Commençons au petit trot : merci de vous présenter, en précisant si vous êtes tous des Lyonnais pur-sang ?
Victor : On est effectivement tous Lyonnais, tous rencontrés là-bas. On a entre 23 et 29 ans, avec une moyenne d’âge à 24, je dirais. Pour ce qui est de la composition du groupe, on est assez nombreux : on a une base à 5 musiciens sur scène, avec un chanteur (moi-même), un bassiste (Thomas), un guitariste (Quentin), un batteur (Mathieu) et un au clavier (Christophe), mais ça peut parfois monter à beaucoup plus, avec des configurations bizarres, des nouveaux instruments, une voix féminine…

OK. Pourquoi avoir choisi un nom aussi suranné, démodé, quand on est en selle pour essayer d’être l’un des groupes de demain ?
Victor : J’aime bien quand tu dis suranné. Au moment où a été proposée la cavalcade, j’avais checké sur Google, et vu trois pauvres centres équestres qui reprenaient l’expression. Là, j’ai dit c’est chan-mé. Surtout qu’on était tombés sur une définition de la cavalcade dans le dictionnaire qui concrétisait notre idée.
Quentin : La définition a un sens fort : c’est un défilé de personnes, assez désorganisées, mais qui vont toutes dans le même sens. On aime bien cet effet de masse. On est un groupe ouvert : plein de gens peuvent se greffer à nous, on essaye de mettre des passerelles dans différents domaines.
Victor : Pour finir, on voulait un nom en français, pour rappeler le petit bout de France qui est en nous, même si on chante en anglais.

Comment jugez-vous votre parcours pour le moment : plutôt Deux-chevaux ou Christophe Cheval, sprinter français d’un autre temps?
Victor :
Plutôt petit poney ! Notre parcours est singulier, un peu bizarre. En fait, notre formation définitive n’a qu’un an. C’est réellement l’idée de sortir un premier EP qui a rendu l’affaire plus sérieuse.
Quentin : On n’a pas encore fait beaucoup de live, ça vient, au fur et à mesure. Ca nous permet d’être dans notre bulle, d’affiner notre identité. On prend notre temps. On ne saute pas les étapes.

Kitsuné a parié sur vous dans sa dernière compilation. Comment signe-t-on chez Gildas et Masaya ?
Mathieu :
Il aurait vu Symptoms sur Fubiz, ce qui nous a aidés à nous faire connaître auprès de lui.
Victor : Puis il nous a envoyé un mail du style « cool les gars ! ». Quand il a su que l’on rentrait en studio pour enregistrer notre EP, il a voulu l’avoir en avant-première. Là, banco, il choisit Zephyr, le morceau le plus électro. Pour la petite histoire, Zephyr est l’outro de l’EP. Comme le titre ne dure initialement qu’1’51, Gildas nous a demandé de le rallonger. Du coup, on est allés rapidement en studio, à Lyon, et on a prolongé le morceau.

 


Est-ce que la marque au renard, ça aide auprès des pouliches ?
Thomas :
On a commencé à voir nos premières groupies à Lyon et…
Quentin (le coupe) : T’as quand même fait deux-trois saillies là-bas hein ! Pour le moment, Kitsuné est trop frais pour que l’on ressente ses effets sur la gente féminine.

Ca va venir. Bon, sur votre Myspace, vous indiquez en genre : Surf / Visual / Zouk. Est-ce de l’anticipation pour votre prochain album ?
Mathieu :
On est vraiment ouvert d’esprit, on a beaucoup d’idées, ça part un peu dans tous les sens d’ailleurs. Donc pour ces genres- là, je te répondrais que c’est un mélange de mi-déconne, mi-sérieux.

Un blog lusitanien vous compare à Foals et vous a consacré un article : Pourquoi Foals ?
Victor :
Au moment de Symptoms, on écoutait pas mal d’afro-beat, Le rendu du titre pouvait prêter à ce genre de comparaison, ce qui n’était pas forcément le but pour autant. C’est pourquoi on a mis un point d’honneur sur l’EP à venir, à mettre en avant un style plus personnel.

Et le Portugal ?
Quentin :
Alors là, point d’interrogation. A priori, on a une bonne fan base au Brésil et au Portugal. C’est incroyable !
Victor : On a même été relayés sur Lacoste Brésil !

Recentrons-nous. A travers vos clips, votre typo, vos titres, on peut voir que vous accordez une grande place à l’esthétisme. Un cheval de bataille pour vous faire connaître ?
Victor : On aime l’art. On aime allier l’esthétisme avec un peu tout. On a envie de servir un produit fini, beau. Le son, l’image. Pour ce qui est de la charte, il n’y a jamais rien eu de formel. On se connaît bien, on en a parlé, et ça s’est fait au fur et à mesure. On est plus un crew qu’un groupe.

