Naeem, penses-tu que le titre de ton album Everything is Boring and Everyone is a Fucking Liar pourrait être un bon slogan de campagne pour la présidence du monde ?
Spank Rock : Oui, ce serait un très bon slogan de campagne. Ne serait-ce que parce qu’il est empreint de sincérité, d’honnêteté.

Enfin quelqu'un pour dire tout haut ce qu'on pense tout bas en regardant les infos. Tu veux commenter ce slogan courageux ?
Spank Rock : Ouah, d’accord, je vois où tu veux me mener. Une interview créative, bien. Je vais réfléchir un peu alors avant de te répondre (pause). Tout est chiant, car on en est encore à se reposer sur des ressources naturelles qui sont épuisables, comme le pétrole par exemple. Même s’il y a des efforts de faits avec l’énergie solaire, de plus en plus utilisée. Et tout le monde ment, parce que personne n’osera te dire ça.

Tu vas plus loin en disant que tu détestes ta génération. Pourquoi on est autant dans la merde à ton avis?
Spank Rock : Je dis que je déteste ma génération parce que j’ai l’impression que les gens de mon âge se créent des besoins superficiels, ont des envies qui ne mènent à rien. Évidemment pas tout le monde, je ne souhaitais pas faire de généralités en disant ça, mais beaucoup de personnes, et c’est révélateur. On devrait plutôt se concentrer sur les notions et concepts de « talent », de « créativité », d’ « intelligence » et être moins obsédés par la recherche de la célébrité.

 


Tu fais déjà des bons scores chez les 13-16 ans, en particulier chez les garçons qui portent du mascara et chez les filles qui laissent leurs copines leur percer le nez avant de se teindre les cheveux en rose puis de les raser. Mais quelles sont tes prochaines cibles démographiques ?
Spank Rock : Oh, je dirais les aliens, ou peut-être les Schtroumpfs (rires). Plus sérieusement, c’est vrai que beaucoup d’adolescents m’écoutent, plus que les « adultes » en tout cas. Mais je ne les exclus pas pour autant. J’aimerais d’ailleurs, dans le prochain album, inclure des solos de saxophone par exemple, des sons plus calmes, plus jazzy.
 

Tu viens de Baltimore via Philadelphie. Comment ton storyteller mettrait-il ton parcours en scène ?
Spank Rock : Comme le Prince de Bel Air, sauf qu’à la place de faire l’ascension Philadelphie – Los Angeles comme le héros de la série, moi ce serait plutôt Baltimore – Philadelphie (rires).

Tu dis à Benoît XVI d'aller sucer une bite. Tu sais que ça va être difficile de gagner l'Italie et l'Irlande maintenant. Comment comptes-tu racheter tes péchés ?
Spank Rock : Je ne sais pas. Je pense qu’il devrait lui-même racheter ses péchés, avant que je ne rachète les miens. D’une manière générale, je n’ai pas voulu m’attaquer à la religion en disant cela. Je pense que nous sommes tous des êtres qui avons besoin naturellement de spiritualité, de connexions entre nous, quelles que soient les formes de vie sur Terre. Des connexions qui nous élèvent au niveau de l’univers. Mais je déplore la soumission, la volonté de pouvoir que cela sous-entend. Et Dieu ne peut pas servir de parapluie, ni de paravent à tout ce qui se passe sur Terre.

Une grande partie de ton programme annonce une révolution des mœurs. En politique, comme tu dis, ça devient relou : les gens qui t'ont vu à poil au Sofitel sont persuadés de te connaître comme leur papa. Penses-tu pouvoir briser les tabous puritains pour que des gens biens comme Herman Cain ou Dominique Strauss-Kahn puissent gouverner tranquille ?
Spank Rock : Dominique qui ? Ah ok, oui ça me rappelle effectivement Herman Cain. Difficile de briser ce type de tabous. Si jamais je devenais Président, je pense que je ne pourrais pas faire changer les comportements évoqués juste à l’instant. Et je pense que la question de n'importe quels tabous sexuels est vraiment relative à tout un chacun.

