Cette quête boulimique du pouvoir s’avéra particulièrement ravageuse : s’il est impossible d’établir des statistiques précises, on évoque tout de même 3 500 meurtres commis par les "extradables" durant leur règne de la terreur débuté au milieu des années 70 et achevé en 1993 à la disparition d’Escobar. Contrairement à ce qu’on pouvait raisonnablement supposer, les passants sont loin de se montrer hostiles à l’égard de Popeye. Des hommes et des femmes de tous âges l’arrêtent, prennent des selfies, lui font la conversation ou demandent poliment un autographe. Exactement comme des jeunes personnes se comporteraient chez nous avec Squeezie ou Issa Doumbia. Sa cote de popularité plutôt gênante s’explique en premier lieu par une adaptation rapide aux standards de notre ère. Sa chaîne YouTube, lancée au lendemain de sa libération, regorge de vidéos «qui dénoncent». Une façon pour lui de jouer le défenseur des opprimés auprès de ses 435 000 abonnés. En réalité, il ne fait souvent qu’enfoncer des portes ouvertes en pointant du doigt les maux déjà bien connus de la société colombienne comme la corruption dans l’administration. Son activisme digital lui permet de se mettre dans la poche un paquet de monde : certains voient en lui une sorte de Robin des Bois tatoué, et d’autres une célébrité du net comme les autres.

Narcos retrace le parcours du Cartel de Medellín. Pour le retour de la série, on pouvait difficilement trouver mieux qualifié que Popeye, ex-tueur à gages de Pablo Escobar, pour procéder à un contrôle qualité. Et bien entendu nous tirer le portrait d’«El Patrón» dont le culte persiste toujours puisqu’aux dernières nouvelles, des gens viennent faire bénir des objets sur sa pierre tombale. Moments clés d’une interview obtenue sur WhatsApp avec un gaillard qui, malgré un retour dans le droit chemin, prête toujours allégeance à son ancien employeur.
Popeye1Quel est le degré de réalisme de la série Narcos ?
Jhon Jairo Velásquez : 
La série Narcos est une fiction, comme le dit Netflix. Ils ont pris comme premier rôle un acteur (Wagner Moura, ndlr) qui parle portugais pour toucher le marché brésilien qui est vraiment immense. Selon moi, c’est 50% fiction, 50% réalité. Il y a du libre arbitre de la part de Netflix. Pour connaître la réelle histoire de Pablo Escobar Gaviria, il faut consulter internet et les livres des membres du Cartel. Mais la série est réussie. La production m’impressionne. Netflix est très professionnel. C’est pour cette raison que la série rencontre ce succès.

Trouves-tu le personnage de Pablo Escobar conforme à l’original ? 
Non. Pablo Escobar Gaviria était un homme qui ne sortait jamais de ses gonds. C’était un homme qui ne se réjouissait pas quand quelque chose de bien lui arrivait ni était triste quand quelque chose de mal survenait. C’était un homme qui gardait toujours le même ton de voix. C’était un homme qui gardait toujours le contrôle. C’était un homme qui ne buvait pas beaucoup, il ne s’enivrait jamais. Il buvait seulement une demi-Heineken et fumait une demi-cigarette de marijuana. C’était un homme tranquille de peu de paroles mais quand il parlait, tout le monde tremblait.

Il n’y a aucun Popeye dans Narcos. Cependant, des personnages partagent des points communs avec toi. Tu te reconnais dans la série ?
Dans la série, je ne me reconnais pas. Les gens de Narcos ne m’ont pas contacté. Ils n’ont pas utilisé le personnage. Il y a plusieurs personnages qui me ressemblent mais ils ne sont pas moi. Je ne sais pas si c’est vrai, mais on m’a dit que des personnes liées à Netflix veulent me contacter. Beaucoup de fans de la série demandent pourquoi Popeye n’apparaît pas. C’est sûrement parce que la série Alias JJ (disponible uniquement en Espagne et en Amérique du Sud sur Netflix, ndlr) m’est déjà consacré.

Au début de tes vidéos YouTube, tu te présentes toujours comme «El general de la mafia», tel inscrit sur ton tatouage. Plus globalement, lorsque tu évoques ton temps au sein du cartel, tu parais presque nostalgique. Tu considères cette période comme «le bon vieux temps» ?

