Etats-Unis - Billboard Hot 100

 

 

"You can call me Queen B"
Il y a peu, nous avions annoncé la fin du règne du R&B au sein de la culture populaire américaine. Hé bien réjouissez-vous, car le voilà qui renaît de ses cendres. Enfin, attention, pas n'importe quel type de R&B. Nous parlons ici de R&B haut-de-gamme, du travail d'orfèvre dont la voix de Beyoncé vient sublimer les productions aux petits soins des grands noms du genre.

Plus de deux ans s'étaient écoulés depuis le dernier album de Beyoncé, jouant avec les nerfs de la blogosphère qui n'en pouvait plus de rester dans le flou. Puis, par un beau jour de décembre, la chanteuse commercialise son nouvel album sur iTunes, sans aucun préavis. Succès immédiat : le disque n'est même pas encore sorti en format physique qu'il s'écoule déjà à près d'un million d'exemplaires. Après sa sortie, certaines enseignes vexées par le choix que la chanteuse a fait d'accorder l'exclusivité à iTunes, refusent purement et simplement de stocker son album. Qu'à cela ne tienne, celle-ci leur fait la nique en se rendant dans une chaîne concurrente plus coopérative pour se le procurer. Et quatre semaines après sa sortie, la voilà toujours dans le peloton de tête des charts du monde entier (sauf chez nous, où une grosse pelletée de noms tels que Pascal Obispo, Vincent Niclo ou Zaz la devancent).

Pourtant, le plan aurait pu mal tourner. Une telle démarche n'est pas à la portée de tous. Prenons l'exemple d'Ashanti, qui se serait retrouvée à coup sûr le bec dans l'eau, si elle avait tenté de sortir son 5ème album sans prévenir personne en pensant faire des vagues du même acabit que celles de Mrs. Carter. Même l'entourage de Rihanna n'oserait la jeter dans la fosse aux lions de la sorte : Diamonds était sorti avec un avertissement deux semaines auparavant. Le rêve de se débarrasser de toute stratégie promotionnelle finement étudiée à l'avance n'est encore qu'une chimère. Les artistes d'un calibre moindre doivent se contenter de passer par le chemin habituel. Mais pas celle qui s'autoproclame "Queen B". Elle semble pouvoir tout se permettre. Voilà pourquoi on a un peu de mal à la croire lorsqu'elle prétend avoir eu "très peur" de cette prise de risque et de l'échec qui aurait pu en découler.

 

Même s'il est un peu tôt pour affirmer que l'industrie du disque s'en trouve bouleversée à tout jamais, il serait étonnant que d'autres ne tentent pas leur chance à leurs risques et périls. Qui sait, peut-être Dr. Dre lui emboîtera-t-il le pas et décidera de surprendre tout le monde en sortant son fameux Detox, un beau matin, sans crier gare ? (spoiler : cela n'arrivera jamais.)
 

Royaume-Uni - Official Charts Company
 

 

Formule magique
Belle année 2013 pour Ellie Goulding. Ses singles I Need Your Love et Burn ont fait d'elle une valeur sûre de la bande FM, et mieux encore, son dernier album vient d'atteindre la première place des ventes en Angleterre, et ce 65 semaines après sa commercialisation. Son dernier succès, How Long Will I Love You, est une reprise d'un groupe rock écossais des années 90. Une reprise ? Pourquoi pas, si la qualité est au rendez-vous (pas comme cette immonde version eurodance du tube de Roxette).

 

Là où le bât blesse, c'est quand la reprise en question est soutenue par une marque. Un fac-similé en guise de morceau + un clip pour vanter les mérites d'un produit = double peine. Souvenez-vous par exemple du phénomène We Will Rock You repris en 2003 par des enfants pour vanter les mérites d'une célèbre eau minérale. Chez Ellie Goulding, la pub le clip est entièrement tourné au Nokia Lumia 1020, apprend-on dans la description de la vidéo. On y voit Ellie se connecter à sa boîte mail, prendre des photos et se faire filmer par son copain, le tout en semant le trouble autour d'eux. Ce que l'histoire ne dit pas, c'est qu'il a également nécessité 72 charges de la batterie.

 

Les bénéfices du titre étant reversés à une association, il serait mal vu de vilipender ce single aux nobles intentions. Il faut toutefois souligner qu'il ne s'agit pas là de la première fois qu'une reprise d'Ellie Goulding (et le succès qui en découle) se retrouve étroitement lié à une marque : en 2010, Ellie reprenait Your Song d'Elton John à l'occasion d'une grande campagne publicitaire pour la chaîne de grands magasins John Lewis. Cette année, c'est Lily Allen qui s'y est collée, avec une reprise de Somewhere Only We Know à laquelle vous n'avez peut-être pas échappé ces dernières semaines. Le spot a coûté la somme étourdissante de 7 millions de livres (soit à peu près 8,5 millions d'euros). Pas grand-chose, comparés aux bénéfices engrangés par l'enseigne durant la simple période du mois de décembre : 734 millions de livres. Merci, Lily.

 

France - Syndicat National de l'Edition Phonographique

 

 

30 semaines
La semaine dernière, Stromae a réussi l'exploit de classer trois de ses singles au top 50. Plus impressionnant encore, les morceaux en question squattent trois places du quarté de tête, Tous Les Mêmes venant rejoindre Papaoutai et Formidable, déjà présents depuis plus de 30 semaines dans les classements français. 30 semaines, ça correspond à 7 mois de grossesse, ou la durée des cours en classe prépa. 30 semaines, c'est aussi l'âge auquel le koala atteint le stade juvénile, l'équivalent d'un jeune adulte, mais sans avoir encore franchi l'étape de la maturité sexuelle. 30 semaines, c'est aussi le temps écoulé avant que quelqu'un ose aller aux toilettes lorsque son conjoint(e) est dans la pièce d'à côté. Bref, 30 semaines, c'est long.

30 semaines paraît d'autant plus long lorsque radios et télévisions ne se privent pas pour user et abuser de certains morceaux. Ainsi, le CSA vient d'annoncer dans un rapport sorti récemment qu'en 2012, 1981 titres ont été diffusés plus de 400 fois dans l'année, et ce sur un panel de 42 radios ; le tout composant alors 68,6% des parts en diffusion totale. Suite à cette nouvelle édifiante, on apprend que des associations d'auteurs, artistes et interprètes militent pour qu'un plafonnement de diffusion des titres soit mis en place pour éviter ce qu'ils appellent "la surexposition extrême de certains titres".

 

Il serait donc facile de tirer à boulets rouges sur Stromae que l'on a servi à toutes les sauces durant l'année qui vient de s'écouler, faisant de lui le Belge le plus populaire de France, devant Tintin et le Manneken Pis (qui au fond n'est qu'un bambin aux problèmes diurétiques incessants).

 

Même si la grogne sévit de part et d'autre d'internet, une simple question demeure : quitte à voir un artiste francophone accumuler des ventes considérables, ne vaut-il pas mieux saluer le succès de Stromae qu'admettre que nous vivons dans un pays qui élève Maître Gim's en maître incontesté des classements musicaux ? Méditons là-dessus.

 

 

Thomas Rietzmann.