Etats-Unis - Billboard Hot 100

 

Etat des lieux

A la fin du mois dernier est sorti Prism, le nouvel album tant attendu de Katy Perry (déjà trois ans depuis Teenage Dream) et les chiffres sont tombés : 286 000 copies écoulées en première semaine d'exploitation. A priori, un très bon score. Le meilleur démarrage par une artiste féminine depuis les 1 200 000 ventes de Taylor Swift l'année dernière. Et pourtant.

Le plan marketing déployé autour de Katy Perry est énorme : des couvertures de magazine au matraquage radio en passant par le contrat publicitaire avec une marque de chips pour écouler plus d'albums, Katy est partout. Mieux encore, une édition limitée de son album est vendue avec du papier plantable (oui, Katy a beaucoup lu Picsou Magazine quand elle était petite). Pour finir, le plan étant de faire tenir l'album sur la longueur, une réédition est certainement d'ores et déjà dans les cartons, et le choix des singles a dû être calculé depuis longtemps.

Une star de son calibre (81 millions de singles vendus dans le monde) n'aurait donc dû avoir aucun mal à vendre bien plus de 286 000 exemplaires au pays qui l'a érigé en tant que reine incontestée des hits radio. Il s'agit du syndrôme des artistes dits "à singles". Pour le consommateur lambda, acheter leur dernier succès est bien plus facile que de se procurer l'album entier.

 

Une petite remise en contexte s'impose toutefois : la semaine où Prism est sorti fut également la plus mauvaise semaine en terme de ventes d'albums aux Etats-Unis depuis 1991. L'album n'en étant qu'à son premier mois de commercialisation, reste à voir si cette tendance jouera en sa défaveur sur le long terme. Que Katy se rassure malgré tout : la donne est la même pour toutes ses consoeurs. Les premières estimations annoncent Lady Gaga à 260 000 albums vendus en première semaine, bien loin du million écoulé par son album précédent dans le même laps de temps.
 

 

Royaume-Uni - Official Charts Company

 

Poule, Renard...Vipère

Vous pour qui internet n'a plus aucun secret, vous n'êtes sûrement pas passés à côté du tube d'Ylvis, un duo norvégien habitué des émissions de variété et de radio dans leur pays natal. The Fox a tout d'abord été enregistré afin de promouvoir la nouvelle saison de leur talk-show. Très vite, un clip a suivi, et ce qui ne devait être qu'une blague internet s'est transformé en vif succès commercial.

 

A l'instar de Gangnam Style et du Harlem Shake, le morceau est parti du simple statut de simple private joke pour téléspectateurs norvégiens avertis pour arriver à celui de vidéo virale à succès (plus de 228 millions de vues). Rien d'étonnant lorsque l'on constate que derrière le morceau se cache l'équipe de production Stargate, qui ont signés les plus gros hits de Rihanna ou Beyoncé.

A l'aide d'une formule aussi bien rôdée, les Américains sautent dedans à pieds joints : les ventes de costume de renard pour Halloween y ont fait un bond de 40% le mois dernier et le Saturday Night Live s'en empare le temps d'une parodie bien sentie avec Kerry Washington. Etrangement, l'Europe est bien plus frileuse envers ce titre. Le titre peine à atteindre le top 20 en Angleterre et en France, la mayonnaise ne prend carrément pas (135ème aura été sa meilleure position).

 

A priori, rien de nouveau sous le soleil : une opération aussi mercantile qu'un tube de l'été au gimmick accrocheur (cf. Chihuahua, Macarena) ont fini de nous étonner il y a bien longtemps. Là où nous pouvons tout de même nous rassurer, c'est que la blague n'ira pas plus loin : les Ylvis n'ont pas l'intention de concevoir une suite du single. Pour le moment.

 

 

France - Syndicat National de l'Edition Phonographique

 

Le plaisir pour les petites faims

Ce mois-ci, intéressons-nous à Safe & Sound. Si le sympathique single du duo américain Capital Cities se maintient gentiment dans nos classements depuis déjà trois mois, ça n'a pas toujours été le cas. Succès de longue date aux Etats-Unis et en Allemagne, le titre a connu chez nous des débuts difficiles. Mais ça, c'était avant l'effet Kinder.

En effet, Safe & Sound est récemment apparu dans une pub pour les confiseries de la marque. Non, pas celle qui vous rend méfiant de vos voisins, mais celle qui vous donne visiblement l'envie de vous asseoir au milieu d'un champ de blé parce que le quotidien d'une maman, c'est pas toujours facile.

L'association d'un tube et d'une publicité ne date pas d'hier. Le lien de causalité entre les deux a souvent porté ses fruits par le passé : citons notamment Leave!, qui depuis son utilisation dans un spot pour BNP Paribas a permis à VV Brown de maintenir sa carrière à flot - ou, plus proche de nous, Berzerk d'Eminem pour une célèbre marque de casques. Dans le milieu, un artiste qui succombe à ce genre de pratiques a même le droit à son sobriquet attitré : le sell-out. En français, cela donnerait "vendu". Céder les droits de sa chanson au profit d'une plus forte exposition (et d'un sacré pécule) fait-il de vous un véritable Judas ? Le débat reste ouvert.

Enfin, quitte à avoir recours à la publicité pour vendre son titre, autant choisir un morceau en adéquation avec le produit. A ce titre, l'exemple le plus amusant demeure la pub pour Kinder Bueno (encore eux) sur fond de 22, par Lily Allen. Une chanson sur le désespoir de voir ses illusions d'autrefois ensevelies sous la triste réalité de la vie et du temps qui passe pour illustrer une barre délicieusement chocolatée au bon coeur de lait et noisettes ? BANCO. Tiens, j'ai une petite faim, moi.
 

 

Thomas Rietzmann.