À l’intérieur du cartel, j’étais très heureux car je côtoyais Pablo Escobar de près. Nous étions en guerre totale, et cette guerre, nous l’avons gagnée plusieurs fois, que ce soit via l’accord de 91 ou contre les narcos concurrents. Nous avons su vaincre nos différents adversaires. Aujourd’hui, j’ai découvert les petits plaisirs de la vie : une bière fraîche, un coucher de soleil, un jour de pluie, le sourire d’un enfant, se promener dans les rues, la tranquillité et le fait de ne plus être «chassé». J’ai 55 ans aujourd’hui et je suis beaucoup plus relax’ qu’avant mais je considère le temps passé avec Pablo Escobar comme la meilleure période de ma vie.

Tu ne rendais au départ que des petits services au Cartel. Comment es-tu parvenu à monter en grade ?
Je viens de quitter la marine et la police, et je me vois proposer un job de chauffeur et de garde du corps par une jeune femme dans le quartier d’El Poblado, le quartier riche de Medellín. Cette jeune femme, Mademoiselle Elcy Sofía, était une amante de Pablo Escobar. Le patron a fini par mettre fin à sa relation avec elle et moi j’ai continué de travailler directement avec lui. Je suis entré au Cartel à force de discipline et de loyauté, et je suis monté en grade. Quelqu’un dans une organisation comme celle-là commence par accomplir de petites tâches. Je n’avais pas l’expérience au départ pour faire des gros boulots comme séquestrer Andrés Pastrana Arango, tuer le procureur, participer à la mort de Luis Carlos Galán
ou affronter la police, comme il est arrivé que nous tuions 540 policiers et en blessions 800 dans les rues de Medellín en Colombie. J’ai monté les échelons tout doucement jusqu’à devenir le général des armées de Pablo Escobar Gaviria.
Popeye2Tu sembles avoir été immédiatement fasciné par le personnage. Qu’avait-il de si ensorcelant ?
Pour nous, Pablo Escobar Gaviria n’était pas un patron, ce n’était pas un ami, ce n’était pas un chef, ce n’était pas un leader, c’était un dieu. Pablo Escobar Gaviria était un homme bien trop humble. Avec tout ce pouvoir et tout cet argent, il était étonnamment humble et tranquille. C’était un homme qui nous respectait beaucoup, et de ce fait, eh bien nous le respections cent fois plus. C’était un homme qui payait toujours nos assassinats correctement, un homme qui jamais ne nous manquait de respect ni nous frappait. Non, rien de cela. Un homme qui te regardait dans les yeux. Il mangeait et nous invitait à le rejoindre à sa table. Il adorait le ‘arroz con huevo’ (du riz avec de l’œuf), le ‘tajadas de maduro’ (plat à base de banane plantain) et l’aguapanela, qui est une chose issu
e de la canne à sucre, un liquide qui se fabrique à partir de panela. Sa simplicité est ce qui m’a le plus impacté - je n’ai jamais vu la peur dans ses yeux alors même que nous étions encerclés par la CIA et la DEA. La tranquillité avec laquelle il affrontait le danger, comme il s’en moquait ! Être avec lui lors d’une opération militaire était un spectacle. Il est peu probable qu’un homme tel que lui réapparaisse dans la mafia.

