Putain, tout le monde a déjà fait un papier sur le mot de l'année, le selfie, donc on va essayer de parler d'autre chose. Ou pas. En fait, le seul angle qui n'ait pas encore été traité dans les médias sur ce phénomène, c'est que c'est évidemment la bisexualité moderne qui a imposé le selfie.

 

Réfléchissez un peu. Les filles n'arrêtent pas de se prendre en photo et on apprend que sur les 20 dernières années, les femmes hétérosexuelles ont multiplié par 4 leurs occasions de coucher avec d'autres femmes. Chez les hommes anglais, c'est moindre, mais ce super article fait comprendre pourquoi le selfie est surtout une révolution chez les hommes, et surtout la jeune génération. Oui, la bisexualité passe par Twitter, Tumblr et YouTube. Car on n'a jamais vu ça, ever ! C'est la plus grande révolution sexuelle ! Depuis plusieurs années, les mecs se photographient à poil comme jamais dans l'histoire depuis 2000 ans (oui bande de haters, je sais qu'il n'y avait pas d'iPhones sous Louis 2 de Bavière). Et vous croyez que tous ces gamins se montreraient avec la bite à l'air en s'amusant s'ils étaient toujours coincés au niveau du regard que l'on porte sur eux ? Les 15-25 ans ont décidé de s'approprier la nudité volontaire en perdant toute timidité, puisque c'est forcément plus osé en publiant partout les photos de leur salle de bain quand ils sont en train de se branler, tout en rigolant. Et ça, les gays ne l'avaient pas fait, à part sur les réseaux de drague. En plus, ça se limitait souvent au bas du ventre et il y en a encore beaucoup qui n'osent pas mettre leur visage.

 

Mais les kids sont en train de se dire qu'ils n'ont rien à foutre du futur, YOLO et toussa, et que s’ils ont la trique et en plus une bite vraiment impressionnante pour un mec de 18 ans ou moins, ben ça change beaucoup de choses dans la recherche de réputation qui doit être désormais instantanée. Le selfie en soi, on s'en fout que Michelle Obama se photographie elle-même avec son chien, on est d'accord. Le selfie prend vraiment sa dimension quand ce qui est montré est dangereux. Genre un marine qui bande avec ses copains et on peut lire leurs noms sur le tag de leur treillis camouflage en plein Afghanistan. Ou les kids rednecks qui se branlent mutuellement devant leur bagnole et on peut lire en gros le numéro de la plaque de la voiture. Ou une bande de mecs bourrés à Spring Break qui se filment en matant du porno. C'est le genre de truc mineur qui existait avant, mais depuis deux ans, c'est un raz de marée qui concerne tous les continents, même l'Afrique et les pays arabes (et on rigole pas trop avec ça dans ce coin-là).

 

Donc le selfie est vraiment l'illustration d'une bisexualité moderne où les hommes ont dépassé leur timidité mutuelle, leur méfiance même, parce qu'il n'y a pas si longtemps encore, un homme qui s'approchait un peu trop de la bite d'un autre, même un bon copain, c'était risquéééé. Dans les pornos, on voyait les acteurs hétéros dans des partouzes, mais pas question de toucher le sexe du mec d'à côté. Aujourd'hui, le porno bi intéresse tout le monde : les hétéros, les bis, les gays. Et puis, les blagues irrésistibles des films de Judd Apatow sont passées par là. Dix années de gags à répétition sur les bites (dans Funny People, Adam Sandler n'arrête pas de demander à tous les mecs autour de lui de sortir la leur). Mais la différence, c'est que les acteurs des films d'Apatow blaguent sur leur sexe et celui des femmes, mais ne le montrent pas. Les jeunes ont grandi avec ces films tout en pensant qu'il y avait une pudeur illogique face à cette absence de nudité frontale. C'est comme s'ils avaient prolongé le gag en postant des photos où on voit réellement le sperme atteindre la cible du jeu de fléchettes à 2 mètres !

 

Bien sûr, la hookup culture est aussi le moteur derrière les selfies, mais tout ça serait absolument impossible si les jeunes hétéros n'avaient pas rejoint la bisexualité, si cette dernière n'avait pas fait une refonte complète de son image (on passe en temps record d'une bisexualité qui ne sait pas s'imposer à une visibilité qui ne va cesser de grandir) et s'ils ne s'en était pas emparés pour dire à la société que la nouvelle sexualité du XXIème siècle, ce serait les ados qui l'inventeraient, et pas les adultes. Nous, on a grandi avec une nudité masculine complètement taboue. En 2013, ce sont les jeunes qui la nourissent. Le futur n'est pas gay, il n'est pas hétéro, il est bisexuel. Amen for that.

 

 

Didier Lestrade.