D'entrée de jeu, on sent qu'il y a de l'eau dans le gaz. Tricky et sa meuf se baladent chillax au soleil, se font des mamours dans le canapé, mais si tu regardes bien, un truc ne tourne pas rond : quand elle sourit toutes dents dehors, il fronce tout ce qu'il est possible de froncer dans un visage humain, c'est-à-dire sourcils, nez, coins de bouche, et même le cou.

 

 

Ok, tu vas me dire qu'il est en plein soleil et qu'il ne porte pas de lunettes, mais regarde : cet homme marche comme s'il portait la version maxi best-of de la boîte de Pandore sur ses épaules (tête basse, pas lourd). Perso, je parierais que sa tchaï (qui accuse une ressemblance surprenante avec la blogueuse mode Betty) est en train de lui raconter son dernier soin des cuticules avec une voix insupportable pleine de nasales.

 

Exemple suivant, dans le canap' : Tricky fait des machins dans le cou à bichette, mais bichette est très, très loin, et a dans les yeux un je-ne-sais-quoi qui mêle tristesse / déception / Satan / on ne me la fait pas / j'ai vu clair dans ton jeu, le tout associé à une moue crispée-constipée. Augures : catastrophiques.

 

 

L'atmosphère sonore est assurée par des petits cliquetis de canettes en alu vides qui s'entrechoquent, des bribes de piano jouées par un nourrisson ou un chat et des interventions aléatoires de flûte à coulisse (mais si, bien sûr que tu vois de quel instrument je parle). Par dessus, des entrelacs de phrases susurrées par deux voix différentes et où revient régulièrement «I'll shoot you down». A l'écran, beaucoup de gros plans filmés caméra au poing, c'est flou puis c'est net puis l'image devient noire puis c'est re-flou et ainsi de suite. Angoisse : maximum.

 

 

Les personnages masculins sont globalement patibulaires et coiffés n'importe comment :

 

- carré déstructuré huileux (oui c'est bien Daryl de The Walking Dead) ;

 

- coupe brosse sur cheveux clairsemés coiffés vers l'arrière avec du gel modelant ;

 

- crâne rasé, une à deux dreads.

 

La péripétie survient à 1:05. Choupette est vénère contre Tricky, ça piaille et ça fait des moulinets de bras, et là, elle commet l'irréparable : elle s'empare d'un vinyle sur l'immense étagère du salon et le fracasse sur le parquet.

 

 

A partir de là, normal, ça part en couille, il la flingue 7 secondes plus tard, puis Carré-Huileux débarque sur le lieu du crime accompagné d'un beat émaillé de petits trémolos au violon et va filer un coup de main à son pote pour découper bibiche au sécateur dans la baignoire.

 

 

C'est l'excellente Tirzah qui prête sa voix à la version outre-tombe de poupette qui, depuis l'au-delà, chante des trucs culpabilisants à Tricky. Ce dernier s'était mis à l'aise en jogging liberty pour l'activité dépeçage et se demande soudain s'il n'y a pas été un peu fort. Alors il se suicide. Fin.

 

 

 

 

Marie Klock.