LOVE
La fin du selfie ?

 

En termes d'informations américaines de premier ordre, le mois de mars était chargé. Espionnages et délires d'Obama, festival South by South West, nouveau site pointu du statisticien Nate Silver, disparition d'un Boeing en plein vol : il y avait de quoi avoir les yeux rivés sur les faits et gestes de l'Oncle Sam. Pas de bol, c'est bien le überselfie des Oscars qui a happé les réseaux sociaux, sans oublier ses innombrables déclinaisons, ainsi que l'affreux morceau à la gloire de ces vanités modernes. La pratique, finalement vieille comme le monde, était cool parce que naïve. Mais lorsque les grosses firmes sentent le filon, à l'image de Samsung et ses gros sabots lors de la cérémonie, c'est comme avec les lip-dubs de Happy : ça ne rend plus vraiment heureux. Tout juste un peu triste et embarrassé, on tente d'esquisser un sourire et trois pas de danse gauches, en essayant d'oublier que la NASA vient d'annoncer la fin du monde pour dans quelques décennies. Même Barack, pourtant pas le dernier quant il s'agit de photographier sa propre bobine avec des représentantes politiques danoises, a fait savoir à Ellen DeGeneres que ce coup de pub était un coup bas un peu trop facile. Désolé pour les fans de la tendance mort-née du scotchfie. On passe à autre chose ?

 

 

HATE
Avortement : le Texas met les femmes enceintes en danger

 

Pendant que branchets et geeks refaisaient les monde à SXSW (Austin étant une enclave progressiste relativement isolée), le reste du Texas s'enfonce dans l'obscurantisme. En novembre dernier, sous la houlette d'un Parlement à majorité républicaine, l’État avait voté une loi qui renforçait les restrictions liées à l'avortement. Avec un délai légal ramené à vingt semaines et une obligation pour les médecins de travailler main dans la main avec une clinique assermentée à moins de cinquante kilomètres, quatre mois plus tard, le bilan est catastrophique. Les pro-IVG, qui avaient dénoncé avec virulence la législation, comptent les points et les fermetures avec une carte interactive alarmante. Sur les 40 établissements présents avant la loi, seuls 28 ont tenu le coup. De plus, les plannings familiaux déplorent le fait que certaines cliniques, pourtant sous licence, refusent également de pratiquer les opérations, pour éviter la pression administrative. Elles se renvoient donc les femmes concernées comme des patates chaudes, alors que la loi était soi-disant pensée comme une protection supplémentaire. Faute de permissions suffisantes, la situation devrait empirer, et le nombre de cliniques tomber à 6 pour tout l’État d'ici septembre prochain, de nouvelles dispositions devant être ajoutées au texte. Un tourisme de l'avortement - évidemment illégal - est donc en train de se développer dans les États jouxtant le Texas.

 

Bonus : l'année dernière, un long reportage sur Brain évoquait la Westboro Baptist Church, cette Église fondamentaliste qui s'est fait une spécialité de mettre toutes les plaies de la Terre sur le dos des homosexuels. Son fondateur, Fred Phelps, est décédé jeudi dernier, et les nécrologies à charge se multiplient.

 

 

HOUSE OF CARDS
Les séries s'invitent dans la vraie vie

 

/!\ Attention, risques de spoilers /!\

 

«The timing makes coincidences hard to swallow» tweetaient les équipes marketing de Netflix le 11 mars dernier, juste avant la diffusion d'un épisode-clé de la deuxième saison de House of Cards. Cette phrase tirée du script, soit en VF «le timing rend les coïncidences difficiles à avaler», rendait un écho certain à plusieurs affaires troublantes ayant eu lieu ce mois-ci aux USA. En Floride, Richard Masten, chef des Crime Stoppers de Miami (un corps intermédiaire entre la police et la population) était entendu dans une affaire de deal de cocaïne. Lorsque la juge lui a réclamé les documents révélant ses informateurs, il les a avalés en direct en plein tribunal, avant de se justifier. L'officier risque deux semaines de prison et 500 dollars d'amende. À New-York, au célèbre centre de détention de Rikers Island, Jerome Murdough, un SDF arrêté une semaine plus tôt pour violation d'un toit de propriété privée à Harlem, a été retrouvé «cuit» dans une cellule de la prison, chauffée par erreur à plus de 38 degrés. La mort de cet ancien marine souffrant de troubles mentaux relance fortement le débat sur les conditions (et les raisons) de détention des prisons américaines et la place accordée aux vétérans en réinsertion. Enfin, et alors que l'on se remet à peine du décès de Zoe Barnes, on apprend qu'un reporter du Los Angeles Times, Jason Felch, vient d'être mis à la porte pour relation inappropriée avec une source qui, en sus, s'avérait peu fiable. Cela nous rappelle quelque chose... L'indic' boiteux aurait induit le journaliste en erreur à trois reprises, ce dernier accusant une université de ne pas avoir divulgué plusieurs affaires de harcèlement sexuel au sein de l'établissement, et ce à la une du quotidien.

 

 

Félicien Cassan.