Après 2 années passées au plus loin de Paris, cette non comédienne/non chanteuse s'apprête à sortir son premier album, I Thought I Was An Alien. Haters gonna hate. Lovers gonna love.
 


Brain était censé t'interviewer en 2008, et puis ça c'est jamais fait. Je crois qu'à l'époque, ça te saoulait un peu de faire de longues interviews...
Soko : Ah mais oui, ça me saoule vachement toujours. Je te jure, même hier soir, les gens de Because (son label ndlr) m'ont dit « c'est bon, t'es ok pour la promo ? », et j'étais là « vous êtes sûrs que c'est vraiment nécessaire » ?. Ils m'ont répondu que oui, ça l'était, et j'étais là « non mais je vous en supplie, me faites pas faire des trucs de merde ».

Et pourtant, tu parles beaucoup de toi dans tes chansons…
Soko : Oui, mais justement j'ai pas envie d'expliquer :« pourquoi le titre de ton album est au passé ? ». Pourquoi tu devrais faire comme si t'étais chez le psy alors que tu as fait des choses sans vraiment y réfléchir, spontanément, pourquoi tu devrais amener des réponses à tout alors qu'on s'en bat.

Ah mais en l'occurrence, moi je vais bien être obligée de te poser des questions…
Soko : Non mais en vrai, moi je lis jamais les interviews des gens. Je lis pas de magazines de musique, et pourtant je suis une super grosse fan de musique. Ça me fait chier de lire les interviews des gens. Donc je vois pas pourquoi les gens voudraient lire des interviews de moi alors que j'ai l'impression d'avoir rien de plus à dire d'intéressant.

Quand t'étais petite, tu lisais pas des magazines de musique ?
Soko : Pas du tout. Ça m'a toujours fait chier. En fait, j'ai pas la télé, j'écoute pas la radio et j'achète pas de magazines.



T'écoutais quoi comme musique quand t'étais petite ?
Soko : Je viens d'une famille pour laquelle la musique était pas du tout importante. J'ai découvert les Beatles à 16 ans, avant je connaissais juste Yesterday. En fait, je me suis vraiment intéressée à la musique quand je suis partie de chez moi, à 16 ans, et que j'ai commencé à télécharger à donf sur Limewire. Je téléchargeais tout ce que je trouvais. J'habitais toute seule et pendant 4 ans je n'ai fait QUE écouter de la musique, et QUE essayer de me faire une culture musicale intéressante. Je passais des nuits entières à découvrir des trucs, et à me demander « et lui, il a bossé avec qui ? », « et lui, il a enregistré des trucs en telle année alors je vais télécharger tous les trucs de telle année ».

Sur tous les styles de musique ?
Soko : Non. Déjà, je déteste tout ce qui a été fait après 1980, à part les Talking Heads, et Violent Femmes. Et même je vais pousser le truc en disant après 1973. Il y a des groupes de maintenant que j'adore mais vraiment, tout ce qui est électro et programmation, ça me plaît pas du tout. Le rap, je déteste. En fait, tous les trucs un peu violents, pas acoustiques et où t'as pas l'impression que les musiciens jouent autour d'un feu de bois, j'aime pas. (Rires).

Comment tu t'es mise à faire de la musique en fait ? J'ai déjà lu une ou deux interviews de toi où tu disais que tu n'avais soi-disant jamais eu envie de faire de la musique… donc, qu'est-ce qui t'as  vraiment poussée à faire de la musique ?
Soko : Depuis toute petite, j'avais envie de raconter des histoires, mais je ne savais pas exactement sous quelle forme. Du coup, j'ai fait plein de films de merde (en tant que comédienne ndlr) jusqu'à ce que j'en fasse enfin un bien avec Xavier Giannoli (A l'Origine ndlr). Avant, je me disais que je voulais vraiment être comédienne, que c'était trop mon truc, mais avec Xavier, j'ai réellement découvert le  métier d'actrice. Je me suis rendue compte avec ce film que c'était vraiment ce que j'adorais faire, mais que c'était aussi tout ce que je détestais. Ce film était une exception. Sans cela, c'est vraiment de la merde d'être comédienne. Enfin disons que je ne me sens pas du tout comédienne, je ne suis pas patiente, j'ai besoin de faire les choses vite, d'être auto-suffisante, autonome, je préfère si possible ne dépendre de personne pour pouvoir m'exprimer. Donc après avoir fait ce film super avec Xavier, je voulais plus jamais faire de film. (Rires).

