Pendant des années, le Village Voice publiait la liste des «Forbidden Words» de Matt Groening. Depuis, tout le monde le fait. C'est une manière de prendre du recul face à la surenchère des expressions trop populaires tout en créant une soupape de dérision dans le langage. Les phénomènes de mode affectent le vocabulaire, c'est connu, et la frontière entre amusement et overdose est souvent très fine. Quand vous apprenez que des parents fous, quelque part, offrent le prénom Hashtag à leur gosse, il est temps de se jeter par dessus la proverbiale falaise. Parmi les mots de 2012 qu'on aime détester, il y en a certains qui mériteraient des manifestations de rue ou des pétitions sur Avaaz. Le pire sigle du moment, c'est #UMP, pour des raisons qu'il n'est pas nécessaire de développer ici.

Mais voilà une petite liste rapide (et loin d'être exhaustive) pour alimenter l'énervement autour de vous :

 

- #Mariagepourtous commence à nous pomper grave mais, hey, on ne change pas la société sans un minimum d'insistance.

 

- Swag est un sérieux prétendant à la liste des mots qui arrachent la gueule, et il est directement passé dans le domaine du sarcasme : «Wow, ton swagg est tellement approximatif!».

 

- Binge, parce qu'avant, c'étaient les toxicos graves qui faisaient des binges, et maintenant c'est votre petit cousin d'Arcachon!

 

- Hubris m'énerve, mais c'est sûrement parce que je n'arrive jamais à le placer quand il le faut: «Ton hubris, c'est vraiment le pain au chocolat toi!".

 

- La disance, le nouveau mot bien-de-chez-nous pour signifier coming-out : «Non je n'ai pas fait mon coming-out en tant que pédé honteux qui manifeste avec Civitas, mais je suis très dans la disance quand même ».

 

- Procrastination mériterait d'être tout en haut de la liste de 2012, mais mon petit doigt me dit qu'on le retrouvera aussi en 2013. Et en 2014. Et en 2015. Bon, je sors.

 

- Pareil pour Flamby, on aimerait bien trouver une autre marque de produit laitier pour notre président de la République, mais visiblement, «yaourt grec» est trop connoté par la crise.

 

- M23, on croyait que c'était un groupe électro hyper-pointu de Warp, mais en fait c'est beaucoup plus grave que ça. D’ailleurs, c’est pas bien de rigoler. Je (re)sors.

 

- Gangnam Style : dichotomie entre les deux mots ? On a beau être amusé par la K-pop, il y a une contradiction, ou alors Gangnam Stylée aurait été plus swagg, nan ?

 

- JOHNNY - parce qu'on croyait naïvement qu'on serait nous-mêmes morts avant qu'il nous fourgue ENCORE un album qui monopolise la 1ère place des charts français. Mais on est dans un pays maso, c'est clair.

 

- #FourestGump parce que ça commence à bien faire l'obsession anti-islam.

 

- Chem, parce que quand vous voyez ça dans le profil d'un mec sur un site de drague, c'est qu'il va vous refiler le sida ou pire encore.

 

- Slam. Là aussi, on croyait que c’était un classique de Soma. En fait c’est beaucoup plus grave que ça aussi.

 

- Fiscal cliff. Une expression super-jolie pour dire que les USA sont dans la merde. Et nous aussi, du coup.

 

- Auto-entrepreneur parce que vous en êtes un, vous aussi, et c'est sûr, vous finirez SDF. Ou alors vous êtes déjà SDF et vous croyez que fonder votre start-up va vous sortir de la merde. Ahahahah.

 

- 2013 : car 2012 a déjà été assez pénible, on est tous en train de devenir bipolaires, donc imaginez-vous dans un an exactement. ON VA TOUS MOURIR!!!

 

- Pibolaire, justement! Parce qui si vous êtres bipolaire, procrastinateur et que vous aimez la K-pop, vous êtes vraiment mal barrés.

 

- Enfin, un vœu pieux : on peut arrêter avec Zombie et Vampire ? Au moins pendant quelques moi s? Vous tenez absolument à un autre film ? A une autre série télé? Vous ne croyez pas qu'on a asséché le sujet ou voulez encore une pinte d'hémoglobine? Ou alors, essayez au moins de créer un mash-up genre Zompire ou Vampie pour fusionner les deux publics, comme ça on sera certain de ne plus aller au cinéma!

 

- Je sors! L’expression sympa pour dire «J’arrête de dire des conneries - heu, mais je vais les dire quand même».

 

 

Didier Lestrade // Graphisme : Scae.