, LA BFF DU FILM

Tu préfères que Kristen Stewart voie le film, le trouve génial et décide de l’adapter aux États-Unis, ou alors toi recevoir le prix d’interprétation à Cannes ?  
Bah déjà, j’ai même pas été sélectionnée à Cannes, donc ça, c’est réglé ; mais j’avoue que je préfère mille fois que Kristen Stewart aime le film. Qu'elle le voie, déjà, et je serais bien contente ! Et qu'elle l’aime et l’adapte - mais si elle l’adapte, que ce soit avec moi bien sûr, ce serait quand même mieux. C’est quand même une icône lesbienne, mais il y a peu de filles lesbiennes out, que ce soit en France ou aux États-Unis d’ailleurs, et Kristen Stewart, moi c’est un peu mon genre quoi, je pense que c’est le genre de beaucoup de lesbiennes. Elle a ce truc de mystère, de beauté, très incandescente. Objet de fantasme absolu. (Rires)

Est-ce que tu avais imaginé être sélectionnée à Cannes avec cette comédie, ou ?
Le distributeur Haut et Court - qui présente des films à Cannes à peu près tous les ans - a fait le choix de l’envoyer à la Semaine de la Critique et à la Quinzaine des Réalisateurs, car ils prennent une comédie chaque année - et d’ailleurs cette année, il y en avait une, que j’ai vue… et je me disais que ç'aurait pu être nous. Il y avait Victoria l’année dernière qui avait été sélectionné à la Semaine. Il y a des films qui ne sont pas non plus totalement étrangers à ce qu’on a pu produire. Après, c’est vrai qu’on est dans une forme extrêmement classique ; je pense que c’est ça qui fait que les sélectionneurs n’ont pas compris ce qu'il pouvait y avoir de moderne, ils n'ont vu que le côté kitsch du film, un peu bonbon, qu’on revendique complètement. Donc le film n’a pas été sélectionné, mais au-delà de notre fantasme d’être à Cannes, le distributeur pensait avoir sa chance, donc ce n’est pas totalement délirant de l’envoyer.
Je pense que je vais continuer à faire des films pop, populaires, ouverts à tous et sans prétention. Je n’ai pas forcément envie de faire des films qui ressemblent à ceux que j’aime, bizarrement. En fait, en tant que spectateur, je n’irais peut-être pas voir mes films ! (Rires) Mais je ne vais pas non plus faire un film que pour mes copains. Je veux faire un film pour des gens qui, peut-être, n’ont jamais vu de lesbienne de leur vie, des gens qui vivent en province et qui vivent des choses difficiles, pour qui c’est moins facile que pour nous à Paris. Et là, en ce moment, on fait une tournée en province, et j’ai des retours tellement forts et des remerciements... je sens que vraiment, le film fait du bien, qu'il est important, parce que d’un coup, ce sont des représentations justes, joyeuses, cool, qu'il finit bien et que c’est sympa. Quand t’es homo, t’es sans arrêt dans un truc de représentation négatif. C’est très militant en fait de faire ce film, même s'il n’en a pas l’air. Il l’est énormément, mais en sous-marin. C’est pas un cours de militantisme.
em6Sophie-Marie Larrouy, Alice Pol, Océanerosemarie et Grégory Montel

Je voudrais qu’on imagine trois fins alternatives possibles pour Embrasse-moi. À toi champion.
A priori, j’ai envie de dire qu’il ne pouvait y en avoir aucune autre, parce qu’on a respecté les codes de la comédie romantique avec un happy end où elles partent ensemble. Après, il aurait pu y avoir une autre fin - par exemple que Steve renonce réellement à son voyage alors que là, elle n’y renonce pas. Mais c’est une femme moderne, pas une future femme au foyer qui lâche ses ambitions professionnelles pour sa meuf. Elle aurait pu tomber enceinte mais bizarrement, on n’avait pas le temps de parler de la PMA et de s’intéresser à ce débat. Ç'aurait été une possibilité qu’elle parte en Thalys, à Bruxelles pour une insémination, et on aurait pu faire une fin où Cécile continue à me faire la gueule et ne retourne pas voir Océanerosemarie, mais encore une fois, on voulait un happy end. On les a toutes explorées en fait, les autres possibilités, et je crois que quand on met autant de temps à faire un film, l’avantage, c’est que chaque scène est voulue, pensée... et plus ou moins bien réussie par rapport à ce qu’on espérait faire.

