LOVE

Le New Yorker publie l'article ultime sur les Roms de France

 

Marre du french bashing à la petite semaine (entre Newsweek, Scarlett Johansson et Stephen Colbert) ? The New Yorker ne nous rendra pas notre dignité, mais ils ont le mérite de nous mettre le nez dans la merde avec classe et distinction. La bible des intellos américains publiait en effet il y a quelques jours un long et fascinant portrait du malaise français autour de la question Rom qui, le comble, évitait toute intellectualisation. Du journalisme de terrain pur jus, sans parti pris, qu'aucun média local ne fut capable de produire après l'affaire Léonarda. Dans les pattes du directeur de la rédaction de l'hebdo d'extrême-droite Valeurs Actuelles (Yves de Kerdrel), ou face à un Manuel Valls étonnamment transparent et intelligible, Adam Gopnik s'assoit également en terrasse avec les représentants de cette communauté que personne n'a pris le temps de connaître et d'interroger. Sans éluder la crispation autour des pickpockets et celle, centrale, du nomadisme, le reportage met tous ses interlocuteurs face à leurs contradictions, et prouve qu'avec un peu de recul et de réflexion, on n'écrit pas que des clichés sensationnalistes. On avait presque oublié que le journalisme pouvait encore accoucher de phrases et de réflexions aussi justes et touchantes. «Les Roms sont relégués aux marges du martyr ; leur souffrance hérite au mieux d'une note de bas-de-page et d'une chapelle annexe dans les sites commémoratifs». Respect.

 

 

HATE

Remise à jour de la fameuse carte du crime de Los Angeles

 

La fascinante et morbide carte du crime du Los Angeles TimesThe Homicide Report») vient d'être relookée version 2014. Derrière ce dispositif qui permet de savoir dans quel quartier quelle personne a été poignardée ou abattue par balle, on ne sait, qui du voyeurisme ou du devoir de mémoire, l'emporte. Classée par genres, races, causes, et en ajoutant si un officier de police était impliqué ou non, on peut découvrir une courte histoire de chaque victime. Bien sûr, il s'agit principalement de «black on black crime», à savoir que les «minorités» ethniques ne se mélangent pas quand il est l'heure de se faire la peau. Histoire de rassurer les habitants des quartiers cossus, cachés dans les collines. Cependant, si le sud de la ville remporte comme chaque année la palme (avec une rue rebaptisée «l'allée de la mort»), on peut constater que la gentrification n'a pas que des effets pervers. Ainsi, des zones à risque d’antan ont presque éliminé les gangs et leurs corollaires, à l’image de Silver Lake ou Echo Park. Sur les douze derniers mois, seules deux personnes y ont trouvé la mort, ou encore huit «downtown», contre sept à South Central, un quartier réputé très chaud. Cependant, L.A. demeure l'une des villes les plus meurtrières des USA, et l’on sent bien que l’équipe des journalistes n’a pas trouvé meilleure solution en attendant (pour commencer) une évolution de la législation sur les armes.

 

 

REVOLUTION !

San Francisco, New-York : la lutte des classes fait surface

 

Même si l’on est en droit de penser que les protestataires se trompent de cible en visant les acteurs de ladite gentrification et non leurs décideurs, on a assisté la semaine dernière à un phénomène inattendu aux Etats-Unis, lorsque des mouvements anarchistes se sont attaqués aux «Google buses», ces transports privés qui emmènent chaque matin et soir les employés de la firme dans la Silicon Valley depuis leur domicile san franciscain. Coupables, selon les activistes, de faire grimper des loyers qui n’en avaient pas besoin, certains travailleurs ont vu leurs maisons et jardins encerclés. «Vous n’êtes pas d’innocentes victimes… vous vivez confortablement, entourés par la pauvreté, le mal-logement et la mort, et semblez oublier tout ce qui vous entoure, noyés dans les dollars et le succès»… Une vision quelque peu réductrice, car il semble évident que ce ne sont pas trois geeks vaguement embourgeoisés qui tiennent les rênes, mais qui semblerait confirmer un retour du mouvement Occupy. Ses «99%» ont une fiévreuse envie de refaire surface aux quatre coins du territoire. Chez les vrais riches, au même moment sur la côte Est, les familles réellement friquées de l’Upper East Side (New-York) prenaient à parti le nouveau maire de la ville Bill de Blasio, dans une sombre histoire de neige sale. Selon eux, le maire ferait payer aux plus riches leur situation privilégiée, en ne déneigeant pas les rues, échaudé après que le gouverneur de l’Etat l’a freiné au sujet d’une augmentation des taxes sur les hauts revenus. Un micmac hystérique qui a valu a de Blasio de justifier qu’il ne punissait pas les riches pour le plaisir. Apparemment, le socialisme et les aides publiques, c’est plus drôle lorsqu’ils sont à sens unique. Serait-ce l’avènement américaine d‘une ère de défiance à l’égard de tous les puissants ? À suivre…

 

 

 

Félicien Cassan.