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Interview

Shit Robot - Portrait-Robot

Mercredi, 02 Novembre 2011

Traits verts luminescents, yeux inexpressifs et coiffure tout en érection, Shit Robot pourrait être ce père caché que tous les fluokids de ce monde espèrent découvrir un jour. Sauf que la seule femme avec qui il s’est acoquiné dans sa carrière s’appelle DFA. Un coup de foudre. Dans la vraie vie, Shit Robot tombe parfois son masque scénique pour devenir Marcus Lambkin, quadra Irlandais à l’accent aussi prononcé que les tracteurs de son pays sont aphrodisiaques.


Shit Robot, je préfère être clair d’emblée : tu es la meilleure merde que j’ai jamais écoutée. Et en plus, je ne dois pas être le seul à le penser. Ca te fait plaisir ?
Shit Robot : Bien sûr (sourire) ! C’est toujours un plaisir d’entendre dire que les gens aiment votre merde. De toute façon, avec un nom comme le mien, je m’oblige presque à prendre tout au second degré, à ne pas être trop sérieux. Cela résume dans un sens ma vision de la musique : elle n’est finalement là que pour nous faire danser et passer du bon temps bourrés ! Même si je travaille consciencieusement mes morceaux.

Autant percer le mystère dès maintenant : d’où te vient ce nom de scène aussi peu élogieux ?
Shit Robot : Tout a commencé par une blague en fait. J’étais à New York, il y a quelques années, et je fais un jour la rencontre de James Murphy. On commence à se côtoyer, notamment lors de soirées. Et plus il me voyait, plus il avait tendance à se moquer de mon passé de raver. Il me disait qu’un soir, il me rejoindrait derrière les platines, habillé d’un t-shirt « Je suis avec Marcus » et des gants blancs, tout en imitant un robot qui danserait très mal. Puis on a eu l’idée d’organiser nous-mêmes nos propres soirées. On les a directement appelées les Shit Robot Party. James s’est chargé de dessiner le visuel « robot », qui est finalement devenu notre logo. On s’est vraiment amusés à développer le personnage : ce Shit Robot, qui est un peu le gars dans une soirée que tout le monde connait, mais qui reste dans son coin, savourant un certain plaisir autiste.

L’antithèse de ce que tu dégages le masque tombé finalement. Bon, quel est l’ADN musical de ton robot ?
Shit Robot : J’ai été très tôt marqué par l’Acid House, dès la fin des années 80, quand je sortais en boîte à Dublin, ou lors de mes premières raves, dans d’immenses entrepôts. Les beats de la house music de Chicago m’ont également façonné. Quand j’ai commencé à faire de la musique, j’ai tout de suite voulu mélanger ces deux influences, mais de façon modernisée, actualisée. Qu’il y ait une cohérence avec le temps présent, et non proposer un simple pastiche du passé, du son qui animait les soirées d’antan. Voilà, remettre au goût du jour cette sensation que j’avais quand j’allais à mes premières raves, ouaaah warehouse vibes !


Tu as joué pour Brain à l’occasion d’une soirée Decade (15 avril dernier au Social Club), en tant que digne représentant des 90’s. Est-ce une décennie qui te caractérise bien ?
Shit Robot : Ah cette soirée, incroyable ! Le concept et le son étaient tellement bons. Je me souviens encore du set de James Pants. Tout le monde dans la salle semblait à l’aise, content. Et quand bien même la plupart ne connaissait pas les morceaux passés – trop jeunes – tous dansaient. Les années 90 sont à part : elles représentent quelque chose de spécial pour moi. Surtout le tout début de la décennie, qui me rappelle les grosses soirées dans d’immenses entrepôts. Il y en avait pour ainsi dire toutes les semaines, et moi j’en voulais toujours plus encore.

De quoi se compose ton Live (notamment joué au festival Scopitone mi-octobre) ?
Shit Robot : Déjà, je n’aime pas vraiment appeler ça un Live. Je préfère le terme de Shit Robot Show. Bien sûr, il y a des éléments de Live, mais ce terme, je l’associe davantage à mes potes qui ont un groupe et jouent avec des instruments sur scène. Moi je ne fais que mixer après tout. Après, lors de mes prestations comme celle du Scopitone, il y a un véritable renfort visuel. Je suis entouré de huit écrans, qui balancent des images, des mini-films, qui agrémentent mon son. Presque du Etienne de Crécy finalement. Je ne pourrais pas juste répéter placidement mon album sur scène, ce serait un cauchemar.

Qui s’est occupé de la partie graphique de ton show ?
Shit Robot : C’est Charlie Doran, alias Cool Hand Loop. Il fait partie du collectif Synth Eastwood, basé à Dublin. Je l’ai auparavant briefé sur ce que je voulais : un show visuel qui en mette plein la vue, avec des lumières discos qui se reflèteraient sur les écrans qui m’entourent. C’était assez marrant de bosser avec lui, parce que je voulais garder un côté un peu shitty, et il m’arrivait parfois de lui dire quand il me présentait son travail : too good, more shit !

