Etats-Unis - Billboard Hot 100

 

Praise The Lorde
La surprise de cette rentrée aux Etats-Unis, c'est l'immense succès de Lorde, avec son single Royals, actuellement numéro 1 dans le pays. Fait amusant pour un tube en territoire outre-Atlantique : les paroles du morceau dénoncent l'homogénéité de tout ce que l'on peut entendre actuellement en radio. Lorde y énumère notamment les signes ostentatoires de richesse clichés que rappeurs et autres divas de la pop nous assènent en permanence (dents en or, chambres d'hôtels détruites, montres incrustées de diamants, robes de princesse...). Au lieu de ça, la chanteuse néo-zélandaise éloigne avec insistance toute velléité nobiliaire en nous assurant à quel point ça n'est pas son genre et que l'argent n'est pas une finalité. Un peu à la manière de Zaz qui ne voulait pas de notre argent mais est aujourd'hui bien contente du succès de Je Veux (elle ou son label, peu importe).

Malgré ce micro ras-le-bol d'un milieu qu'elle juge superficiel, la jeune fille de 16 ans n'a pas la langue dans sa poche et se prête volontiers au jeu des médias qui, conscients de son potentiel bitchy, traquent la moindre petite remarque assassine. Ainsi, Lorde a d'abord refusé d'assurer la première partie de Katy Perry, puis fustigé l'image si parfaite renvoyée par la chanteuse Taylor Swift (qu'elle considère comme une posture fallacieuse pour toutes les jeunes filles qui l'admirent), avant de s'en prendre à Selena Gomez dont elle trouve le tube Come & Get It dégradant pour les femmes. La gent masculine n'est pas en reste, puisque lorsque David Guetta émet le souhait de travailler avec elle, elle répond simplement  "No. Fuck, no".

Le temps nous dira si Lorde saura s'inscrire dans la pérennité ou si elle rentrera dans la redoutable catégorie des one-hit wonders, chanteurs au tube d'un jour. Néanmoins, nul doute que son succès ne manquera pas d'en inspirer certains, comme Dr. Luke, toujours à l'affût de ce qui marche pour en régurgiter une version dont les radios raffolent.

Royaume-Uni - Official Charts Company


Le retour du comeback
Il y a quelques jours en Angleterre, nous avons assisté au retour de Skyscraper, un single sorti il y a trois ans de cela, dans le top 10 des meilleures ventes de singles. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'une candidate de la nouvelle saison de The X Factor a choisi d'interpréter ce morceau de Demi Lovato pour la première phase des auditions. Et pour cause, avec son thème au pathos envahissant et ses envolées vocales, Skyscraper est un choix idéal pour se présenter à un télé-crochet, au même titre qu'Angels de Robbie Williams ou Rolling In The Deep d'Adele ("dèrzéééééfaaaayeure...").

Cette remontée fulgurante d'un single est un phénomène inhérent à l'époque dans laquelle nous vivons et qui n'aurait pas pu arriver il y a encore 15 ans de ça, lorsque les tubes du moment n'étaient disponibles que dans des pochettes cartonnées avec un extended mix de 8 minutes en bonus et parfois, si on a de la chance, une "piste multimédia" (le clip ou... un simple lien vers le site officiel).

Donner une seconde vie à des morceaux par le biais d'un simple programme télévisé, c'est comme une petite bouffée d'oxygène dans un monde habituellement régi par la dure loi des rotations radios et de l'exposition sur VEVO. Malgré cela, en France, la récente parodie de Love Generation enregistrée pour les 50 ans de Carrefour n'a pas donné envie aux gens de se ruer sur le titre de Bob Sinclar. Allez savoir pourquoi.

France - Syndicat National de l'Edition Phonographique


C'est avec les vieilles soupes qu'on fait les meilleurs pots
Vous n'en n'avez peut-être pas acheté depuis 1996, mais sachez que de par chez nous, les compilations tiennent la forme. La semaine dernière, la compil' NRJ 200% Hits 2013 volume 2 était en 5ème place des meilleures ventes d'albums. NRJ 200% Hits (le 200%, c'est parce qu'il y a 2 CD's) contient ce qu'il se fait de mieux en terme de chanson française actuelle, de Keen'V à Kenza Farah en passant par ces chères Adict.

Mais le choix le plus curieux de cette sélection réside à la fin du second CD, où l'on retrouve Blurred Lines, alias le titre qui refusait de mourir. En effet, dans l'hypothèse où vous n'auriez pas encore eu l'occasion de vous procurer ce tube de l'été, NRJ a eu la bonne idée de l'inclure dans chacune de ses compilations, et ce depuis le début du mois de juin.

Si le Hit Machine était toujours en activité, le titre de Robin serait certainement resté bloqué en première place pendant des mois (comme Assia à l'époque), et Charly et Lulu auraient vite été à court de blagues pour nous l'annoncer semaine après semaine. Heureusement, cette époque est désormais révolue. Mais pas celle de Blurred Lines, qui a encore de beaux jours devant lui... sauf en Angleterre, puisque suite à une série de plaintes des téléspectateurs la publicité pour les suppositoires Beats by Dre illustrée par la chanson est désormais interdite d'antenne avant 19h30. Un peu de répit pour tous.

 

 

Thomas Rietzmann.