Elle vient d'où ?

Doe Paoro, de son vrai nom Sonia Kreitzer, 29 ans, vient de la charmante bourgade du nord de l’État de New York, poétiquement baptisée Syracuse, fondée par des missionnaires français en 1615, près du lac Ontario. Après des études à l'université d'Oberlin (comme Lena Dunham, avec qui elle partage d'ailleurs des amis communs), elle déménage à Brooklyn pour se consacrer entièrement à la chanson.

 

Qui est-elle ?

Même si vous ne la connaissez pas encore, c'est déjà l'heure du deuxième disque, après un premier jet auto-produit, sorti en 2012. Il vous faudra apprendre à prononcer ce nom (le « e » étant muet) dans les prochains mois, si vous ne voulez pas passer pour un inculte. Sous cette signature ésotérique, se cache en effet une vocaliste hors-pair, passée par l'Inde et les montagnes de l'Himalaya pour renforcer ses acrobaties vocales, via une technique appelée « Lhamo », que l'on peut assimiler à l'opéra local. « J'ai aussi pratiqué la méditation Vipassana, et fait des pauses silencieuses d'une dizaine de jours. Puis j'ai appris comment utiliser ma voix avec des instructeurs tibétains », raconte-t-elle, sereine.

 

 

Où en est-elle ?

Le premier album, Slow to Love, bourré de belles envolées lyriques, promettait, mais ses arrangements manquaient sensiblement de professionnalisme et de prises de risque. Repérée par Bon Iver lors d'un concert à South by South West, cette Björk urbaine est allée s'enfermer dans le Wisconsin avec le batteur du fameux barbu. Signalons que Justin Vernon (le chanteur du groupe) l'accompagne également à la guitare sur quelques morceaux.

 

Ca ressemble à quoi ?

Contre toute attente, il y a de la pop, de la dance, du RnB, et même de l'autotune, dans ce nouvel opus, Ink on the Walls, qui explore pas mal de sentiers que l'on pensait interdits aux chanteuses-folk-avec-des-plumes-dans-les-cheveux-qui-enregistrent-dans-des-chalets. Du coup, l'hybridation de ces influences, tel un pendant « wasp » de l'afro-futurisme à la mode partout, sonne comme la musique d'une mélancolie du temps à venir, à l'image de Lykke Li. Un truc difficile à dater, tribal, et pourtant terriblement actuel. Un peu comme si James Blake avait eu un vagin rigolo. 

  

 

A quoi ça ne ressemble pas ?

Pas de panique, la belle a beau habiter Williamsburg, sa musique ne ressemble pas aux tombereaux de groupes de Brooklyn qui clapent dans leurs mains pour prouver qu'ils sont indés. Ni à une sous-Björk dépressive. Ni à Adele. Allez, on le concède, un peu à Zola Jesus ou Grimes, pour le côté « voix d'ange sur beats concassés nourris au dubstep ».

 

Que faut-il faire de cet artiste ?

Aller sur son SoundCloud pour écouter les quatre titres de cet EP, avec une préférence personnelle pour le single, intitulé Nobody. Ensuite, se rendre gentiment sur iTunes pour le télécharger légalement. Easy.

 

 

Félicien Cassan.