Et donc c'est à ce moment-là que tu as commencé la musique ?
Soko : Non, j'en avais déjà fait avant, mais après A l'Origine, je me suis dit que, sauf exception, je ne ferai plus que de la musique. Et du coup, j'ai bossé avec Virginie Despentes l'année dernière, mais parce qu'elle est géniale et que c'était évident, je devais faire ce film.

Réaliser que tu ne voulais pas trop être comédienne t'a donc amenée à te mettre vraiment à la musique ?
Soko :
Oui, j'écris tout le temps, j'ai besoin de raconter les histoires d'une autre manière. Donc j'ai commencé à écrire de façon hyper prosaïque, pas du tout organisée, sans structures. Je n'ai vraiment aucune éducation musicale, les musiciens avec lesquels je bosse s'arrachent les cheveux parce que j'ai toujours une barre en plus, les tempos qui changent en plein milieu, et d'autres modes pas conventionnels. Faire de la musique était un truc un peu vital. Je me suis jamais dit « il faut que je me mette à faire de la musique », c'est juste que j'avais pas le choix, j'écrivais tout le temps, je me tapais des nuits d'insomnie où je ne pouvais pas dormir sans avoir écrit, fini et enregistré une chanson. A 8h du mat, je pouvais enfin aller me coucher parce que le morceau était bouclé.

Enregistrer une chanson, ça veut dire quoi : toi avec une guitare?
Soko :
Moi avec Garage Band et tous mes petits instruments.

Et c'était quoi l'idée : raconter des trucs pour toi parce que t'avais besoin de raconter ces trucs ou secrètement rêver de devenir la nouvelle Joni Mitchell ?
Soko (sourire) :
Alors j'adore Joni Mitchell, ou Karen Dalton, c'est vraiment des femmes pour qui j'ai un immense respect, mais j'ai jamais du tout eu ce rêve de devenir la nouvelle je sais pas quoi. C'est jamais un truc qui a été mon moteur, aussi bien pour les actrices que pour les musiciens. J'ai jamais rêvé d'avoir la vie de quelqu'un d'autre, ça n'a jamais été une stimulation.

Je me rappelle qu'à notre première rencontre, en 2008 je crois, tout était allé très vite pour toi. Tu venais à peine de sortir quelques morceaux et déjà tout le monde trouvait que « Soko c'était trop super ». Toi tu voulais pas signer sur un label, tu refusais ça. Pourquoi ?
Soko :
Parce que pour moi la musique c'était pas un métier, je voulais pas faire un business avec ça, j'avais pas envie de surfer la vague du "buzz". C'est vraiment des trucs qui ne sont pas dans mon langage, qui me parlent pas. Moi en général les groupes qui buzzent, c'est pas les groupes que j'aime. Ça n'a rien à avoir avec ce que je fais, qui je suis, ce que j'écoute, ce que j'aime, ce qui me touche. Du coup, je me suis dit: « y'a pas moyen, si on veut faire de moi la nouvelle je sais pas qui, ça sert à rien donc je vais pas faire ça, je vais partir et puis je vais faire en sorte qu'on m'oublie un peu le temps que je sache un peu marcher toute seule, que je ne sois plus vacillante ».

 


J'imagine qu'il y avait plein de gens autour de toi qui te disaient que t'étais conne de refuser de sortir un album. T'arrivais à rester ferme avec tes convictions ?
Soko :
Ben ouais. Je me suis jamais dit que je faisais une connerie. Aujourd'hui, je peux dire que j'ai choisi tous les morceaux de cet album, que je l'ai enregistré toute seule, que je l'ai produit toute seule, que j'ai fait mon artwork et ma pochette toute seule, que j'ai réalisé mes vidéos toute seule. Et que j'ai choisi chaque note de musique. Avant, je pouvais pas dire ça. Parce que j'allais en studio avec des réals qui me disaient « on va prendre tel musicien de studio ». J'avais vachement de mal à enregistrer cet album, il n'arrivait que des merdes. Et toutes ces merdes ont finalement été libératrices, elles m'ont forcée à prendre un gros step back.

Donc à cette époque, tu as quand même essayé de faire un album ?
Soko :
Oui j'ai essayé. Et ça a pas du tout marché. J'ai perdu plein d'argent, j'étais complètement fauchée.

