Bayonne, le 14 août. 4h du mat’, dernière soirée de mes brèves vacances estivales. Il est déjà bien trop tard quand je réalise que je prends le train dans 3 heures pour rejoindre les copains au Brussels Summer Festival (eux partent de Marseille). On y joue à 20h30, pas de balances, juste un line check avant le concert comme c’est d’usage pour ce genre de gros festivals quand on n’est pas en tête d’affiche.

 

Je me réveille, je ne sais pas comment puisque je m’aperçois que mon portable qui fait office de réveil a rendu l’âme. Départ en catastrophe à la gare après avoir littéralement tiré du lit une amie pour m’emmener à la gare. A tombeau ouvert au petit matin, fenêtres ouvertes, la tête sortie pour se réveiller et l’air du large pas désagréable qui me fouette le visage… Je me dis que dans quelques heures, je vais complètement changer d’atmosphère. J’ai hâte aussi de jouer et de retrouver les gars et la Belgique, on y passe toujours de très bons moments (c’est la magie du Nord).

 

 

C’est bon, je suis sur le quai et je n’ai même pas eu à courir après le train comme dans les films. Pas dans mes habitudes d’être à l’heure pourtant, mais pour le coup c'est plutôt heureux, parce que je suis chargé comme un mulet : caisse claire, cymbales, mon sac qui pèse une tonne… Je vais enfin pouvoir prendre un café serein… non ?! Merde, je revois mon portefeuille dans le sac d’un pote… Quel con ! A cet instant, j’me demande juste comment je vais faire pour prendre le métro, pour changer de gare sur Paris avec tout le matos... Et pour couronner le tout, je crois que j’ai chopé la crève.

 

Gare de Lyon. Il est environ 13h, il fait chaud, je me déshydrate à vue d’œil - œil que j’ai pas réussi à fermer dans le train (comme d’hab'). J’observe un moyen de gruger le métro pour aller à Montparnasse. Ça m'a l’air mission impossible, c’est la grande farandole touristique du 15 août, j’ai l’impression que la RATP a mis un agent à chaque portique pour guider le touriste désorienté dans la spirale du métro parisien, c’est fou. D’ordinaire il y a toujours un tourniquet cassé qui ne ferme pas ou un truc dans le genre. J’envisage de demander à une bonne âme de me payer un ticket mais je me ravise devant la réaction apeurée des gens abordés par un inconnu. Finalement j’arrive à passer en douce, mais l’heure tourne et ma correspondance ne m’attendra pas.

 

 

Montparnasse. A temps. Je prie pour croiser les copains que je ne peux pas joindre (cf. le portable défaillant sus-mentionné), qu’ils me réchauffent le cœur et le corps avec un sandwich ou n’importe quoi qui s’ingère par voie orale… avant de me rappeler que leur train est un direct depuis Marseille.

 

Bruxelles. 15h30. Ca va, le Get in est à 16h. J’attends un runner, mon périple touche à sa fin… non ?! Merde, y a encore un truc qui va pas : ça fait une heure que je discute avec un Roumain qui a décidé d’aller chercher du taff en France après avoir essayé la Belgique (il va être servi avec Valls…), du coup l’heure du Get in est largement passée, et moi, «in», j’y suis pas du tout. J’me dis que les gars doivent être morts d’inquiétude en regardant mon portable qui n’est pas plus utile qu’un toast grillé dans ce moment présent (à part peut être pour mon ventre vu que j’ai rien bouffé depuis la veille). Je les vois en train de se demander comment réarranger le set sans batterie. Problème. Je sais pas du tout où est la scène du festival (ma feuille de route était sur mon téléphone), ni comment y accéder ne serait-ce qu’à pied avec tout mon bordel… Je sillonne la gare de long en large avant qu’un chauffeur de taxi avec la main sur le cœur me propose enfin de me dépanner.

 

 

Mont des Arts, Place Albertine. C’était ça l’adresse bordel. Mais ça y est, j’y suis, Tomy, notre ingé son, paye le tacos. Je m’attends à me faire pourrir et me prépare déjà à dégainer mon alibi de galères bien énervé. Mais non, une petite blague du genre «aaah ben te voilà ! On ne t’attendait plus», sans plus, déception. Les autres ont eu le temps pour une petite balade dans la ville entre deux interviews, la chance. Finalement, je ne suis pas tant que ça à la bourre. Juste à temps en fait pour l’installation avant que Baden Baden n’ouvre la soirée en douceur.