En bonus, on demandé à une énorme fan de te poser une question, que voici :


Justement, chère fan, on cherche une scénariste pour écrire ce spin-off et j’ai l’impression qu’on a trouvé la bonne personne. Je crois que c’est elle, c’est absolument elle. Je suggère de commencer à travailler sur le scénario, qu’on présentera aux producteurs dans les plus brefs délais, dès qu’elle aura quelque chose à nous faire lire.

BONUS : 

Top 3 des comédies romantiques et pourquoi ?
Coup de Foudre à Notting Hill : la quintessence de la comédie romantique. Ils sont trop mignons, j’adore la bande de potes, le film est émouvant, très fleur bleue, très premier degré, mais il y a quelque chose de vraiment touchant dans les personnages, je trouve. On aurait pu dire Pretty Woman d'ailleurs, mais j’aime moins la proposition de départ - le côté "pute + mec riche", je trouve ça un peu plus problématique. Notting Hill, c’est the comédie romantique, plus crédible.

L’amour extra-large, des frères Farrelly : mon vrai numéro 1 (Notting Hill étant le numéro 1 absolu), qui est moins archétypal. Dans mon travail d’humoriste, j’essaye d’être drôle tout en ne m’appuyant jamais sur des blagues de dominants, parce que je trouve qu’il n’y a rien de plus facile que de faire des blagues sur les dominants/dominés. On est dans la moquerie des gens qui sont en situation de domination. Même dans le film, il y a un moment où la mère d’Océanerosemarie, qui est jouée par Michelle Laroque, ne se souvient plus bien du nom d’une de ses exes et elle dit “Bo-bun” alors que la fille s’appelle Boyun, et elle dit “Oui, enfin la petite Chinoise !”, “Non, Coréenne !”. On peut dire que c’est une blague raciste mais en fait on se moque de la bourgeoise blanche, quand bien même elle est mariée avec un homme noir, ça n’empêche pas qu’elle peut être vraiment “oh c'était trop compliqué, elle ne s’en souvient pas". Dire une blague raciste en se moquant de la bourgeoisie dans sa grande baraque. Ce que j’aime dans L’amour extra-large, c’est ce mec qui est un peu un connard, qui a des préjugés comme ça sur la femme parfaite alors que lui il ne ressemble à rien, il tombe amoureux d’une fille obèse sauf qu’il est tellement amoureux qu’il ne la voit pas comme elle est, il voit Gwyneth Paltrow au top de sa beauté et de sa minceur. À chaque fois qu’elle casse un tabouret, il ne comprend pas, il dit “Oh non t’as vraiment pas de chance”.


Cette métaphore de l’état amoureux, que quand tu vois avec les yeux de l’amour, tout est magnifique et embelli, eh bien je m'en suis inspirée un peu dans Embrasse-moi parce que le personnage de Cécile fait des acrobaties assez impressionnantes, des saltos incroyables, et on peut imaginer qu’en réalité, elle fait des roulades toutes pourries - et comme mon personnage en face est très amoureux, elle voit des figures acrobatiques.


Fous d’Irène : plus une comédie, mais je suis une fan de Jim Carrey, de son rapport à l’espace, à la comédie qui vient du corps, ça m’inspire énormément. En ce moment, beaucoup de comédies sont basées sur la vanne, la punchline, le bon mot. On aime bien la punchline qui décrasse, ou qui encrasse. Je suis plus touchée par des comédies de clown, sans tomber dans des extrêmes forcément. Dans le cas de Jim Carrey, il a un corps fou, surtout s'il ne prend pas ses médocs, il pète les plombs et devient quelqu’un d’autre.
Après on aime La Boum, des films de la fin des années 1980, quand on était enfants ou ados, qui nous ont marqués et qui nous permettent de dire aujourd’hui - puisque nous, les gays, on a pu s’identifier à des films comme ça qui étaient totalement hétéros - qu'on pense que les hétéros vont pouvoir s’identifier aux gays parce qu’il n’y a pas de raison que ça marche que dans un sens.