Ah c'était toi qui t'auto-produisais, t'étais pas signée sur un label ?
Soko :
Non, je suis en licence chez Because. J'ai signé chez eux il y a 4 ans, mais Emmanuel (De Burtel, le boss de Because ndlr) est vraiment un génie, il a compris que j'avais besoin de grandir et que de toute façon, ça servait à rien de me forcer parce que c'était pas la bonne recette. Quand il faut cuire un truc au four pendant 12h, et que tu veux le manger au bout d'1h, c'est pas possible, c'est juste pas cuit. (Rires). Il a vachement compris ça, même quand j'ai arrêté la musique pendant un an, il m'appelait tout le temps et je lui disais « mais arrête de m'appeler, je veux plus faire de musique, ça me saoule », et lui il me répondait « ah mais non, je t'appelle juste pour savoir comment ça va, t'es allée au yoga combien de fois cette semaine? ». (Rires). C'était tellement un rapport de papa, et plus du tout un rapport de label qui met la pression que je me suis sentie complètement libre par rapport à ça. La seule pression, je me la mettais toute seule.

Pourquoi avoir arrêté la musique pendant un moment ?
Soko :
Parce que vraiment, c'était fait dans des proportions qui me ressemblaient pas, on me faisait jouer dans des grosses salles alors que j'avais envie de jouer dans des petites salles dans le noir avec des gens assis, faire un truc plus intime, avoir un vrai contact avec les gens. Moi j'adore quand les gens posent des questions et que tu peux leur répondre, quand il y a 1000 personnes, tu peux pas faire ça, tu les vois pas, ça me déstabilise.

Qu'est-ce qui t'a redonné envie de faire de la musique ?
Soko :
Retomber amoureuse, avoir une muse incroyable qui me force à lui chanter des chansons avant d'aller se coucher et qui me dise que j'ai pas besoin de faire un album compliqué, que je peux faire un album toute seule avec ma guitare, parce que pour lui c'est ce que je suis, vraiment. Du coup, ça m'a vachement libérée de toute cette pression de production.

Pourquoi, les studios et la production, ça te ressemble pas ?
Soko :
Non, ça me ressemble pas. Learn how to fall before you learn how to fly. C'est vrai pour tout. Pour la musique. Et pour cet album. J'ai fait beaucoup d' erreurs, je me suis plantée 1000 fois avant d'arriver là où j'en suis aujourd'hui.

Tu considères que ta musique fonctionne mieux quand elle est faite à la maison, un peu crade, un peu cassée ?
Soko :
En fait, quand j'ai essayé d'enregistrer des chansons un peu plus produites, une de mes meilleures potes - et ensuite c'est revenu pas mal - m'a dit : « c'est bizarre, parce que ça sonne plus comme un secret, avant, j'avais l'impression que tu ne parlais qu'à moi ». Et  en fait, c'était vrai, avec trop d'arrangements, ça fonctionnait plus comme un secret, et ça ne touchait plus. Pareil, il y a une chanson d'Elliot Smith que j'adore, Son Of Sam, sur l'album Figure 8. Sur Figure 8, elle est avec plein de batteries. Il y a une autre version, live, où c'est juste lui au piano, et c'est d'une telle beauté. J'arrive même plus à écouter la version de l'album, parce que les batteries et tout ce qu'il y a autour, ça gâche tout. A un moment, j'ajoutais des choses sur mes chansons, et finalement le plus gros du travail ça a été d'arrêter d'entendre d'autres choses que les paroles et l'instrument principal. Ne plus ajouter de fioritures pour faire bien.

Et donc c'est toi qui joue tous les instruments ou presque ?
Soko :
Oui, presque tous, à part quelques batteries. Et les violons et toutes les cordes. J'ai fait quelques basses mais pas les contre-basses. Et les guitares un peu catchy c'est Stella de Warpaints qui les a faites.

Ok, donc t'es une freak ET une control-freak.
Soko :
Ouais. (elle chantonne le refrain de Rick James) Super freak super freak.

 


Cet album il a été enregistré à Los Angeles ?
Soko :
Je l'ai vraiment enregistré partout.

Mais là tu vis à Los Angeles ?
Soko :
Ouais. Enfin j'y habite pas vraiment parce que j'ai pas vraiment de maison, mais oui, ça fait 3 ans que je vis là-bas.

Avec ton amoureux/muse donc ?
Soko :
Non, j'ai plus de mec depuis 2 ans. J'habite sur le canap' de mes potes.

Et pourtant tu dis dans une de tes chansons que t'en as marre d'être une « vagabond musician ».
Soko :
Ben ouais j'en ai marre. J'ai juste pas une thune, je sais pas où j'habite, je suis en tournage, je peux pas avoir de maison en ce moment.