 

On a tous l’air un peu fatigué en fait par le voyage, même si le leur n’a pas été aussi tumultueux que le mien. C’est souvent comme ça quand on fait des dates isolées avec plus d’heures de trajet que de chansons dans notre setlist. La setlist, on l’écourte : on ne joue pas longtemps, il faut que ça soit énergique, catchy, sans fioritures, c’est notre spéciale. Vu notre état, on se dit qu’il faut vite retrouver la pêche, mais on sait que dès qu’on enverra les premières mesures de Maudit Garçon, on sera dedans.

 

 

Line check dans 10min. Romain fait des vocalises plus sur le ton de la blague qu'autre chose, Arnaud lui écrit sa setlist, Romain se sert un dixième café, Jérémy nous tapote le dos, Tomy part à la console façade à des kilomètres de la scène, et moi je tape sur mon pad… Petit shot de whisky.

 

Changement de plateau, Baden Baden sort de scène, on a 30min avant de commencer. C’est toujours très étrange de s’installer devant le public qui sort d’un concert et attend de voir le suivant…

 

«Vous êtes 5700 !» leur dit Romain. Il a ce don des chiffres, un peu comme Dustin Hoffman… mais en plus drôle quand il le sent bien. Et ce soir, il le sent bien, pas avare de sa petite touche d’humour personnelle. Pendant les morceaux, ça se dandine pas si mal dans le public. Entre les morceaux, ça esquisse pas mal de sourires… et c’est contagieux ces conneries, je regarde les autres se marrer sur scène. Ca fait partie des choses assez magiques pendant un concert, tout ce qui a pu se passer avant autour de l’évènement n’a aucune incidence sur l’énergie que tu peux déployer sur scène (particulièrement quand le public est réceptif comme c’était le cas au Brussels Summer Festival). Retour donc au public. C’est assez drôle, il y a toujours ce moment où, t’es en plein dans le morceau et soudain tu lèves les yeux et balayes les gens du regard : il y a ceux qui dansent franchement, ceux qui dodelinent juste de la tête, les impassibles, ceux qui sont hyper-concentrés, presque dans l’analyse immédiate du concert, ceux qui chantent les paroles (là tu dis, wouah, c’est génial comme si tu réalisais soudainement que, oui, des gens que tu ne connais pas, qui ne sont pas de ta famille, écoutent la musique que tu fais), ceux qui boivent des bières, ceux qui en ont déjà beaucoup trop bu alors qu’on en est qu’au début de la soirée et que le soleil se couche à peine, ceux qui s’embrassent… Puis tu reconnais un copain monté exprès pour l’occasion, Yacine, d’autres qui habitent dans le coin, Reynold, une amie que tu n’as pas vu depuis des années, Charlie. Et tu sais que tu vas finir la soirée avec eux autour d’un verre.

 

 

Teen Whistle, on invite les plus téméraires à monter sur scène, le monde appelle le monde à tel point que je vois plus les autres, haha ! Petit moment de proximité avec les gens qui viennent danser autour de toi, qui te refont en mime. Distribution de vieilles baguettes pour tout le monde (je me suis fait dévaliser ce soir là). Et pour finir, Les Eclaireurs, dernière salve pop avec un brin de folie punk.

 

On sort de scène, déjà. On a toujours un sentiment de frustration dans des sessions courtes comme ça, mais c’est ça qui est bon aussi.

 

On remballe dans la foulée, direction l’Hotel Radisson Blu, peut-être le plus majestueux dans lequel on ait jamais logé (ils savent vraiment bien recevoir, les Belges). Un hall magnifique, un petit cours d’eau qui coule le long du salon intérieur gigantesque, 4 ou 5 étages qui montent jusqu’à un toit en verre magnifique et des ascenseurs vitrés avec vue sur le salon, on se croirait dans une scène de In The Line Of Fire de Wolfgang Petersen avec Clint Eastwood. Un piano à queue domine le hall d’entrée, Romain s’y installe pour jouer les crooners avant que Reynold, en guide impeccable, nous emmène pour un dîner tardif à La Fin De Siècle, un classique à Bruxelles paraît-il. Super bouffe, très bonne bière, que demander de plus pour clore cette soirée belge… Quelques heures de sommeil peut-être avant de se lever aux aurores pour reprendre le train, avec la crève pour certains, mais tout ça vaut bien un chouette concert au plat pays.

 

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte Twitter d'Aline.

++ Leur premier album Regarde Le Ciel est disponible sur iTunes. Demain 11 décembre, Aline sera en concert à Paris à la Flèche d'Or.