• Quels sont les artistes et les producteurs qui t'ont donné envie de faire de la musique ?
    Detect : Jean-Michel Jarre a dû m'influencer à un moment. J'avais acheté ses K7Synthétiseur vol. 1 et 2 à l'époque. Je ne sais pas trop si j'aimais en fait, ça me rendait triste, je crois, mais mes parents m'ont offert un petit synthé Bontempi à Noël une année, je devais avoir 8 ou 10 ans, et j'ai commencé comme ça. Mais c'est surtout en découvrant le hip hop, vers 11 ans, que j'ai eu envie de faire de la musique. Dr.Dre, De La Soul, Run DMC et ensuite la découverte des vidéos de DJs avec les Scratch Pickles, Q Bert et Mix Master Mike. Là, ç'a été la révélation.

    A priori, tu viens plutôt de la scène hip hop, comment t'es-tu mis à aimer l'électro ?
    Detect : J'ai toujours écouté des musiques différentes. A chaque période de ma vie, j'ai découvert des artistes ou des genres musicaux qui m'ont influencé d'une manière ou d'une autre. J'ai écouté beaucoup de hip hop, je pense en avoir fait le tour maintenant, et Run DMC reste le meilleur groupe pour moi. Mais, au final, j'étais attiré par le hip hop grâce aux samples qui apportaient une chaleur et de l'émotion aux morceaux. Du coup je me suis intéressé à la « vraie musique » rapidement : jazz, rock, pop, folk. Tout m'intéressait. Je prends autant de plaisir à écouter KMD que The Smiths, Devo, les Beatles ou Drexciya. Ce sont des émotions et ambiances différentes. Mais ça se reflète aussi dans mes sets. Tu ne me verras jamais faire un mix autoroute de 2h. J'aime casser le rythme, tenter des trucs, mélanger les genres. J'ai toujours fait ça. Sinon je m'emmerde. J'ai découvert l'électro avec Boards Of Canada et Drexciya fin 90. J'ai très rapidement voulu intégrer ça à mes sets hip hop.

    Dans ta vie, que se soit en tant qu'auditeur ou musicien, y a-t-il un temps pour le rap et un temps pour l'electro ou tout est lié?
    Detect : Bizarrement, je n'écoute pas du tout d'électro chez moi. Ça me fait chier, c'est vraiment une musique de club, faite pour être écoutée en club fort. Le rap, j'en écoute pas vraiment non plus, sauf des vieux trucs : Run DMC, KMD, Saafir, Tuff Crew… Mais quand je fais du son, c'est à l'instinct, pour moi il n'y a aucune barrière de genre. Tout est lié.

    Comment se porte la scène rap française « indé » ou « alternative » actuellement : plutôt mal, non ?
    Detect : J'en sais rien, mais c'est pas terrible je crois. J'ai beau en être acteur d'une certaine manière, je ne m'y intéresse pas du tout.

    Et pourquoi ça, alors qu'on avait l'impression, il y a quatre ou cinq ans, qu'elle allait enfin donner vraiment quelque chose ?
    Detect : De toute façon en France, rien ne peut marcher, commercialement parlant. Je veux parler des trucs biens. Même si une scène s'est créée, il y a 7 ans à Paris, avec des groupes comme Klub des Loosers, TTC, La Caution, chacun a tracé sa route, fait des disques, c'était le but. Je n'imaginais pas une seconde qu'un de ces groupes puisse exploser auprès du grand public avec ce genre de musique. Quoi que tu fasses, avec ou sans promotion, tu ne peux pas vendre plus de 15 000 albums en France en faisant du hip hop comme ça. Encore moins avec l'évolution du marché du disque. Mais bon, avec Fuzati on a toujours été conscients de ça, et de toute façon, on a jamais compté sur la musique pour vivre. Si tu dépends financièrement de la musique, ça fausse ton rapport avec elle.