 

Ça te fait un peu plaisir quand même cette vie-là ?
Soko :
Franchement, j'ai vécu comme une nomade pendant 3 ans, après j'ai eu une maison pendant un an, où j'avais l'impression d'être enfin posée, c'était cool, j'étais dans le monde adulte. Et en fait depuis avril, on n'a plus la maison et du coup c'est terrible de se retrouver à mettre des trucs en garde meuble, de n' avoir plus qu'une valise et une guitare. T'as plus aucun repère.

Pourquoi t'as quitté Paris pour LA. ?
Soko :
Parce que j'aime pas du tout la France, je ne m'y sens pas du tout chez moi. J'ai vécu à Londres, mais Londres c'est trop grand pour moi et trop gris. J'ai aussi  vécu à New York et à Seattle mais hors de question d'y rester l'hiver, sous la neige ou la pluie. Au moins à LA, je savais que je passerai un hiver au soleil. Et j'ai tellement adoré qu'il fasse beau tous les jours, tu te lèves à 6h du mat, il y a un énorme soleil et un ciel bleu infini.

T'aimes conduire ?
Soko :
J'adore conduire, et surtout écouter de la musique dans ma voiture. Et puis à L.A, y a des parcs énormes donc tu peux aller marcher dans les montagnes tous les jours, je vais hiker tous les 2 jours. Aller méditer dans la montagne alors que tu habites en pleine ville, je trouve ça chanmé.

 


Ton album, il s'écoute bien en voiture justement ?
Soko :
Je l'ai écouté dans ma voiture et ça m'a super déprimée. Je me suis rendue compte que je le détestais. Mes mixes étaient mauvais, j'ai pété un plomb, je devais tout refaire.

Et là De Burtel a dit « non non non ».
Soko (sourire gêné) :
C'est un peu ça. (Rires). (Elle imite De Burtel) : « C'est bon là, arrête là, faut arrêter, ton album, il est prêt ». (Elle prend une voix larmoyante) : « non mais j'ai écouté, ça va  pas, je te jure, je te jure ».

Mais t'es quand même contente de l'album ?
Soko :
Non mais je suis contente... mais je serai jamais contente.

Ça t'importe ce que les gens pensent de toi, ce qu'ils vont dire de cet album ? En même temps, si tu lis pas la presse pour de vrai, tu le sauras jamais…
Soko :
Oui, exactement, je m'en fous. (Elle réfléchit) Non mais de toute façon peu importe, j'ai pas le choix, je ferai toujours de la musique pour moi. Même si les critiques étaient très négatives et affreuses, je n'aurai pas du tout l'intention de me faire bouffer par ça, je sais faire que ça, c'est ça qui me rend heureuse, même si ça me rend pas heureuse-heureuse. J'ai pas le choix.

En même temps, je me trompe peut-être, mais j'ai l'impression que les gens sont quand même relativement bienveillants à ton égard, non ?
Soko :
Ben non, j'ai pas de manager donc pas de filtre, et comme je suis hyper sensible, j'en prends plein la gueule tout le temps, je pleure 12h par semaine. Du coup c'est pas que simple.

Pourquoi t'as pas de manager ?
Soko :
Parce que j'en trouve pas. Ça fait 3 ans que j'en ai plus parce que ça ne se passait pas très bien avec mon ancien management. Et puis j'habite à Los Angeles et donc c'est compliqué, et avoir un manager français qui me dit qu'il travaille pas le week end, pas les jours fériés et pas après 17 heures, c'est pas possible. Donc il faudrait soit quelqu'un à Londres, soit quelqu'un à LA, mais moi, je ne suis pas du tout dans le business, j'ai pas de carnet d'adresses, donc c'est compliqué. Et puis dès que j'ai l'impression qu'on veut trop me contrôler, ça me saoule. La dernière manageuse que j'ai rencontrée a fini la conversation en me disant « ok, it's my way or no way », et ben ça a été « no way ».

Tu joues beaucoup en ce moment ?
Soko :
Oui tout le temps. A l'étranger, mais aussi à Los Angeles, où je joue au moins une fois par mois. J'ai des potes qui organisent des concerts dans des maisons, j'adore. Une fois, on a fait un concert où on devait être 150  dans une maison, il n' y avait pas de lumière et chaque personne devait apporter une bougie. C'était juste magnifique. Pour moi c'est vachement plus spécial d'avoir des gens qui viennent vraiment pour voir un concert plutôt qu'un festival où les gens sont là pour se bourrer la gueule.

