Euh, t’es vraiment sûr de ce que tu t’apprêtes à faire là ?
Kanu :
Tu sais, j’ai taillé les cheveux de milliers de personnes. Cela fait plus d’une dizaine d’années que je le fais, à raison d’une personne par jour. Ne t’inquiète pas, je suis le meilleur dans mon domaine.

Et c’est censé rassurer mon amie ?
Kanu :
Evidemment. J’ai inventé une technique qui s'appelle le « Hair Sculpting », les coupes « prêtes-à-porter ». Je suis une sorte d’artiste. J’ai transposé les techniques de la sculpture dans la coiffure.

Qu’est-ce qu’elle a de si particulier ta technique ?
Kanu :
Je ne peux pas révéler mon secret. Mais je vais t’expliquer comment je l’ai découverte. Un jour, j’étais en train de couper les cheveux d'une Allemande à New-York. Et à chaque fois que j’approchais mes ciseaux de sa tête, le vent s'engouffrait dans sa tignasse et m'empêchait de faire correctement mon boulot. C'était complètement mystique mec… Je ne comprenais pas ce qui se passait !  L' « Hair Sculpting » est né de ça. Au fur et à mesure que j’avançais dans la coupe, je me battais de plus en plus avec le souffle de l’air. Un peu comme quand tu montes un cheval sauvage lors un rodéo. J'ai essayé de perfectionner ce que le vent créait, de tendre l’oreille pour écouter son murmure. C'était clairement un message de sa part.

C’est dingue. Du coup t’es devenu un coiffeur cowboy qui coupe plus vite que son ombre ?
Kanu :
Pas un coiffeur : un sculpteur ! En fait, J’épouse les mouvements naturels des cheveux. J’essaie de les rendre plus amples, plus légers. J'enlève juste ce qu'il faut pour sublimer la coupe. Comme un peintre, j'utilise mes ciseaux comme un pinceau. Certains m’appellent même le  « Hair Cowboy »…

Qu’est-ce que c’est que ça ?
Kanu :
C’est à Los Angeles, en Californie, que l’on m’a donné ce nom. Quand on me voyait couper les cheveux sur Hollywood Boulevard, les personnes m’appelaient comme ça. C’est surement en référence au « Naked Cowboy » de New York, et puis parce que j’avais tout le temps un Stetson vissé sur la tête. Cela m’a permis de coiffer certaines rock stars, comme Kelly Osbourne ou encore Marky Ramone. Je les rencontrais par hasard, dans des bars, dans des magasins de beauté ou dans les clubs. Je les abordais, leur racontais ma technique et comme c'était des gens ouverts d'esprit, ils me disaient : « Vas-y, ok, coiffe moi ! » Alors je le faisais ! C'était bon !

Tu es Américain ?
Kanu :
En fait c’est plus compliqué que ça. J’ai grandi au Zimbabwe. Un jour, j’ai décidé de faire mon baluchon pour les Etats-Unis. Arrivé à New York, je coupais les cheveux dans la rue, ou bien alors sur des plateaux TV. Puis, j’ai été mannequin pour une campagne de pub de Benetton. Avant de décrocher un rôle dans la série française Hélène et les Garçons.

Sérieux ? Mais attends, tu étais qui ?
Kanu :
C’était un petit rôle. En fait, j’étais tout simplement Kanu, le batteur dans le groupe des garçons. J’ai tourné une trentaine d’épisodes qui ont été diffusés sur une saison. C’était une sacrée expérience…

Tu dois avoir plein d’anecdotes croustillantes à me confier…
Kanu :
Pas vraiment, tu sais, à l’époque tout le monde était très innocent dans cette série. Et puis c’était vraiment des gens bien. Surtout Laly, que je croise quelquefois, par hasard, à Paris. Elle est toujours aussi jolie. Mais on s'est très vite perdu tous de vue. Souvent on se moque de moi en me disant que cette série était niaise, mais je suis très content d’avoir pu vivre cette aventure. Pour moi, cela a immortalisé une certaine innocence d'une époque qui n'existe plus à l'heure actuelle. D’ailleurs, je suis de nouveau en contact avec le producteur Jean-François Porry. Il m’a dit qu’il me réintégrerait dans la nouvelle formule, Les Mystères de l’Amour. Donc peut-être que j’apparaîtrai dans la prochaine saison…

Tu as déjà lu le scénario ?
Kanu :
Non, mais je suis sûr que cela sera quelque chose de très bien ! Je suis assez curieux de ce que cela va bien pouvoir donner. J'ai lu des ébauches et cela avait l'air très diffèrent de ce que c'était auparavant. Donc on verra bien !

En attendant tu fais quoi ?
Kanu :
Je prends du bon temps à Paris depuis sept mois. Je me sens chez moi dans cette ville. Sinon, je travaille sur un projet d’album avec François Charon, le chanteur du groupe Shakaponk. On avait un  projet ensemble dans le passé qui s’appelait The Wanted. Je ne peux pas trop en parler, parce que c'est en cours, mais je pense que les gens seront surpris du résultat. Puis évidemment, je continue à sculpter les personnes au bar du Lab, à Bastille. Je ne peux pas arrêter de le faire. Cela se passe bien et je n’ai pas à me plaindre !

Pourtant on dit des parisiens qu’ils ont la réputation d’être hautains et toujours sur la défensive…
Kanu :
Quoi qu'on en dise sur eux, ils sont plutôt cools avec moi. Quand je leur dit que j'ai joué dans Hélène et les Garçons, ils se détendent et acceptent de me confier leurs cheveux. Même si peu d’entre eux me laisse quartier libre sur la coupe, même si je me restreins dans mon art, ils sont tous très contents de ce que je leur propose. En plus je suis doué, donc bon, y'a pas de soucis.

Pourquoi alors ne pas travailler dans un salon ?
Kanu :
Parce que je ne veux pas. Je préfère l’intimité de la rue. J’ai besoin de ma liberté et puis je le vois plus comme une passion qui m’anime depuis tout petit. Et puis, tu sais, je suis comédien ! Je pense d’ailleurs repasser des castings prochainement, mais pour le moment la musique me prend beaucoup de temps.

Kanu a-t-il un rêve ?
Kanu :
Oui ! Coiffer Madonna ! Même si elle est toujours très belle, j’ai envie de m’occuper de ses cheveux. Elle aime les choses uniques et parfaites. Je suis, sans aucun doute, l’homme qui lui faut…


Julien Bouisset.