    T'écoutes encore du rap français ?
    Detect : Non, pas trop. Je suis resté bloqué à La Cliqua et aux X-Men. Les seuls trucs que j'écoute aujourd'hui sont les textes de Fuzati.

    Quels sont les groupes, français ou internationaux, que tu apprécies tout particulièrement aujourd'hui ?
    Detect : En garage, il y a les Black Lips, qui est un des meilleurs groupes actuels. Lightspeed Champion, sur Domino, c'est Dev (ex-Test Icicles). Son album est hyper bien, il a enregistré avec les musiciens de Bright Eyes. Sinon, j'écoute pas grand-chose de récent à vrai dire, rien ne m'emballe plus d'une semaine, c'est un peu le problème avec la musique actuelle.

    En combien de temps composes-tu un morceau et comment ça se déroule plus ou moins ?
    Detect : Je n'ai aucun processus. Je fais tout au feeling. Ça donne souvent de la merde, mais je tente des trucs. Je n'ai pas de formule. Parfois je mets une heure pour faire un morceau, parfois trois mois. Mais j'ai remarqué que les morceaux que je préfère ont été faits hyper vite pour la plupart. Je ne comprends pas trop les gens qui fonctionnent avec un système précis de production. Enfin, si je comprends, mais c'est pas du tout ma conception de la musique. Je ne fais pas de la musique pour les gens, je la fais pour moi avant tout. Après, si ça peut sortir en disque et toucher les gens, c'est génial. Mais ce n'est jamais le but initial. Je ne me dis jamais « il faudrait que j'utilise ce genre de son, comme machin, ça claque bien en club et les gens attendent ça. » D'ailleurs sur mon maxi Dance Division, mes deux morceaux ne sont pas dance floor du tout, je ne sais pas faire, et je n'ai pas envie d'apprendre, soit ça vient tout seul soit ça vient pas et tant pis. Yuksek et Blende se sont chargés de cet aspect. Je recherche avant tout l'émotion dans un morceau. C'est pour les samples et l'émotion qui s'en dégageait que j'étais attiré par le hip hop au départ. Il faut que la musique provoque quelque chose de fort pour que ça me touche. Donc ce que je travaille en premier c'est les mélodies, les ambiances. Quand c'est réussi, on a tout de suite des images qui arrivent en tête ou des sensations. Parfois, je pars même d'une sensation, d'un sentiment pour essayer de recréer ça dans une mélodie. Mais je m'en tape que ça « sonne bien, avec un gros son». Les disques que je préfère ont presque tous un son de merde parce que les mecs ont enregistré ça dans leur chambre ou sur un 4 pistes à l'époque.

    C'est compliqué de combiner ta carrière solo et ta place au sein du Klub des Loosers ou Tiebreak ?
    Detect : Rien n'est compliqué. La vie est déjà beaucoup trop compliquée pour en plus se prendre la tête avec la musique. Pour moi c'est une échappatoire. Tout doit se faire de manière naturelle. Si c'est forcé ou trop réfléchi ce n'est pas sincère, et ça se sent. Ce qui donne une humanité dans la musique, ce sont les failles. Il faut un temps pour tout. Je ne me force pas. Dès que j'ai une idée, j'essaye d'aller jusqu'au bout.

    Tu te sens plus DJ ou producteur ?
    Detect : Je me sens rien du tout. Je n'ai jamais voulu mettre la particule « DJ » devant mon nom d'ailleurs. C'est infernal un mec qui s'auto-proclame artiste, DJ ou je ne sais quoi.

    Y a-t-il des projets que tu regrettes d'avoir fait ?
    Detect : Non, ça m'a appris plein de choses de toute façon. Mais il y a certains projets dont je suis plus fier que d'autres bien sûr.

    Quels étaient tes objectifs par rapport au EP Bande à Part ?
    Detect : Faire 6 morceaux cohérents, avec la même intensité, la même émotion et la même intemporalité pour en faire un bel objet dont je sois fier.

