Resté plutôt discret ces dernières années, Ricky Martin a plus souvent tendance à faire parler de lui pour sa vie privée que pour la qualité de sa musique. Après avoir pris exemple sur Jennifer Lopez -son alter-ego féminin- Ricky s'est dit que pour rester dans le coup, il lui fallait lui aussi succomber aux sirènes de l'eurodance (à des années lumières de son revirement R&B à grands renforts de Fat Joe et Amerie). Oubliée l'ambiance de stade gentiment kitsch d'un titre comme Maria, place à un clip sans âme et un morceau tout juste bon à servir d'accompagnement sonore aux images des Ch'tis en train de se préparer avant une soirée "Shogun tonight". Pas sûr que tout cela ne crédibilise son rôle de porte-parole auprès de la communauté homosexuelle. En revanche, si tout ce qu'il cherche c'est une liste pour le VIP Room, alors le voilà sur le bon chemin.

 

Autre artiste latino des années 90, même ambiance. A la différence que si le single de Ricky rime avec télé-réalité, celui d'Enrique fleure bon la pub pour parfum, celle qui vous fait croire que votre journée va être excitante et glamour alors que tout ce que vous venez de faire, c'est d'appuyer sur un bouton poussoir en écoutant France Inter dans votre salle de bains. Pour autant, Enrique n'est pas dupe : conscient du niveau de sa chanson, l'homme qui ne vieillissait jamais use de stratagèmes pour récolter des vues. Lorsque son clip s'affiche dans la liste des suggestions, la miniature (sélectionnée avec soin) représente Enrique torse nu. Sauf que le plan où il apparaît torse nu ne dure qu'une fraction de seconde. Appâter le chaland facilement émoustillé qui flâne sur YouTube pour ensuite mieux le rouler dans la farine. Mais si cela fonctionne, qui faut-il blâmer ?

 

Enfin, il y a James Blunt. En France, on aime bien James Blunt. Ici, son dernier album a été certifié double disque de platine, Goodbye My Lover était la chanson de prédilection à afficher en statut pour les gens qui déprimaient sur MSN ("nn g pas envie d'en parler, slt.") et sa voix chevrotante se fait entendre tous les lundis soirs estivaux sur M6, entre deux moments qui foutent la chiale. Hélas pour lui, Taratata s'est arrêté et NRJ est trop occupé à jouer les Amants de la Bastille ou Maître Gims pour lui accorder un tant soit peu d'airplay. Heureusement, Grey's Anatomy a été reconduit pour une 10ème saison, et son nouvel album saura illustrer avec passion le départ déchirant de Sandra Oh. De quoi arrondir ses fins de mois.

 

Qu'il s'agisse des latin lovers des années 90 ou d'un geignard armé d'une guitare et d'un trop-plein d'amour, le problème demeure : aucun de ces trois artistes ne parvient à trouver sa place dans un marché saturé de nouvelles révélations éphémères et de popstars en péril — Enrique étant à ce jour le mieux loti des trois en terme de ventes. Il est temps pour ces grands gaillards de chercher ailleurs. On a déjà tant à faire avec les femmes.

 

 

Thomas Rietzmann.