Quels sont les mensonges principaux circulant à son sujet ?
Ce qu’on racontait le plus souvent comme mensonge, c’était qu’après avoir couché avec une jeune femme, il la tuait. Pablo Escobar était un homme qui pensait aux autres. C’était un assassin, mais il tuait ceux qui s’opposaient à lui. Ce qu’on dit aussi, c’est qu’il y aurait d’énormes sommes d’argent enterrées. 600 millions de $, 1 000 millions de $, 300 000 millions par-ci, par-là... tout ceci est faux. Il n’y a pas d’argent enterré, d’abord parce que tout l’argent du trafic de drogue ne s’enterre pas. Très peu de trafiquants enterraient l’argent, on gardait seulement les billets de 50 et de 100 $. On faisait des liasses de 100 000 $ qu’on dissimulait dans un mur parallèle construit dans ce but précis. Pour récupérer l’argent, on cassait quelques briques, on prenait les billets, on comblait le trou puis on repeignait par-dessus.
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Entre narcos, on s’offre des petits cadeaux à Noël et aux anniversaires ?
Rien pour les anniversaires, nous étions en guerre et comme on dit là-bas, “en période de guerre il n’y a pas de messe qui tienne”. Nous ne nous souhaitions pas nos anniversaires, non. Nous étions des hors-la-loi en bande criminelle organisée et personne ne vous parlait de son anniversaire. Lorsqu’il y en avait, on le célébrait en famille, en-dehors avec des amis, mais on ne prévenait personne du cartel de Medellín. Vous n’alliez pas voir le patron pour lui dire “Salut patron, je fête un an de plus”. Rien, zéro - le seul anniversaire que l’on fêtait au sein du cartel de Medellín, c’était le 1er décembre, date de naissance de Pablo Emilio Escobar Gaviria, lorsque nous étions dans la montagne sous une tente ou encerclés par l’armée, la CIA, la DEA ou encore par la police colombienne. On se prenait dans les bras, on disait : “Patron, joyeux anniversaire”, et voilà. Là-bas, on ne se souciait pas de ça. Le patron n’était pas vraiment un tendre, il était un homme sérieux tout comme nous. Quand tu marches aux côtés d’un leader comme Pablo Escobar Gaviria, lorsqu’il te parle, tu réponds mais tu n’abordes aucun autre sujet à ton initiative, il n’y a pas de place pour les démonstrations mielleuses de sentiments. A Noël, eh bien il nous offrait de l’argent. Parfois il nous donnait 50 – 100 000 $, 70 ou bien encore 200 000 $ en fonction de l’accessibilité de l’argent, parce que bien souvent, nous étions encore dans la montagne à nous battre. Mais la douceur n’était pas vraiment au rendez-vous, tout comme les cadeaux ou autre chose. Lorsque quelqu’un voyageait en dehors du cartel, il lui ramenait des bricoles qu’il aimait, comme par exemple ces tennis Nike qui le fascinaient, celles avec des bulles d’air en plastique en-dessous pour marcher en montagne. Ou bien encore une chemise, un jean de la marque Newman ou une petite montre Cartier, des petites choses comme ça. On lui ramenait des choses mais ça ne faisait pas trop sens de lui en offrir beaucoup parce que le patron n’était pas vraiment matérialiste. 

Au sein du cartel, vous vous considériez comme une bande de Robin de Bois ?
Pour ma part, non ! J’étais juste un travailleur, j’étais un bon travailleur mais ma fonction était de me battre pour Pablo Emilio Escobar Gaviria et le cartel de Medellín. Pablo Emilio Escobar Gaviria lui était bien un Robin des Bois, car 90% de la population de Medellín et de Colombie était pauvre et il aidait énormément les pauvres avec leurs maisons, la santé, les terrains de football et les marchés. Pour Noël, il n’oubliait pas les jouets pour les enfants pauvres. Pablo Escobar Gaviria volait les riches pour donner aux pauvres. Mais lui, il volait les USA car il ramenait l’argent de là-bas et y envoyait de la cocaïne. L’argent qu’il ramenait bénéficiait aux pauvres et à énormément de riches de Medellín car les entreprises étaient fauchées et Pablo Escobar a commencé à acheter des propriétés dix ou vingt fois plus chères que ce qu’elles valaient, ainsi les riches ont repris une bouffée d’air frais. Medellín est respectée partout dans le monde grâce à lui. D’ailleurs, une revue des années 80 a qualifié Pablo Escobar Gaviria de «Robin des Bois paisa», «paisa» signifiant quelqu’un de la région d’Antioquia.