 


Sur la chanson Race Riot tu nous dessines un programme d'égalité raciale aussi radical que séduisant. En même temps tu nous dis que tu traverses une "crise d'identité post-raciale." C'est difficile d'être un musicien noir aujourd'hui ?
Spank Rock : Non, absolument pas, ça n’a jamais été difficile d’être à la fois noir et musicien. Tout le monde aime la musique black !

OK, enchaînons. Dans Hot Potato tu fais l'éloge du partage d'un gros butin ; en même temps tu railles les minables comme General Motors qui attendent des plans de sauvetage. Comment tu vas arbitrer tout ça ?
Spank Rock : J’ai un peu de mal à piger ta question. Tu considères une « patate chaude » comme un gros butin, c’est ça ? (rires). Je ne pense pas que tu comprennes ce que je veux dire quand je parle de « hot potato ». Pour faire court et simple, je me rappelle de certaines nuits, à Baltimore, où il y avait pas mal de filles un peu groupies qui m’attendaient. Bon, je ne vais pas rentrer dans les détails (rires). Et c’est ce type de filles là que l’on appelle communément des « hot potatoes », C’est une image d’un jeu assez populaire chez les enfants aux États-Unis : les joueurs se mettent en cercle, et se refilent une balle dans le dos pendant qu’une musique tourne. Et quand la musique s’arrête, le joueur qui est en possession de la balle, la « hot potatoe », est éliminé.


Une forme de chaise musicale plus élaborée quoi. Changeons de sujet, si tu es élu, penses-tu ré-autoriser la cigarette dans les bars ?
Spank Rock : Non, pas de cigarettes dans les bars. Je légaliserais les drogues avant même de penser à autoriser la cigarette dans les bars. Moi je ne fume pas, mis à part un peu de drogues de temps à autres. On a le droit de fumer dans les bars en France ? Peut-être en Belgique alors ? Tu as des biddies ? Je connais, j’en fumerai peut-être une après l’interview.

En général, qu'est-ce que tu bannirais, qu'est-ce que tu légaliserais ?
Spank Rock : Je n’interdirais rien, je légaliserais tout, point.
 

 

Tu sembles assez partagé entre Philly, Brooklyn, Berlin et Stockholm — tu as une préférée? Quelle serait ta capitale si tu étais Président du monde ?
Spank Rock : Je dirais Berlin, pour les deux questions. Cette ville respire la liberté. Les gens peuvent vraiment faire ce qu’ils veulent, ils y sont en général très créatifs. En tant qu’artiste, si tu arrives à avoir cette discipline : vivre à Berlin, faire de la musique, gagner de l’argent… c’est que tu es vraiment fort.

Et quel hymne international ? Une de tes chansons ?
Spank Rock : Non pas une de mes chansons. Ce serait probablement une chanson de Prince. Si je dois n’en choisir qu’une seule ? Let’s Go Crazy !

 

Parlons ministères et positions administratives. Si Santigold, Boys Noize, Big Freedia et XXXchange sont pressentis, qui mets–tu en position de pouvoir ?
Spank Rock : Tous ! Santigold serait ma Secrétaire d’État, Boys Noize pourrait être mon Vice-Président, Big Freedia serait probablement le ministre du budget, et XXXchange, voyons, qu’est-ce qu’il existe comme autres postes ? Vous avez quoi en France comme ministères ? Culture, Education Nationale, Transports. Allez, je donnerais la Culture à XXXchange.

Le dernier morceau Energy appelle plus directement à la révolte et à la confrontation avec les types du 1%. Tu es allé soutenir Occupy ou tu as juste acheté les t-shirts de Jay-Z ?
Spank Rock : Je ne suis pas allé à Wall Street soutenir le mouvement, tout du moins pas encore, mais une chose est sûre, je n’achèterai jamais un t-shirt de Jay-Z. Pourquoi il a fait ça ? Pourquoi vouloir se faire de l’argent sur une communion formidable entre personnes du monde entier ? J’ai été très déçu. Bon en tout cas, c’était une interview assez politique hein !


 

Fabien Cante & Guillaume Blot.