 


 

Vous évitez pourtant de montrer votre tête, même sur Facebook. Allez, quel membre du groupe cache une belle queue de cheval ou une coupe mulet ?
Victor :
La tendance est un peu à se cacher. Regarde Is Tropical, pour ne citer qu’eux. L’idée derrière ça, c’est de privilégier l’écoute. Après, sur scène, on n’est même pas masqués, on s’en fout ! Et puis on aime l’ésotérisme, ça se voit au travers de nos clips. On aime les aspects un peu mystiques. On aime la double lecture.
Mathieu : Ca rejoint le nom du groupe aussi : un peu compliqué à prononcer…

Parlons de vos clips et ce qu’il en ressort. Que ce soit dans Symptoms, ou dans Taj Mahal, on a une impression de troupeau. Pourquoi tant de monde ?
Quentin :
Il y a vraiment une trame dans tout ce que l’on fait. Ça rejoint la notion de cavalcade.
Victor : Pour élargir ta question, depuis le début, on fait tout en do-it-yourself. Pour nos clips, on fait appel toujours au même mec, Etienne Perrin. Au final, avec 2000 balles, on arrive à faire quelque chose de qualité.

Une forme de violence aussi ?
Mathieu :
Dans Taj Mahal, la violence policière est un prétexte pour faire découvrir à quelle période se situe l’action. Pendant les trois-quarts du clip, on ne sait finalement pas quand se déroule la scène. L’idée de la vidéo est la suivante : que se passerait-il si quelqu’un comme Jésus débarquait aujourd’hui ?
Quentin : On est assez fascinés par la religion, le sectarisme. On pose des questions, en n’y répondant pas forcément. Pour un titre à paraître, on évoque la question de l’Espace. Quid d’une découverte extra-terrestre ?

 


D’accord. Qui a cravaché pour accoucher les paroles fleuves de Taj Mahal ?
Victor :
C’est moi.

Et qui a galopé pour pondre les deux phrases de Zephyr ?
Victor :
C’est moi aussi. Je voulais une outro assez épurée, avec peu de sens, surtout après le flot de Taj Mahal.

Si je devais vous offrir un fer à cheval pour espérer jouer dans une salle, quelle serait-elle ?
Quentin :
La Gaîté Lyrique ! Elle a une belle infrastructure, des écrans de fou, utiles pour nos visuels. Tu peux vraiment te faire plaisir !
Victor : Après, si on avait vraiment le choix, ce serait l’Angleterre. Nos têtes sont tournées vers l’outre-Manche, et pas ailleurs. Etre reconnus là-bas serait le top. Personnellement, j’ai des origines anglo-saxonnes. Ma musique a presque une vertu thérapeutique  pour retourner là-bas. Le cheminement est pur et honorable.

D’accord. Jouer dans un groupe de musique à vingt ans est-il suffisant pour gagner son steak ?
Thomas :
Au départ, il y a un investissement personnel, financier, assez dur. On fait des sacrifices maintenant, pour espérer gagner ensuite mieux notre vie.
Christophe : Je suis ingénieur du son, donc des sacrifices, j’en fais depuis super jeune. C’est quasiment une culture. J’ai toujours trouvé ça normal de claquer toujours plus de blé, toujours plus de temps, pour faire ce que j’aime.
Mathieu : Victor et moi, on est vraiment dans la musique. J’ai bossé un moment chez Monoprix sinon. Pour être indépendant, pouvoir manger. Et Quentin est à la Sorbonne.
Victor : Ca fait deux mois qu’on joue vraiment les ermites. Honnêtement, on doit faire de la musique 18h/24. On ne dort quasiment pas !

Pour le moment, pas de label. Dans quelle écurie aimeriez-vous vous poser ?
Victor :
Jusqu’à aujourd’hui, on a beaucoup fonctionné en do-it-yourself, comme je te le disais, mais c’est vrai que pouvoir se poser, ce serait cool. Il nous faudrait une structure moyenne, indépendante, du style Domino, Pias… J’aimerais bien une maison de disques basée à l’étranger. On sentira le truc quand il faudra.

Pour finir, que vous souhaiter pour demain : un avenir à jouer dans des soirées typées Brain à la Club Cheval ou plutôt à passer sur les ondes radiophoniques à la Pony Pony Run Run ?
Christophe :
Faire du commercial, cela revient finalement à ne pas prendre de risque. Ca ne collerait pas avec nous.
Victor : Regarde Taj Mahal, le morceau n’a pas de structure, pas de refrain, où sont les couplets ? Bon succès Pony Pony Run Run, bravo, mais voilà… Le commercial, jamais de la vie. On préfèrerait tous crever là, maintenant. On veut quelque chose de sincère.

Guillaume Blot.