Le zoo de Pablo reflète assez bien la démesure et l’exubérance qui le distingue des gangsters plus «classiques». Hormis la frime et le plaisir des yeux, quelle était l’utilité dans le cadre du trafic de drogue? Je veux bien des précisions sur la logistique aussi.
Pablo Escobar Gaviria savait ce qu’il faisait. Il ne laissait rien au hasard. Le but du zoo était d’accéder légalement à la piste aéroportuaire, chose faite puisque l’autorité de l’aviation qui contrôle les pistes en Colombie à cette époque et encore aujourd’hui nous a délivré un permis grâce à ça. On disait au gouvernement et aux fonctionnaires que la piste était nécessaire pour les touristes du zoo. Et il y avait là-bas plus de 15 000 animaux vivants. Tous ces animaux venaient d’Afrique, de Miami, de beaucoup d’autres endroits. Les animaux arrivaient à l’aéroport de Medellin, le Olaya Herrera, avant d’être acheminés en camion jusqu’à Hacienda Napoles. Toutes ces manœuvres étaient approuvées par les autorités (on les soudoyait). Il s’agissait de faciliter la logistique du narcotrafic : la piste de la Hacienda Napoles servait principalement à envoyer la cocaïne jusqu’aux US. En 1984, les américains interpellent le pilote Barry Seal et sa cargaison de cocaïne. Barry Seal coopère avec les autorités américaines. C'était un pilote de la guerre du Vietnam qui savait tromper les radars à l’entrée des USA. Carrillo, le seigneur du ciel, était celui qui passait la cocaïne depuis le Mexique jusqu’aux US pour Pablo. Ensuite, en février 1986 à Baton Rouge en Louisiane, le patron a tué Barry Seal, le pilote qui l’avait trahi.
Pablo_Escobar_MugAu fond, quel élément a causé sa perte, quel était son talon d’Achille ?
Indiscutablement, le point faible de Pablo Escobar Gaviria était sa famille. C’est pour elle qu’il est mort. Ça s’est passé pendant une vaste opération de la CIA lors du retour d’Allemagne de la famille de Pablo. Après notre fugue de la prison La Catedral, j’ai reçu l’ordre de faire partir sa famille pour l’Allemagne, afin qu’il puisse mener la guerre d’une façon plus violente, avec des voitures piégées et tout ça. La CIA a demandé au gouvernement allemand de rapatrier la famille de Pablo, ce qui est arrivé. Du coup, ils se sont retranchés en Colombie et je les protégeais parce que nous avions tout le monde contre nous : la CIA, la DEA, l’armée colombienne, le gouvernement colombien, le cartel de Cali, les paramilitaires... tout le monde.  À cette époque, à la fin de la guerre, dès que la famille de Pablo se trouvait dans un bâtiment, quelqu’un y déposait une bombe. Du coup, on les déplaçait en permanence. Ils ne pouvaient rester nulle part longtemps. Par conséquent, une fois, Pablo est resté 22 minutes au téléphone avec sa famille depuis un seul et même endroit - et c’est à cause de ça qu’ils ont réussi à le tuer. Son point faible était sa famille ; il n’y en avait pas d’autre, ni l’argent, ni rien. Enfin, son seul autre point faible était peut-être de mener trop de guerres en parallèles, cela l’affaiblissait. Quand il est mort, il y avait cinq guerres en cours contre lui...

Comment les narcos ont-ils réagi à sa mort ?
En Colombie, les mafieux ont jubilé : la mafia de Cali, celle de Bogota, celle de Medellín, celle des plaines orientales, celle de la côte. Pourquoi ? Parce que Pablo Escobar Gaviria était devenu un problème pour les affaires. Beaucoup de narcotrafiquants concurrents sont devenus multimillionnaires grâce à sa traque. En aidant à éliminer Pablo Escobar, les narcotrafiquants obtenaient la protection des autorités et sécurisaient ainsi leur business. Beaucoup de policiers, de militaires, de fonctionnaires du gouvernement se sont enrichis à cette occasion. La mafia était ravie, surtout celle de Cali. Certains ont festoyé pendant trois jours avec de l’alcool et des orchestres.  Il n’y avait plus aucun orchestre de libre, tout le monde dansait dans les rues. Il y eut une fête à l’ambassade nord-américaine et même dans certaines villes des États-Unis. Les narcotrafiquants organisaient de grandes fêtes. Mais ils ne se rendaient pas compte qu’au moment où ils célébraient la mort de Pablo, ils avaient aidé à tuer celui qui leur permettait de rester en Colombie. Pablo étant la garantie du fait qu’il n’y avait pas d’extradition en Colombie, car nous avions fait tomber cette loi le 19 juin 1991.
La mafia organisait une grande fête et ce jour-là, ils fêtèrent non seulement la mort de Pablo mais aussi la leur, parce que la DEA qui avait jusque-là coopéré avec la mafia a fini par se retourner contre eux. Iront en prison 'les 4 de Cali' : Miguel Rodríguez Orejuela, Gilberto Rodríguez Orejuela et José Santacruz Londoño, qui sont capturés, et Elmer Herrera Buitrago, qui se rend.
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Il y a beaucoup d’allées et venues autour de sa tombe ?
Oui, beaucoup de personnes désargentées y vont, des personnes humbles qui vont prier sur la tombe de Pablo Emilio Escobar Gaviria. Ils lui font part de problèmes économiques, demandent de l’aide, apportent des fleurs. Cela fait plus de 24 ans que Pablo Escobar est enterré là-bas, au cimetière de Monte Sacro, dans la tombe au pied de la chapelle, aux côtés de ses proches et d’Álvaro de Jesús Agudelo alias «Limón». Il y a aussi des gens qui vont consommer de la cocaïne sur la pierre tombale, fumer de la marijuana ou apporter des armes pour les bénir avant de commettre un meurtre. Pablo Escobar Gaviria est un mythe mondial et énormément de personnes vont visiter sa tombe. Beaucoup de personnalités internationales viennent jusqu’à la tombe de Pablo Emilio Escobar Gaviria. Oui, énormément de personnes vont se recueillir là-bas et le prient, car Pablo Escobar Gaviria aimait les pauvres et les aidait.

