L'explication est somme toute assez attendue : ça commence par un duo avec Nelly Furtado aux NRJ Music Awards. Nelly est conquise, en touche un mot à son copain Timbo : s'ensuivent rendez-vous entre managers, matages des DVD live, rencontre des deux intéressés, et huit mois de studio plus tard : voici MP3 (titre trouvé par Mouloud Achour, apprendra-t-on). Rien de très palpitant, donc.
Pourquoi diable écrire alors sur M. Pokora, penserez-vous ? Parce que la collaboration M.P/Timbo pose plusieurs questions croustillantes : annoncerait-elle le déclin du magna du RnB ? Lui refourguerait-il ses fonds de tiroirs ? Mieux encore : Timbaland réussirait-il à nous faire apprécier un son du chanteur des Link up ?

Pas question donc d'y aller à la batte sur M.P : tentons d'avoir un peu d'honnêteté intellectuelle, et posons-nous donc la question comme si c'était normal : que vaut le nouveau M. Pokora ? En attendant la réponse en fin d'article, partons ensemble en compagnie de journalistes de Starlive, Livestar et Julie, à la rencontre du Justin Timberlake français (comparaison apparemment abusive sur laquelle on reviendra avec lui). Rendez-vous donc chez EMI dans une salle de conférence avec plein de viennoiseries. Matt est cool, tatoué, et drôlement gentil. Résumé en 5 points et quelques scoops.

1/ Non, M. n'est pas un produit marketé comme un autre :
« Mon album, je l'ai produit tout seul : je n'étais plus en contrat avec Universal M6, et j'ai signé chez EMI une fois que l'album était prêt. J'ai fait moi-même tous les rendez-vous, je me suis déplacé moi-même à L.A., à NY, pour présenter mon projet: c'est pas comme si c'était une commande. Moi, je ne suis pas dans cette optique - et je l'ai jamais été -, de dire: " Salut j'arrive, je veux que la chanson soit déjà écrite." »

2/ M.P n'a pas eu les fonds de tiroirs de Timbo…
« Face à Tim, j'ai eu mon mot à dire. Pour moi c'est important d'avoir ma carte blanche. Il commençait à travailler sur des ébauches de morceaux, moi je disais : "Ça j'aime, ça j'aime pas". »

3/…quoique…
« J'ai eu la chance d'écouter l'album de Madonna (aussi produit par Timbaland, ndlr), pfffff c'est méchant ! Faut pas qu'elle sorte en même temps que moi, elle va faire oublier tout le monde ! J'étais jaloux, le nombre de fois où on me tendait le casque on me faisait : " Ecoute !" Je disais : " C'est pour moi ? Je peux le prendre pour moi ? " " ha non, c'est pour Madonna ! " »

4/ non, M.P N'EST PAS UN CLONE DE JUSTIN !
« Alors on va remettre les choses au clair, parce qu'aux NRJ Music Awards (où M.P a fait une perf en gilet /cravate, ndlr) je me suis dit "houla, ça commence à être chiant". Y a trois ans, avant que MONSIEUR Justin Timberlake ne revienne avec ses costumes, j'ai fait une performance ou j'étais en costume aussi. Et là, SOUS PRETEXTE que moi aussi j'ai bossé avec Timbaland, qu'on a le même chemin du groupe (NSync pour J.T, Link up pour M.P, ndlr) puis de la carrière solo…, qu'on est tous les deux blonds aux yeux bleus, avec un physique qui peut se rapprocher de lui, ça j'y peux rien, je suis né comme ça… y a aussi le fait d'être un blanc dans ce genre de musique, bon d'accord... Mais maintenant, une chose : je suis pas FAN de J.T comme certains le prétendent !! Et si je faisais tout pour lui ressembler, j'irais pas faire tous mes tatouages.» OK M.P, sorry.

5/ M. n'a pas la langue de bois, il lâche même des scoops monstrueux…
Est-ce vrai, M.P, que Timbaland a refusé de faire l'album de Michael Jackson ? «Ha non, pas du tout, l'autre jour justement je parlais avec le staff de Tim, ils me disaient qu'ils étaient en train de bosser dessus. Oups, je devrais ptet pas le dire ça?»

6/ M.P nous réserve encore des surprises :
« Y'en a un que j'ai jamais fait que je veux vraiment faire (sic), c'est Pharrell Williams, mais pas pour le genre de choses qu'il fait avec Gwen Stefani, plus pour ce qu'il faisait avec son groupe NERD. J'ai eu l'occasion de le rencontrer y a trois semaines à la fashion week, on a eu un premier contact, on s'est rencontrés à son hôtel, et je pense qu'à l'avenir on va être amenés à faire quelque chose ensemble. »

Voilà, on a calmement écouté ce que Matt avait à dire. Si on salue l'audace d'un « pourquoi pas moi ? » très frais, le résultat laisse dépressif. Car réfléchir au cas M. Pokora, c'est malheureusement se heurter à notre propre loose de Français. Ça fait cinquante ans qu'une frange de la culture populaire tente de faire comme aux Etats-unis en s'infligeant des humiliations patriotiques à intervalles réguliers (d'Hugues Aufray, le wannabe Dylan français, avec Dans le Souffle du Vent à Lorie, la Britney du Val d'Oise). Cette tentative-là va encore plus loin en allant chercher à la source les ingrédients qui font le succès de la pop US. Problème : on n'arrive pas trois ans après tout le monde en espérant faire sensation. Sur MP3, même Timbaland s'autoparodie, on retrouve les figures imposées et déjà soûlantes de la Timbo's touch : gros beats qui fracassent, voix filtrées, échos et petits ponts planants par-ci par-là, avec une influence 90's très boys' band pas vraiment obligatoire ; et si les instrus laissent un petit espoir à chaque nouveau morceau, les mélodies sont franchement désastreuses. Malgré tout, des sorties de MP3 sont déjà prévues au Danemark, Mexique, Japon, etc., et les chances de subir Dangerous au Shopi sont d'environ 99 %. Oui, au fond, c'est vrai : à quoi bon écrire sur M. Pokora ?

Photo: DR+Gigi's Touch.