LA, ça t'inspire plus que Paris ?
Soko :
Forcement. J'écris en Anglais, je pense en Anglais, je rêve en Anglais. Ça me prend à chaque fois 3 semaines pour retrouver un vocabulaire d'un enfant de plus de 10 ans quand je rentre en France. J'ai fait des interviews la semaine dernière où j'avais un vocabulaire d'un enfant de 5 ans. Alors qu'en Anglais, j'ai aucun problème. Et du coup, le fait de vivre ma vie en anglais, et d'être affectée par des situations en anglais, m'inspire et m'aide pour l'écriture de mes chansons.



Il y a des chansons assez anciennes dans cet album...
Soko :
Oui, c'est vraiment un mix de tout, je l'ai pas du tout fait d'une traite, j'ai enregistré environ 70 chansons en 5 ans. J'avais tellement de matière que j'ai du choisir parmi tout ça.

Et comment t'as fait ?
Soko :
J'ai demandé à mon ex, que j'adore et pour qui j'ai une immense admiration, de m'aider parce que j'ai l'impression qu'il me connaît plus que moi-même donc je me suis dit qu'il choisirait mieux pour moi.

Ton ex/muse ? Donc il n'a choisi que les chansons où tu parlais de lui en fait ?
Soko :
Ben non, bizarrement. (Rires). Mais surtout, le pauvre, je ne lui ai écrit que des chansons affreuses, comme Treat Your Woman Right, ou sinon je lui ai écrit une chanson qui s'appelle Trap In Freedom, mais il l'a pas prise celle-là. Il me trompait tout le temps, et les paroles parlent de ma peur du sida (rires). Non, mais il a choisi les chansons de manière hyper objective.

Mais tu l'as vraiment écouté ?
Soko :
Oui mais en fait j'ai deux autres albums quasiment prêts en plus de celui-là donc il m'a aidée à faire en sorte qu'ils soient équilibrés. Le suivant, il me reste juste à le mixer, je veux qu'il sorte très très vite après celui-là.

Et donc, pour le mix, en tant que freak + control freak, j'imagine que tu as saoulé l'ingé son aussi ?
Soko :
Grave, je suis là tout le temps, je veille au grain. J'ai fait les mixes avec un super ingé son qui s'appelle Bob Clearmountain. Il a mixé Bruce Springsteen, David Bowie, Paul McCartney. C'est le beau-père d'une de mes potes, donc je l'ai eu gratos, enfin je lui ai filé des points sur l'album. C'était vraiment une chance énorme. A chaque fois que je lui disais des trucs, il se grattait la tête. Il parle pas beaucoup mais quand il se gratte la tête, ça veut dire qu'il en peut plus. Une fois il m'a dit: « en fait, t'es aussi chiante que Bruce Springsteen ». (Rires).

Je ne l'ai pas vu mais je sais qu'Arte a diffusé un documentaire qui traitait des post-féministes, et dans lequel tu figurais. Tu l'as vu ?
Soko :
Non.

Post-féministe donc, ça te va comme définition ?
Soko :
Moi tant qu'on dit que je défends les animaux et que je suis féministe, ça me va. Mais ce qui me fait chier c'est quand j'arrive en interview et qu'on me dit (elle imite une voix de pétasse): « Ton style, il est quand même super particulier, comment tu décrirais ton style vestimentaire? ». Mais si j'étais un mec tu me demanderais jamais ça grosse conne, donc va lire tes magazines de filles pourris, va demander à tes actrices et à tes mannequins ce qu'elles se mettent comme déodorant, mais me fais pas chier à me demander ce que j'utilise comme crème de jour, qu'est-ce qu'on s'en fout ?! Je fais de la musique, je suis pas là pour parler de conseils beauté. C'est en ça qu'être une fille est hyper relou, parce que vraiment, j'en ai rien à foutre. Je lis pas ces magazines, j'ai pas l'impression que c'est mon public. (Elle reprend la voix de pétasse). « Une question qui n' a rien à voir : tes bijoux tu les achètes où ? C'est quoi tout ces bijoux ? ». Pfffff. Tu vois c'est pas possible quoi. Les mecs, ils souffrent pas de ça. Un mec qui fait de la musique, tu vas pas lui demander ce qu'il prend au petit-déjeuner et combien de fois il va faire caca dans la journée.

 

Par Anaïs Carayon // Photos: DR.