(Pour des raisons de commodité, et puisque nous supposons qu'aucun d'entre vous n'aura l'idée de visionner cette série au sortir de cet article, les personnages ne seront pas identifiés par leur prénom mais par leur fonction)

 

1ère minute : Scène d'ouverture entièrement à consacrée à Héroïne A, qui, nous explique-t-elle, est la fille d'un richissime homme d'affaires. Elle passe tous ses étés sur l'île de Saint-Martin où elle est née, et son père s'attend à ce qu'elle reprenne les affaires de sa boîte lorsqu'il aura raccroché les gants. Seul hic, son rêve à elle, c'est la musique. Notez que l'on ne sait pas précisément ce que fait son père - dans les soaps, c'est toujours plus facile de rester vague.

 

Evidemment, Héroïne A est une ancienne finaliste de la Star Academy qui a déjà eu l'honneur de chanter avec Rihanna (sûrement l'apogée de sa carrière).

 

3ème minute : Générique. On y découvre un casting chargé.

 

Casting hétéroclite : 2/3 télé-réalité, 1/3 sitcoms françaises.

 

4ème minute : Papa A (Monsieur Girard de Premiers Baisers) s'entretient avec sa fille, Héroïne A. Il lui répète qu'elle ne doit pas devenir chanteuse, surtout après ce que sa mère leur a fait. Quel affront leur a-t-elle fait ? Leur dédicacer un diss ? Refuser des bracelets backstages ? Nous n'en saurons pas plus.

 

«Souviens-toi de ce que ta mère nous a fait... mais bon, pas trop fort non plus, il y a des gens qui nous regardent.»

 

8ème minute : C'est l'heure du coup de foudre, celui qui va changer à vie le destin de nos protagonistes. Notre Héroïne A et son père sont en voiture lorsque notre Héros B vient encastrer son vélo dans le pare-brise de ces derniers. Evidemment, Papa A n'aime pas Héros B, car il est hors de question que sa fille épouse un plagiste (ça n'est pas dit clairement, mais c'est ce qu'on comprend en filigrane).

 

«Bon, okay, on vient de me renverser, mais j'ai bien le temps de sortir un petit sourire ravageur avant d'hurler de douleur, non ?»

 

9ème minute : Un extrait de la bande-originale de l'émission se fait entendre pour assurer la transition entre les scènes. Je vous laisse seuls juges :

 

...ça y est, c'est bon ? Houlà, allons, allons, posez donc cet économe, ça n'en vaut pas la peine. La vie est belle, je vous en assure !

 

11ème minute : Première coupure pub et avalanche de spots à caractère inquisiteur.

 

(photo d'illustration)

 

«Quand auras-tu ton premier bébé ?» «Te cache t-il des choses ? A t-il une double vie ?» «Est-il fidèle ? Qui est cette fille ? Retenez-moi j'vais la taper», etc. Bref, des publicités pour des gens qui préfèrent les cartes prépayées aux forfaits téléphoniques et qui se demandent si cette bosse dans leur ventre est due aux repas de fêtes ou à l'arrivée imminente du petit Warren (remarquez, ce couple dans l'Aisne aurait sûrement préféré qu'on le prévienne un peu auparavant). A ce niveau-là, ce n'est plus du temps de cerveau disponible que traque la chaîne, mais carrément un espace vacant où s'installer pour de bon.

 

10ème minute : Je vous présente Rivale A, le cliché de l'arriviste aux dents longues et courtes tenues. La voilà qui renverse son verre sur Producteur Véreux B pour attirer son attention.

 

Cette cascade ressemble plus à un saut de cabri qu'à une chute.

 

12ème minute : Le casting ne serait pas ce qu'il est sans la présence de Magalie Vaé, qui joue ici le rôle du «faire-valoir», alias la bonne copine sympa mais un peu moche (un rôle d'ordinaire campé avec brio par Annie Grégorio ou Kamel-du-Loft).

 

A sa place, je me poserais les bonnes questions.

 

17ème minute : La femme ci-dessous en pleine séance de cocooning, ce n'est autre que Julie Pietri qui, lasse des tournées Âge Tendre et Tête de Bois, s'est laissée embarquer dans cette galère. Difficile de lui trouver une autre excuse que l'ennui : n'oublions pas qu'elle touche encore un apport pécuniaire pour chaque diffusion de ses tubes d'antan (diffusés approximativement 17 fois par jour entre Nostalgie et Chérie FM).