    Musicalement, tu le décrirais comment ?
    Detect : Je suis hyper nul pour décrire ma musique. Je m'inspire à la fois de plein de choses, mais en même temps de rien. Bande à Part reste quand même très inspiré rock psyché 70's avec des relents de hip hop. Ça pourrait être une B.O de film de l'époque avec un mec triste qui marche sur une plage déserte.

    Tu en es content ?
    Detect : Oui.

    Pourquoi avoir choisi de signer sur le label suisse Mental Groove ?
    Detect : Parce qu'ils me l'ont proposé. Je n'ai jamais démarché pour quoi que ce soit en fait. C'est très récent que je fasse écouter ma musique. Avant je faisais ça pour moi, et je gardais ça pour moi. Aujourd'hui je le fais toujours pour moi, mais je fais écouter ça plus facilement, et encore …

    Tu te cherches encore musicalement ou tu as l'impression de t'être trouvé ?
    Detect : Je ne me suis déjà pas trouvé moi-même, donc encore moins musicalement. Je pense que ça va évoluer, mais je m'en approche. C'est ce que j'ai entamé avec Tiebreak. Mon but à terme est de faire un album complètement intemporel, composé de A à Z seul, en y mettant toute mon âme et qu'on pourra réécouter dans vingt ans.


    Interview Minute

    Le meilleur film que tu as vu récemment ?
    Hmm, La Bombe de Peter Watkins je crois.

    Le meilleur livre que tu aies lu récemment ?
    Demande à la Poussière de John Fante. Je viens de découvrir ce classique.

    Ton album préféré de Gainsbourg ?
    Melody Nelson pour l'ensemble et ses arrangements incroyables. Anna, pour 3 morceaux en particulier.

    Ta série US préférée ?
    Seinfeld, je suis hyper fan. C'est d'ailleurs la seule série que je possède en DVD.

    Ton T-shirt préféré ?
    Un vieux T-shirt d'un combat de boxe entre Tyson et Biggs. Il est usé, on voit à travers.

    Ta paire de chaussures préférée ?
    Mes Adidas Samba.

    Le disque vinyle que tu possèdes qui a la plus belle pochette ?
    Un groupe de garage suédois qui s'appelle Stomachmouths, la pochette est dingue. Et le premier album des Brésiliens Os Mutantes.

    Tektonik ou rock acrobatique ?
    La tektonik c'est vraiment l'enfer. Mais bon ça me fascine, je capte que dalle.

    Herbe ou alcool ?
    Une bonne bouteille de vin de Cahors.

    Viande ou poisson ?
    Ange ou Démon ?

    50 Cent ou Kanye West ?
    Je m'en tape en fait. Peut-être Kanye pour sa reprise de Curtis Mayfield, même s'il en a fait un truc horrible.

    Paris Hilton ou Nicole Richie ?
    Paris Hilton. Me demande pas pourquoi, j'en sais rien.

    Beatles ou Rolling Stones ?
    Beatles. Dans mes dix morceaux préférés au monde, il doit y en avoir deux des Beatles au moins.

    West Coast ou East Coast ?
    East Coast pour Run DMC. West pour NWA.

    Foot ou Rugby ?
    Je suis pas trop sport, mais je n'aime pas le rugby du tout.

    Detroit ou Chicago ?
    J'ai découvert la techno avec Juan Atkins et Drexciya, alors Detroit.

    Blonde ou brune ?
    Pour la bière, blonde. Pour les filles, je n'ai pas de préférence.

    Fille d'un soir ou fille d'une vie ?
    Fille d'une vie (sic).

    Amour ou succès ?
    Le succès on s'en lasse vite. L'Amour.

    Vivre lentement / mourir vieux ou vivre vite / mourir jeune ?
    Mourir vite.


    ++ www.myspace.com/detect


  • Propos recueillis par A.C // Photos: DR.