 


Ok. Ton album From the Cradle to the Rave est sorti maintenant il y a plus d’un an. Pourquoi avoir attendu 40 ans avant de sortir ton premier opus ?
Shit Robot : A la base, je viens d’une génération d’artistes, de DJs, qui n’a pas forcément le réflexe studio-producteur-album. Le fait de traverser l’Atlantique et de m’installer à New York a totalement changé ma vision des choses. C’était fou. Je découvrais les ordinateurs, les studios suréquipés. Ce n’est d’ailleurs qu’une fois les laptops devenus abordables que je m’en suis acheté un. Tout ça pour dire que l’arrivée de ce premier album n’a pas été instinctive pour moi. From the Cradle to the Rave n’est pas du tout issu d’un schéma classique je-pense-à-faire-un-album-puis-je-le-compose. Non, moi je pense avant tout à ma musique, et c’est ce qui me plait. C’est James Murphy qui m’a finalement encouragé « hey, pourquoi pas faire un douze titres ? Tu sais, si tu veux signer sur DFA, tu peux ! ». J’étais évidemment aux anges. Pour la petite histoire, le nom de l’album n’est même pas de moi, mais d’un ami. Je n’ai eu aucune pression pour faire cet album. Certaines chansons étaient déjà écrites, de l’époque où je vivais à New York, presque sept ans donc. D’autres sont plus récentes. Ce n’est qu’une fois en studio que l’on s’est dit, « tiens, pourquoi pas ajouter une voix ici, une autre là ?», faire des collaborations quoi. Et puis une évidence : il nous fallait une chanson plus douce, moins rythmée que les autres. Take Em Up, avec Nancy Wang, est peut-être la seule réfléchie vis-à-vis de l’album.

 

Un clip se fait particulièrement remarquer dans ton album, celui de Tuff Enuff. C’était ton idée la cocotte en papier et le frigo qui parle ?
Shit Robot : Non, c’était davantage l’idée de Maser et Albert Hooi, deux artistes dublinois eux aussi. A la base, je voulais quelque chose de très rythmé comme vidéo pour ce titre. Le stopmotion s’est imposé de lui-même.

 


Un son ressort aussi, un titre pour être plus précis : I Got a Feeling est-il un hommage à notre David Guetta national ?
Shit Robot : David who ? Je ne connais pas ce David Guetta, qui est-il ? Ah, il a fait une collaboration avec les Black Eyed Peas. Eux je les connais oui, mais je ne les écoute pas vraiment. Donc pour te répondre, ce n’est absolument pas un hommage à son encontre, non. Ce titre fait plutôt référence aux nineties.

Parlons peu et bien de ton pays d’origine : l’Irlande. Quel est l’état de la musique électronique au pays des Cranberries ?
Shit Robot : Ta question tombe mal, je déteste les Cranberries (rires). La musique électronique se porte plutôt pas mal en Irlande, il y a une bonne scène. Et surtout toujours, toujours, des grosses soirées, avec de grands noms, chaque semaine. Je le vois bien quand je rentre au pays. Le public est bien éduqué et relativement exigeant là-bas. Il a un goût affirmé. Tu ne peux pas jouer n’importe quoi, n’importe quel son.

Quitter l’Irlande pour s’émanciper aux Etats-Unis : n’est-ce pas un copier-coller de tes illustres ancêtres ? Les mêmes qui ont fait d’Halloween une putain de fête là-bas ?
Shit Robot : Pour moi, comme pour beaucoup d’autres je pense, ce fut un choix très classique finalement, l’appât du rêve américain. J’ai quitté l’Irlande il y a maintenant très longtemps. La vie à l’époque n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Nous étions relativement pauvres. J’ai eu la chance de gagner ma green card à une loterie, puis j’ai traversé l’Atlantique. Je me suis fait connaître petit-à-petit là-bas, j’ai fait écouter mes sons, tenu quelques résidences. Parfois, on me disait « oh tu pourrais revenir la semaine prochaine ? ». J’ai surtout rencontré James Murphy, avec qui je me suis d’emblée très bien entendu. Nombre de mes projets sont nés avec lui.


 

Revenons-en à la robotique. Qu’est-ce que ça fait d’avoir ton avatar pour illustrer le 404 error de Google ? Est-ce une consécration ?
Shit Robot : Oh je me souviens de cette image ! C’est un ami à moi qui l’a postée sur mon Facebook. Non ce n’est absolument pas une consécration. Du tout. Tu sais, quand j’ai choisi ce nom, il n’y avait pas autant de robots. Aujourd’hui, on les met à toutes les sauces. Pareil pour le mot shit : shit disco, shit things. Moi ce que je garde, c’est l’aspect cool, fun. Et puis, il est trop tard pour que je change de nom maintenant.

D’accord. Tu sais, quand je repense aux robots de mon enfance, chacun avait un pouvoir spécifique (C3PO maîtrise plus de 6 millions de formes de communication ; Terminator est indestructible). Quel est le tien, toi ?
Shit Robot : Je dirais que faire danser les gens, les aider à se sentir bien et à faire la fête est un très bon superpouvoir, non ?

Tout à fait. Philosophons un peu pour terminer. Dans le futur, les hommes seront remplacés par des robots pour certaines tâches. Et toi, Shit Robot, qui te succédera ?
Shit Robot : Je suis sûr qu’il y aura plein de jeunes qui remplaceront Shit Robot, des jeunes qui feront des choses nouvelles. Et après tout, Shit Robot, ce n’est pas si sérieux. Ta question l’est trop. C’est juste de la musique pour danser ensemble, être bourré. Je ne vais pas changer le monde. Juste de la musique pour se mettre bien avec ses amis le week-end et faire la fête, merde.

 

Guillaume Blot.

 

Shit Robot sera en DJ set à la We Love DFA le samedi 19 novembre, avec The Rapture, Juan Mc Lean & more. Plus d'infos ici.

Et le 11.11.11 à la soirée DFA 10 YEARS à Marseille au Cabaret Aléatoire. Plus d'infos ici.
 



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