Dans des documentaires, on voit pas mal de gens t’approcher chaleureusement, te serrer la main et te faire des compliments. J’étais un peu surpris. Comment expliques-tu ta forte popularité avec les locaux ?
Les personnes modestes prennent des photos avec moi dans la rue. Des gens à qui Pablo avait offert des petites maisons, des cadeaux de Noël pour leurs enfants. Pablo se battait pour les pauvres. Et comme aujourd’hui, il n’est plus accessible, les gens viennent me voir moi, un de ses anciens hommes. Je ne suis pas adulé pour mes crimes mais plutôt pour avoir su changer de vie, pour avoir survécu à une peine de prison de  23 ans et 3 mois. De plus, j’ai une exposition médiatique importante grâce à ma série Alias JJ diffusé sur Netflix en Amérique du Sud, grâce à ma chaîne YouTube et aux nombreuses interviews données à des chaînes de télévision nationales et internationales. Résultat, les gens me reconnaissent. Sur cent personnes qui m’approchent dans la rue, seulement une se montre agressive. C’est une bonne statistique.
PopeyeTu avais pas mal d’ennemis à l’époque du Cartel, puis encore en prison, où tu as échappé à plusieurs tentatives d’assassinats. Ta vie est toujours menacée aujourd’hui ?

Oui, clairement, la guerre du Cartel de Medellín a laissé 50 000 morts. Il y a beaucoup de victimes. J’ai des ennemis puissants comme les frères Ochoa Vásquez, du clan Ochoa. Juan David est mort d’un infarctus il y a de ça à peu près huit ans, mais il reste Jorge Luis Ochoa Vásquez, qui est ici à Medellín, et Fabio Ochoa Vásquez, qui est prisonnier aux USA. J’ai témoigné contre eux car ils m’ont accusé - alors que j’étais en prison - de les racketter, et ils m’ont collé un procès avec ça. Alors j’ai dit très bien, si vous voulez que je fasse encore plus de prison, allons-y, parlons de vos liens avec le Cartel de Medellín. Je suis donc témoin à charge du clan Ochoa. J’ai mes ennemis oui, mais je sais me protéger. J’avance, et je ne pense pas au fait qu’ils peuvent me tuer. Je vais de l’avant en faisant mon travail.

A quoi ressemble ta journée-type ?

Je me lève à 6h du matin, je travaille sur ma chaîne YouTube car je suis YouTubeur - elle s’appelle “Popeye_arrepentido” (Popeye repenti, ndlr) -, j’ai aussi mon Instagram sous le pseudo “Popeyeleyenda” (Légende Popeye), je suis sur Twitter et j’ai ma page Facebook, qui s’appelle également “Popeyeleyenda”. J’ai mes comptes sur les réseaux sociaux, je travaille sur mes livres... J’ai écrit deux livres : le premier s'intitule El Verdadero Pablo - sangre, tradicíon y muerte (le vrai Pablo - sang, tradition et mort), le second Sobrevivir a Pablo Escobar (survivre à Pablo Escobar). Sur ma page, je vends mes livres dédicacés à travers le monde. Je m’amuse énormément car mon second livre, Sobrevivir... , a fait l’objet de cette série de 60 épisodes produite par Netflix, Alias JJ, donc. On ne peut pas l’appeler Popeye à cause des droits d’auteur de la bande dessinée sur Popeye le marin, mais dans la série, on parle bien de moi comme Popeye. Cette série m’a apporté beaucoup de reconnaissance dans le monde. Je profite de cela et je travaille dur, je travaille à fond sur ma chaîne et je me consacre totalement à une économie légale. Être YouTubeur est très compliqué car on passe beaucoup de temps à répondre aux gens sur les réseaux sociaux. Je reste très présent dans les médias en donnant des interviews et en faisant des documentaires. J’en ai fait avec le National Geographic, avec le History Channel,  le Discovery Channel, avec les Russes, les Anglais et avec les Espagnols.  En ce moment même
, je me consacre à mon film, que j’ai appelé X Sicario Profesional (Ancien tueur à gage professionnel). Contre toute attente, ce film, qui traite de la ville de Medellín et que les autorités avaient à l’œil à cause des coups de feu lors de certaines scènes, va bien sortir. On en a entendu parler dans les médias, mais ce n’étaient que les coups de feu d’une arme factice pour le cinéma. Ce n’était pas un vrai pistolet.

++ Popeye est (omni)présent sur Twitter, Instagram et YouTube.
++ Son témoignage Surviving Pablo Escobar est disponible au format digital ici.