 

 

26ème minute : Comme dans la vraie vie, nos trois comparses has-been se retrouvent réunis pour former le jury d'un télé-crochet local. De gauche à droite : Olivier Bénard et Tonya Kinzinger, ex-recrues de Sous Le Soleil, et Rochelle Redfield, qui jouait Johanna dans Hélène et les Garçons. De vrais professionnels de la comédie pour jouer des vrais professionnels de la musique, donc.

 

Notez le logo de l'émission fictive, réalisé avec soin par un professionnel.

 

28ème minute : Comme ils sont sérieux, Papa A et Cousin A ne quittent jamais leur costume, même lorsqu'ils sont en rendez-vous à la plage.

 

«- Tu veux pas qu'on se mette en maillot, on sera plus à l'aise pour discuter non ?»

«T'es fou ou quoi ? Comment les gens vont comprendre que nous sommes des gens importants sans nos costumes ?»

 

32ème minute : Entrée en scène de Thomas, ex-candidat de télé-réalité au look androgyne connu pour son duo de Mauvaiiiises qu'il forme avec Benoît dans la pastille du même nom, dans laquelle ils enchaînent les «blagues» sur l'obésité, la sodomie ou Nabilla, et parfois les trois en même temps.

 

Réunion au sommet entre personnalités du petit écran. Il manquerait plus qu'un mec des Whatfor les rejoigne et... ah ? Il y aussi ça dans le casting ? Okay, je m'avoue vaincu.

 

34ème minute : Comme vous pouvez vous en douter, Héros B, lui, est toujours torse nu. Bien sûr, c'est un prérequis lorsque l'on est plagiste. Mais il s'agit aussi de ce que l'on appelle un "eye candy", c'est-à-dire quelque chose qui flatte la pupille et régale le téléspectateur (en l'occurrence, les jeunes téléspectatrices). Récemment, M6 avait abusé de cet argument en faisant systématiquement patiner le chanteur Florent Torres torse nu dans l'émission Ice Show.

 

Au cas où vous vous poseriez la question : oui, ce type a lui aussi fait partie d'une émission dite «de télé-réalité».

 

39ème minute :  Sur les conseils de sa mère, Rivale A se rend dans la chambre de Producteur Véreux B pour passer un """"casting privé"""". Sauf qu'au lieu de coucher avec lui, elle l'arrête précipitamment pour lui donner envie de la revoir plus tard (toujours sur les conseils de sa mère qui, décidément, mériterait de recevoir un mug).

 

«Non non attends, ma mère m'a dit de ne pas coucher avant le 5ème épisode ! Après au 6ème, tu es censé me rejeter et puis au 7ème, je fais croire à tout le monde que tu m'as violé. Ensuite, au 10ème, j'ai des remords alors j'avoue la vérité. Et au 12ème tout rentre dans l'ordre enfin, si on n'est pas déprogrammés avant.»

 

44ème minute : Le supplice prend fin. Petit arrêt sur images, le temps de repérer les auteurs d'une bande-son aussi indigeste, et là, surprise : on découvre que Dove Attia est l'auteur/compositeur de la plupart des titres. Bon, rien de très surprenant, au final.

 

Et puisque nous savons de «source sûre» que Dove lit Brain, profitons-en pour hausser les épaules et lui dire «sans rancune ?».

 

In fine

Si après avoir lu tout ça, regarder un épisode de Dreams vous paraît être la chose la plus horrible sur Terre (juste après "avaler du verre pilé"), sachez qu'elle n'est que l'adaptation d'une telenovela argentine à succès. Même le pire du pire, la France est obligée d'aller le chercher ailleurs. Toujours est-il que ce genre de sitcom bon marché constitue un marché viable pour tout ex-candidat de télé-réalité désabusé en quête de job, car, après tout, «il faut bien manger». Cet argument est bien le seul encore un tant soit peu recevable pour continuer à tolérer les productions toujours plus paresseuses d'une chaîne au contenu miséreux, partagé entre bêtisiers tellement éculés que la plupart des anonymes présents sur les images sont décédés, et un Morandini qui, un lundi par mois, vient décerner un label rouge aux régions de France ayant accueilli les faits divers les plus sordides.

 

Inlassablement, NRJ 12 continue à creuser un peu plus profond, dans l'espoir de tomber un jour sur une source d'or noir. Il faudrait veiller à informer ses dirigeants que la chaîne n'est pourtant pas située sur une région pétrolifère. A ce rythme-là, tout ce qu'elle creuse, c'est sa tombe.

 

 

Thomas Rietzmann.