1ère minute : Rapide présentation de Pauline, l’adolescente tourmentée, et de Marie-Christine, sa mère. Les deux femmes ont du mal à cohabiter depuis le décès du père de la jeune fille quelques années auparavant. Comme d’habitude, «cette mission s’annonce quasiment impossible» . Mais certainement pas pour Pascal, le Robocop du PAF, qui hérite ici d'un patronyme (Pascal Soetens), sans doute pour mieux signifier le passage à une autre chaîne.

Il est venu. Après c’était l’heure de la pub. Il a vu. Mais après c’était encore l’heure de la pub. Il a vaincu. Et après, ben y avait de la pub.


5ème minute : Pauline démarre les hostilités : «si ma mère meurt demain, je ferai ma vie sans elle», déclare t-elle, sourire aux lèvres, face à la caméra.

 


7ème minute : Les monteurs de l’émission s’en sont donnés à coeur joie et nous offrent des séquences de transition dignes de films à gros budget.

A ce compte-là, autant regarder directement Orphan Black, ça sera du temps dépensé à bien meilleur escient.


10ème minute : Marie-Christine rétorque à son tour «t’es bien la dernière personne que j’aimerais voir venir pleurer sur mon cercueil». Lové dans le confort de son canapé, le téléspectateur, lui, est plutôt mal à l’aise.

 


13ème minute : Un conflit se dessine. Marie-Christine reproche à sa fille de ne pas être rentrée à l'heure convenue. Le ton monte. Comme il m’est impossible d’intégrer un extrait vidéo de l'émission à l’article, je vous propose un extrait du Jour Où Tout A Basculé, où les disputes sont jouées avec la même intensité :


Pour la petite histoire, le hasard fait que Le Jour Où Tout A Basculé est produit par la même société de production que SOS, Ma Famille A Besoin D’aide - j’ai nommé La Concepteria, créée par Julien Courbet.

20ème minute : A l’instar de Nouveau Look Pour Une Nouvelle Vie, Pascal va confronter la petite famille à un regard extérieur. C'est-à-dire diffuser les images des disputes entre mère et fille à de vulgaires inconnus, et ce dans une salle de cinéma privatisée en la présence des principales intéressées. Une sorte d’avant-première bien pourrie, quoi.


Dans la salle, les spectateurs s’offusquent. A moins que cette femme ne soit en train de se demander comment NRJ12 peut encore avoir l’audace de diffuser un tel programme en 2014.

Une spectatrice se permet même le luxe de prendre des notes sur sa tablette tactile. A moins qu’elle ne soit en train de tweeter : «suis à la projo du nouveau Pascal lol keskya yolo ps: suivez-moi je follow back».

25ème minute : Arrivée dans les montagnes de l’arrière-pays toulonnais, où se déroulera l'intervention de Pascal. Notre joyeuse troupe s’installe dehors pour dîner devant la roulotte qui accueillera Marie-Christine et sa fille pendant 4 jours. La voix-off nous précise que la température extérieure avoisine les zéro degrés. On est là pour régler des conflits, pas pour prendre du bon temps. Du coup, le repas est composé d’une soupe, de quelques paquets de chips et d’une «barre pâtissière».

Marie-Christine a l’air médusée devant le repas qui lui est offert. Ben oui, mais quand on rémunère aussi grassement ses poules aux oeufs d’or, il faut bien effectuer des coupes budgétaires quelque part.

30ème minute : Au petit matin, l'heure est à la traditionnelle séance de kick-boxing mâtinée d'émotion. Cependant, face au mutisme de l'adolescente, Pascal décide finalement de l’enfermer dans une bulle. Non, non, mes doigts n’ont pas rippé. Une bulle, une vraie.

L’émission s’inspire donc également des plus riches heures d’Intervilles. Plus tard dans l’émission, Pauline tentera d’échapper à une vachette en hurlant à la face du monde ce qui la contrarie.

33ème minute : Pauline obtient enfin le droit de sortir de sa bulle si elle promet de s’ouvrir aux gens. Elle s’exécute. Pascal en profite pour surenchérir : «tu la vois la symbolique, maintenant ou pas ???».

35ème minute : Place à une nouvelle activité. Cette fois-ci, mère et fille vont devoir s’avouer leur quatre vérités face à face. Elles doivent casser leur bloc de glace après chacune de leurs répliques. On se croirait à présent dans Mario Party.

Allez Wario Marie-Christine !


36ème minute : Pauline avoue enfin les raisons de sa colère : son père, parti trop tôt et que sa mère lui avait interdit de visiter vers la fin de sa maladie. A l’écran, des photos du père défilent. En fond sonore, on peut entendre Breathe Me de Sia. La manipulation émotionnelle est totale, mais n’oublions pas que nous sommes sur NRJ12, une chaîne réputée pour avoir la subtilité d’un jet de parpaing en pleine face.

50ème minute : Après quelques autres confessions poignantes, les esprits sont à nouveau à la fête. Pauline, qui a une peur panique du vide, va devoir effectuer un saut en parachute (la construction de cette phrase est correcte mais la logique qui l’anime demeure un mystère). Cela dit, nous sommes contents de voir que Pascal a finalement trouvé une utilité à ces coffrets SmartBox Extrême que ses amis lui ont offert à Noël.

 

Fear Factor, le retour.


52ème minute : De son côté, Marie-Christine a gagné le droit de se faire relooker. Elle n'avait rien demandé, mais c'est comme ça. On lui teint les cheveux en violet sur fond de «I CAME IN LIKE A WREEEECKING BAAAALL».

On s’attend à tout moment à ce que Cristina Cordula surgisse devant la glace.


57ème minute : Comme vous pouvez vous en douter, l’émission s’achève en happy end. Mais vite, pas de répit, on enchaîne directement avec "Dylan, jeune papa de 17 ans imprévisible et violent, qui ne supporte plus ses frères Bryan et Jordan". C’en est assez, j’éteins mon poste.


In fine
Pascal a beau s’évertuer à nous affirmer que certaines modifications majeures ont été apportées au programme, force est de constater qu’il n’en n’est rien : la délocalisation n’a aucun but si ce n’est celui de filmer des décors, l’intervention des parents se solde par un simple entretien avec une psychologue et la pratique d’un sport extrême n’est que du remplissage de temps d'antenne pour rentabiliser le single de la pub Nutella. La mécanique n'a pas évolué d'un iota sans jamais échapper à la règle d'or qui veut que tous les problèmes soient rentrés dans l'ordre d'ici les 56 minutes d'émission, instillant le doute quant à la véracité des images diffusées, comme à la belle époque de TF1.

Au delà du pseudo-renouveau tant annoncé, c'est le concept de l'émission en elle-même qu'il est important de revoir. Un tel déballage de la vie privée des gens se révèle vite étouffant, un peu comme quand notre côté voyeuriste nous pousse à regarder Confessions Intimes et que l’on se surprend à arrêter son visionnage après quelques minutes, effaré du spectacle qui se déroule sous nos yeux. Si les intentions de l’animateur sont louables, leur exécution l’est déjà moins.

 

S'adressant aux détracteurs de l’émission, Pascal Soetens s'est fendu d’un simple «laissez-moi tranquille, ne regardez pas, j’ai rien demandé moi». Une ligne de défense un peu un faiblarde pour une chaîne en telle perdition que même ses dirigeants quittent le navire.

 

 

Thomas Rietzmann.