Les 6 commandements pour faire un film lesbien :
1. Qu’il y ait au moins une des deux actrices qui soit vraiment lesbienne. Les représentations sont importantes, que ce ne soit pas tout le temps des actrices hétéros. J’aurais aimé qu’on soit deux actrices lesbiennes mais il n’y en avait pas assez de connues. Donne-moi plus de deux actrices lesbiennes out bankable ? Il n’y en a pas.
2. Qu’elle ne meure pas avant la fin du film.
3. Qu’il y ait au moins une ex relou.
4. Qu’elles n'aient pas toutes les deux les cheveux longs… (Rires)Non, je plaisante, je vais me faire engueuler si je dis ça.
5. Qu’il y ait des scènes d’amour réalistes, même si elles sont soft. La Vie d’Adèle a beaucoup choqué parce que c’était genre "c’est quoi cette scène de cul, personne baise comme ça, c’est n'importe quoi !". On sentait quand même que c’était deux hétéros dirigées par un mec, ça manquait d’expertise.
6. Qu’il y ait au moins un tube des années 80-90.

Top 3 des films lesbiens :
Go Fish : premier film de Rose Troche, la productrice de The L World, une spécialiste et une lesbienne - drôle et très indé, important et fondateur pour les lesbiennes., L’affirmation d’une communauté, l’empowerment, c’est jouissif.


When Night Is Falling : super kitsch mais culte, ça finit bien,elles partent dans leur roulotte, il y a un petit chien qui revient à la fin.

Carol : performances assez impressionnantes des actrices, elles se parlent très peu mais elles se disent tout, tout passe par les regards, il y a une tension érotique constante.

Dans le cinéma il y a d'abord une période de lesbiennes maléfiques, qu’on a vue encore récemment dans Chloé d'Atom Egoyan, le scénariste mec qui se dit attends, “elle est méchante, elle est sexuelle, elle est sulfureuse, elle fait peur, elle va nuire aux gens… Attends, qu’est-ce qu’on pourrait rajouter encore ? Ah, elle serait en fait lesbienne !”.
Il y a eu la traditionnelle comédie du coming-out. Une flopée de films qui ont tous le même pitch, une hétéro qui rencontre une lesbienne, si possible le jour de son mariage, comme Imagine Me & You.
L’homoseuxalité est en permanence un sujet et donc une façon d'altériser les homosexuels, de dire ils ne sont pas comme nous, un truc un peu néo-condescendant. Les personnages de lesbiennes sympa et qui vont bien, c’est plus rare. Je pense qu’il était temps.

Les 3 films les plus homophobes :
The kids Are All Right : la mère de famille lesbienne a du désir fou pour un mec et tout son objectif, c’est de se faire déglinguer. Ça m’exaspère. Il y a tellement peu de représentations de lesbiennes que si à chaque fois qu’on en montre, on rappelle qu’elle vire, c’est politiquement problématique.

Chasing Amy
(méprise multiple), où la lesbienne tombe amoureuse du BG hétéro parce qu'en fait, "elle avait pas trouvé le bon". Une vraie cata.


Guillaume et les Garçons, à table !
de Gallienne : toutes les scènes avec des gays sont caricaturales, flippantes, ultra-négatives. Ce coming-out hétéro est pour le moins nuisible à la communauté puisqu'il induit l'idée qu'on peut "retourner dans le droit chemin". Dans le cas de Gallienne, on attend impatiemment le film où il fera enfin son coming-out !
C’est tout ?

Juste une dernière question  plaisir: le trio parfait pour une scène érotique entre filles ?
Pourquoi un trio ? Toi tu veux carrément un plan à trois, tu t’es fait un kiff ! (Rires) On met Kristen Stewart, une base solide. J’ai une immense passion pour Kate Blanchett, d’où Carol dans le choix du film lesbien. Je trouve qu’elle respire l’intelligence, qu’elle est très belle. Un mélange de force et de fragilité que je trouve fascinant. On va mettre Jessica Chastaing, la bombasse ultime. Comme ça, ça fait trois générations.

Quel endroit ?
Ah putain, ça rigole pas. Je suis beaucoup trop prude moi... Allez, un trampoline. Permet de s’envoyer en l’air. Dans une fête foraine en pleine nuit sans spectateurs.

++ Embrasse-moi d'Océanerosemarie et Cyprien Vial est à voir dans toutes les salles depuis le 5 juillet.