Etats-Unis - Billboard Hot 100

 

 

De princesse à souillon
Un petit tour et puis s'en va, tel aura été le crédo de Braveheart dans le top albums US. Le cinquième album d'Ashanti, sans cesse repoussé depuis 2012 pour finir par sortir sur son propre label, n'a trouvé preneur qu'auprès de 23 196 personnes (dont sûrement 96 copies achetées par elle-même pour son entourage proche).

Lorsque je vous parle d'Ashanti, je vous parle d'un temps que les moins de 12 ans ne peuvent pas connaître. En 2002, celle que l'on surnommait à l'époque "la princesse du R'n'B" était une habituée des sommets sur les charts américains. Son premier album détient le record de meilleures ventes en première semaine pour une nouvelle artiste féminine, et elle a même réussi à classer simultanément trois titres dans le top 10 des meilleures ventes aux Etats-Unis : Foolish, son premier single, Always On Time avec Ja Rule, et What's Luv ? avec Fat Joe. Elle et Jennifer Lopez ont alors la mainmise absolue sur l'ensemble des radios "urbaines". Une oligarchie qui ne va pas tarder à être troublée par l'arrivée de Beyoncé en solo à l'été 2003. D'album en album, Ashanti va apprendre à laisser sa place et va devoir s'accoutumer à une présence toujours plus réduite sur les ondes.

Si aujourd'hui Ashanti ne vend plus qu'un vingt-et-unième de ce qu'elle parvenait à écouler il y a 13 ans, il s'agit toutefois de relativiser les choses. Point positif : en choisissant d'emprunter la voix de l'indé', elle bénéficie d'une liberté totale et empoche au passage une marge supérieure sur chaque album vendu. Reste que 23 000 acheteurs ne représentent qu'une infime partie de ses 1 600 000 followers sur Twitter : une preuve de plus (si besoin est) qu'au final, la valeur d'un artiste sur les réseaux sociaux pèse encore bien peu dans la balance.

 

Royaume-Uni - Official Charts Company

 

 

It's not you, It's me
Lorsqu'un artiste prend son temps pour revenir sur le devant de la scène, il est souvent attendu au tournant. D'autant plus lorsqu'il avait annoncé sa retraite. C'est le cas de Lily Allen, qui déclarait après la sortie de son deuxième album It's Not Me, It's You aspirer à une vie autrement moins tumultueuse de femme au foyer. Que penser dès lors du retour en demi-teinte de la chanteuse anglaise ? L'automne dernier, son nouvel album nous est tout d'abord introduit par une banale reprise de Keane, enregistrée pour les besoins d'une pub. On a connu mieux pour faire saliver le public.

Connue pour ne pas avoir sa langue dans la poche, Lily a son mot à dire sur le sujet, par le biais d'une série de tweets admettant tout d'abord que son album est mauvais et qu'il va falloir le ré-enregistrer, puis accusant sa maison de disques de ne sortir que des titres radio-friendly en guise de single, une pratique pourtant commune dans le milieu. Ainsi devine-t-on qu'Air Balloon, son entêtant hymne aux montgolfières (ou peut-être à la weed, tout dépend d'où vous vous placez), n'était pas son choix de second single. Qu'importe, puisque la stratégie de sortir un morceau peu inspiré mais efficace s'avère payante : le titre atterrit la semaine dernière en 7ème position du top singles anglais, succédant ainsi à Hard Out Here qui, lui, avait atteint la 9ème place.

Toujours est-il qu'à peine son deuxième single entré dans le classement anglais, Lily ne perd pas une seconde et choisit de dévoiler le troisième, Our Time, d'ores et déjà banni d'antenne par MTV, qui frémit face aux images d'une Lily fortement alcoolisée semant le trouble autour d'elle. Il n'en faut pas plus pour que Lily se braque et n'évoque la controverse sur Twitter.  Ajoutez à ça un titre sur la B.O. de la dernière saison de Girls (une combine qui avait aidé I Love It à devenir un tube interplanétaire), et les rouages de la machine promotionnelle semblent fonctionner sans accrocs - et ce que la qualité soit au rendez-vous ou non.

 

France - Syndicat National de l'Edition Phonographique

 

 

J'y suis, j'y reste
Une simple lecture de notre dossier sur les chanteuses de R'n'B à la française permet de dégager une sombre conclusion : aucune de ces artistes n'a pu perdurer, et il leur est difficile de se faire une place. L'histoire d'Amel Bent a beau être différente, elle suit malgré tout la même trajectoire. Eliminée en demi-finale de la Nouvelle Star en 2004, elle est arrivée à un moment où la musique urbaine battait de l'aile, ce qui ne l'a pas empêché d'écouler plus de 500 000 exemplaires de son premier album. Pis encore, Ma Philosophie aura même été un énorme tube en Russie (où l'on n'a de toute évidence pas bien compris les paroles, véritable ode à la tolérance). Après de tels débuts, il est étrange de constater que les sorties suivantes seront émaillées de petites déception, mais peu importe car après tout, tout le monde a droit à l'erreur.

Aux grands maux les grands remèdes : Amel (et son équipe) décident que pour vendre, il faut faire parler de soi. Elle entame donc une grande tournée promotionnelle et passe plus de temps à occuper la scène médiatique que les tops des ventes. Entre Danse Avec Les Stars, Vendredi Tout Est Permis ou Les Enfants de la Télé, elle semble avoir entamé pour de bon sa reconversion en people de seconde zone que l'on invite pour compléter un line-up faiblard, déjà la plupart du temps composé d'une ex-miss France en promo pour un bêtisier de la TNT qu'elle anime avec apathie, d'un humoriste pas très rigolo mais sympathique alors on l'invite quand même, et de Pascal Obispo. Rien n'y fait, les ventes ne suivent toujours pas. Il aurait été facile de mettre un terme à cette hémorragie en se retirant de l'oeil du public. Mais peu importe les déconfitures, la décision d'Amel était prise… "Je reste".

La voici donc avec un cinquième album parti sur la lancée des précédents. A entendre Amel répéter partout que cette année, elle fêtera ses 10 ans de carrière, nul doute qu'un best-of serait la voie à emprunter pour engranger quelques sous, et - qui sait ? - redémarrer à zéro. Et peu importe si toi, public, tu n'es plus là.

 

 

Thomas Rietzmann.